atelier d’écriture du lundi n°14

3 juin 2019

Bon, ça branle dans le manche : aujourd’hui, personne à l’atelier..!
& la semaine prochaine, c’est férié, ce sera aussi des devoirs à la maison..!?
Allons-y…
(moi aussi, ça me démotive, alors que je me creuse la tête pour cet atelier, je me sens seulette!)
Du coup, voilà un exercice relativement facile et plaisant à faire, j’espère, pour que vous ne désertiez pas complètement… (et qui aurait été plus rigolo à faire ensemble, c’est tant pis pour vous..!!!)

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« C’était leur façon d’être : ils ne montraient jamais la moindre émotion. Exactement comme quelqu’un qui baille ou qui épluche une pomme de terre. »
Charles BukowskiWomen

& un extrait de « Quand le diable sortit de la sdb » de Sophie Divry (néanmoins, je ne vous recommande pas ce livre, contrairement au Bukowski…)
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Et vous,
vous aimez les hommes, les femmes, les enfants, les animaux, les œuvres d’art,…, comment ?

En plus de l’énumération, trouvez des comparaisons imagées et savoureuses quand cela s’impose !
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• Emmanuelle :
J’adore les gens.
Mais parfois je n’aime pas les gens.
Même si j’aime la plupart des gens.
Il y a une différence entre aimer et adorer.
(Aimer est plus fort)
Je n’aime pas les gens qui ne doutent jamais de rien.
Je n’aime pas les gens qui disent « Et bonjour », et pourquoi le ET devant, et ça sert à quoi ?
Je préfère les gens qui ne disent pas du tout bonjour mais qui regardent les autres. Comme des timides qui scrutent pour mieux parler après, les caméléons je les appelle.
Je n’aime pas les gens qui parlent de la mise au monde de leurs enfants. Ce sont surtout des femmes j’ai remarqué. Je n’aime pas cette impudeur, je n’aime pas qu’elles fassent une surenchère dans la souffrance et qu’elles instaurent une échelle de la douleur, je n’aime pas qu’elles parlent de sang ou d’écoulements en tout genre.
Je préfère quand celui ou celle qui n’a pas accouché ne parvient pas à dire en mots ce qu’il a ressenti en émotion lorsqu’il a tenu l’enfant dans ses bras, quand rien ne sort de sa bouche, l’air et les syllabes lui manquent comme s’il était en arrêt cardiaque, c’est étrange c’est toujours une histoire de cœur.
J’aime les gens qui écoutent.
Je n’aime pas les gens qui écoutent en rattachant toujours leur propre histoire à celle des autres.
Moi je fais ça. Tout le temps. Il faut toujours que je trouve des putains d’exemples d’anecdotes pour répondre à celui ou celle qui me raconte une mésaventure. Je ne sais pas si je fais ça pour engorger le tout de ma propre empathie et faire passer ce message à l’autre « non tu n’es pas seul », ou si c’est juste parce que je me la raconte grave.
Je n’aime pas que les personnes des médias et réseaux sociaux racontent à tout va que les voitures hybrides c’est plus écolo, mon œil c’est quand même de la consommation nucléaire, mon œil comment va-t-on recycler tout ce putain de lithium ?
De lithium.
J’aime les gens qui dans le métro regardent leur plan dans un guide de tourisme et essaient de faire le lien avec les noms de stations affichées au-dessus des portes coulissantes.
J’aime bien aussi les enfants qui mettent leur doigt sur l’autocollant montrant le petit lapin qui pourrait se faire pincer très fort ses doigts à lui. J’aime bien les gens qui arrivent à dormir debout en s’endormant assis sur un strapontin et en ne lâchant vraiment jamais leur sac à provisions.
J’aime les gens qui montrent une photo de leur enfant qui tient un petit animal dans ses bras.
J’aime les gens qui décident de ne pas tout fermer, qui refusent les clôtures et les barrières, et surtout les portails qui s’ouvrent avec une télécommande, oh non non pitié pas la télécommande…
Je n’aime pas les gens qui ne supportent pas qu’on ne ferme jamais les portes.
A une époque, on m’a raconté que les hommes qui ne supportaient pas ça avaient tendance à confondre les portes de leur foyer avec les cuisses de leur femme.
Je ne sais pas si psychanalytiquement ça se tient.
J’aime les gens pas trop à la mode.
J’aime les gens qui font avec ce qu’ils aiment ou ce qu’ils peuvent.
Je n’aime pas les gens qui accumulent des objets.
Moi je fais ça. Depuis des années mon taux volumique matériel et personnel grossit, les éléments inutiles et matérialisés de ma vie je ne les compte plus, je ne choisis plus un logement en fonction de sa surface habitable mais en fonction des possibilités de son espace de stockage.
Je suis toujours nourrie de bonne intentions, prête à me débarrasser de tout à chaque instant. C’est une utopie que j’entretiens, j’imagine sans doute qu’un jour j’ouvrirai un espace de dons où je rangerai bien comme il faut tous les objets dont je devrai me délester avant de mourir. Et de donner exactement le bon objet à la bonne personne qui me rendra visite sur cet espace de troc en stock…. J’imagine que depuis toutes ces années je troque des sourires des amis et des mercis contre des objets de mon patrimoine dérisoire, je ne suis pas sûre que cet amour du don soit complètement complètement gratuit….
En Suède on a le droit de mettre des petites pancartes sur le bord de la route où il est écrit LOPPIS ; Loppis c’est un petit bout de son chez soi où l’on met des objets désuets mais souvent jolis, et qui trouvent une nouvelle histoire d’amour avec le visiteur de passage.
En Suède si vous prenez un petit objet dans le Loppis de quelqu’un, le propriétaire dudit Loppis vous offrira en sus une tasse de café avec un petit gâteau à la cardamome, tout en engageant la conversation. C’est le Fika.
J’installerai un Loppis dans la maison de la dernière partie de ma vie. Il y aura aussi du café mais pas seulement.
J’aime, pour le moment, ne pas avoir d’autre plan.