atelier d’écriture du mardi – N° 29

23 avril 2020

atelier 29, mardi 20 avril, chacun.e chez soi

Voici des dessins de l’artiste Samuel Buckman :


et un petit texte sur son travail, concernant (les extraits de) la série ci-dessous :

et la table des matières et des extraits de Les notes de l’oreiller ou Les notes de chevet (suivant la traduction) de Sei Shonagon :


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Je vous demande de :
1 — Noter (dessiner leur forme simplifiée, au stylo, crayon, peinture…) sur une même feuille les ombres de 6 objets-choses choisi.e.s autour de vous, à l’intérieur ou l’extérieur. Numérotez-les.
2 — Puis reprendre ces dessins, sans penser aux objets dont ils proviennent :
pour les 6 formes, leur donner des légendes
(allez voir toutes les acceptions du mot dans un dictionnaire sur le net que je vous recommande vivement : https://www.cnrtl.fr/definition/ )

Leslie :

1. LESLIE OHAYON   (France)
lit en baignoire ou baignoire en lit, 2020
200cm x 160cm
Céramique, tissu, chauffage
Courtesy of the artist

2. Rouleau de route
Vallon
Double-sens

3.  Etat de Profilie du Sud
237 000km2
21 millions d’habitants
Productions principales : chapeaux, parfums.

4. Après quelques heures de pratique, la qualité de l’air peut commencer à changer.
C’est le moment de monter en grâce : les frappements de tes pieds sur le sol sont étouffés par la densité de l’étoffe en mouvement.
(Essaie plusieurs fois)

5. Il y a le grain
et il y a le son.

6. sein pointu dans la nuit

Sylviane :
bonsoir Fabienne,il est 22h30, voici le 1 et 2; je finirai les autres demain . J’ai mis beaucoup de temps et j’ai fait plein d’autres choses en même temps. Les définitions de “légende ” m’ont bien occupée aussi.
J’ai beaucoup aimé faire cela
Je suis sortie à Tulle chercher une commande faite à la librairie Préférences et j’ai rencontré le monsieur bizarre de quand on a lu dans le bus.Il était sur le trottoir en face, il m’a reconnue aussitôt, il semblait très heureux, on a parlé un peu. J’ai eu du mal à passer mon chemin il avait plein de choses à me dire… comme quoi je pense qu’il a bien apprécié la lecture
Bonne nuit

Sylvie :

Silex à tête de poire
Un homme à tête de poire. Est-ce une caricature ? Le corps est maigre, la tête est difforme. Une mouche vient se poser près de son œil. Son front est dégagé sous une chevelure de jais. Son menton disparaît dans les plis du cou. Sa bouche esquisse un sourire à l’envers. Mon Dieu, quel homme !
Vase de Soisson et d’ailleurs
Une table longue. Une nappe aux plis repassés. Douze couverts, non, plutôt treize. Des poissons, du pain, des vases sacrés pour le vin. Faire mémoire.
Cafetière bleue des mers du sud
J’attends. L’air devient irrespirable. J’ai mis un masque pour sortir et me protéger de la pollution. Par bourrasques, le vent emporte de gros nuages gris. Je ne peux pas sortir plus d’une heure par jour. A l’intérieur un grand ventilateur accroché au plafond brasse l’air chaud et saumâtre.

Île sur le plat sans jaune
Carte découpée en forme d’encolure : la Manche entre Hastings et Dunkerque, et plus au sud Le Touquet Paris-Plage. La Manche est étroite entre Calais et Douvre. Pas trop loin St Omer, Lille et Tourcoing, et plus au nord Ostende.

La terre est mauve, parfois ocre, un bras vert turquoise sépare les deux terres.Splatch ! En plein dans le mille
La tourelle a pivoté et cherche sa cible.

En face de moi, elle est assise sur son tabouret bleu roi, elle le fait tourner avec ses jambes, ses mains posées sur ses genoux. Le chat la regarde, il a toujours sa collerette. Placide, il ne bouge pas.Pince nez est dans un bateau
Un géant. Il dessert sa mâchoire. Ses jambes se déplient, en un instant il a traversé la ville. Les klaxons se sont tus, plus un souffle.

Le balayeur est venu ramassé trois petits oiseaux morts. Quelle étrange chose !

David :
Hello Fabienne,
voici mes lentes pérégrinations sur des choses qui m’entourent,
j’espère avoir bien compris mais rien n’est moins sûr
je n’ai pas soupiré et pris bien du plaisir à dessiner (enfin)
à bientôt en chair et en os !!

1. Une fois par an poussent deux cathédrales côte à côte qui disparaissent dans les limbes de l’hiver.

2.  emprunter l’escalier en colimaçon jusqu’à l’extrême pointe et y rester pour toujours.

3.  Dans les lambeaux lugubres de la brume, l’île apparue, silhouette menaçante au profil outrageusement tourmenté, aux murailles noires rageusement élevées par Vulcain.

4.  De mémoire, le carbonifère était une époque assez terrible, mais je ne m’en souviens plus très bien.

5.  Celles et ceux qui savent faire pousser des promesses honorées d’oignons frits et de noix de muscade ont toute mon admiration, teintée d’un zeste de jalousie.

6.  la chose évoquait toutes sortes de créatures ayant traversées toutes les époques et tous les mondes et qui se seraient figées comme le plomb fondu dans l’eau froide.

Agnès :
et voilà, avec “un peu de retard” mon travail. J’ai bien cru ne pas y arriver, mais j’ai tenu bon !


Dominique :

  1. Première pièce du puzzle du monde d’après (mai 2020)
  2. Carnyx orchidéen, miniature destinée à prévenir le danger, produit un son impressionnant.
  3. Boîte à musique. Très utile pour s’endormir en période de confinement à condition de connaître la formule pour l’arrêter (pièce rare).
  4. Vision d’une vie meilleure selon monsieur Séroplex.
  5. Dressée, lumineuse et vive sur son socle doré, cette amulette aurait le don de redonner espoir aux plus désespérés (téléachat du 11mai 2020).
  6. Fossile de limace noire exceptionnellement bien conservé. On peut encore discerner ses viscères (Corrèze, confinement mai 2020).

 

3 — A partir de ces légendes, faites une classification personnelle (une douzaine de rubriques, une idée en amenant une autre….) en vous inspirant de celle de Sei Shonagon

Dominique :

  1. Y croire ou pas?
  2. Vouloir en sortir
  3. Ce qui doit rester quand tout part en vrille
  4. Quand du flou surgit ce que l’on cherche
  5. Allumer la lumière
  6. Les bruits de l’angoisse
  7. Notes sur la noirceur
  8. De la magie en toute chose
  9. Où sont les couleurs
  10. Et l’amour dans tout ça ?
  11. En finir avec les questions
  12. Dire, écrire, agir

 

4 — pour chacune des 12 rubriques, écrire des idées (concrètes) qui s’y rapportent, développer quelques scènes
(c’est du boulot, je sais, mais c’est ça qui est bien, la suite des exercices vous permettant d’évoluer et de développer vos intuitions de départ (ou de les déplacer)

Leslie :
Titres d’œuvres jamais réalisées mais à explorer
Lit en baignoire ou baignoire en lit (installation céramique, tissu, chauffage)
Symphonie pour instruments au choix (partition pour orchestre amateur de 1 personne minimum)
Le livre de cuisine de l’intranquillité, ou comment contourner l’anxiété en faisant des gâteaux
Chanson pour moi

Les routes sur lesquelles j’aime bien rouler
Quand c’est un peu vallonné, une nationale par exemple, au coucher du soleil, et qu’en fonction de si on est en haut ou en bas des côtes on a (ou pas) le soleil dans les yeux

N’importe quelle route le matin s’il y a du givre au bout des brins d’herbe et que le soleil s’y reflète
Les routes de coteaux quand il y a de la brume ou du brouillard dans une cuvette en bas
La route sur le pont qui traverse la Dordogne à Beaulieu (sur Dordogne)

Moyens mnémotechniques et synesthétiques pour la géographie
L’Italie ressemble à un I et la Sicile est au Sud.

L’ouest est rond comme un O comme le couchant ; l’est est ouvert comme le levant.
Le Chili ça coule, la Grèce ça pend.
Le fleuve le plus LOng c’est la LOire.

Les choses vraiment importantes
Danser

Lire
Le silence
La musique
Les caresses

Philosophie de comptoir dispensée par l’observation du quotidien
Si tu fais trop de pain, tu vas forcément finir par jeter le plus vieux

Les gens sont moins flemmards pour sortir leurs poubelles que pour les rentrer.
Quand on ne bouge pas on sent plus les courants d’air

Frissons
Me promener nue dans la maison quand je me lève la nuit, la couleur de la peau éclairée par la lune

Toucher le papier du carnet de dessin épais à peine entamé
Faire du patin à roulettes sans casque et sentir par le vent dans mes cheveux comme je suis vulnérable
Tartiner de beurre qui fond instantanément le pain qui sort du four et le goûter tout de suite

Sylvie :
Silex à pointe
Casque à pointe. C’est la guerre !

Est-ce que les pointes de flèches sont trempées dans le curare ? Cul rare ?
Avez-vous entendu dire qu’on allait manquer de curare ?

Fêlure
Le chat a fait tomber un plat cette nuit.

L’autre jour au cimetière j’ai ramassé un petit os. En rentrant j’ai attaché une ficelle de lin au sommet de l’os.

Je rêve de bleu
J’entends la pluie sur la verrière. Je ne prends pas de parapluie, il fait tiède et je serai vite de retour, mes chaussures rouges à la main.

Jour « J »
Plats de Kabylie. Deux plats se racontent des légendes d’eau, de poissons, de rivière et d’irrigation, de champs cultivés et d’oiseaux. Qui croire ?

Plis
Pour aller danser, elle met sa jupe plissée, celle qui la rend si désirable.

Il faut toujours remettre la carte dans ses plis, elle se range mieux et s’abîme moins !

Enjambées
Il marche en levant les bras, très en colère ! La colère est mauvaise conseillère. Respirer à fond. Reprendre la marche avec un air dégagé.

Sylviane :
Bonsoir Fabienne, voici les ex 3 et 4. Je travaille vraiment lentement.Le temps du confinement me fait perdre la notion du temps. biz

CHOSES EFFRAYANTES
Un bruit que je ne connais pas
il n’y a pas d’autre bruit
des histoires qui reviennent en mémoire
un bruit qui annonce une chose effrayante.

LA MER
Le bruit de la mer qui berce les vagues. Elle est plate et douce, les clapotis vont en petits bruits rassurants. Quand elle gronde, elle est forte, elle avance au galop d’un cheval ; sur son dos des furies échevelées fouettant tout sur leur passage.

SAVOIR D’OÙ ON VIENT
On ne sait rien. L’immensité de l’univers. Quelque part un petit point, c’est moi peut être.

CROIRE AUX HISTOIRES
Je crois à toutes les histoires : celle où le prince réveille sa princesse, celle où les enfants vont retrouver leurs vrais parents, l’ogre qui mange les enfants, le crapaud plus fort que le bœuf, la crêpe qui roule en chantant dans la campagne, un rêve dans une allumette….. tout ces petits morceaux de vie.

OÙ VA LE TEMPS ?
Le temps passe devant, derrière, dessus, à côté ? A chaque fois il s’arrête en moi et prend le temps de vivre son temps. Où va-t-il ? Je retiens des parcelles de ce temps qui passe.

APPRENDRE DES CHOSES VRAIES
Professeurs, philosophes, gens érudits, êtes-vous certain de nous apprendre les choses vraies ? Comment sait-on qu’une chose est vraie ?

LA MER
Quand j’entends la mer, j’entends aussi la mère, la mère d’où je viens. Il paraît que nous venons tous de la mer.

ÊTRE ET SES FORMES
Il y a beaucoup de formes d’être, dans la conjugaison aussi. Je suis est un présent immense et radieux.

NOTE SUR LE DESSIN
J’aime les crayons, les couleurs, les traits, les formes, les dessins d’enfants, tous ces détails qu’ils savent reproduire. Je suis en arrêt devant les dessins préhistoriques dans les grottes. Exister pendant des décennies, des siècles, des millénaires.

LE TEMPS PASSE
Le réveil marche, les aiguilles trottent, la montre avance, le temps passe.

L’ÂME ET SA FORME
Une bonne âme n’est pas forcément courbée.

LA LIBERTÉ
Avoir 1000 petits secrets, rêver la tête dans les nuages, ne pas vendre son âme au diable, être là sans rien mais au grand complet.

David :

Perdre une partie de soi même.
Après son accident, pendant près de vingt années elle rêva que son bras gauche était toujours là. Une nuit elle rêva qu’elle cuisinait son bras et le servit pour un repas de famille.

Dans les rêves qui suivirent son bras n’était plus là.

Se battre pour une fille.
Pif était un grand gaillard nerveux, tout le monde en avait peur. Accoudé au bar il buvait toute les bières qu’on lui offrait et ça faisait beaucoup. Quand Khadîdja s’est pointée vêtue de son survêtement de sport rose bonbon, la température est montée d’un cran. Un merdeux la toisa et glissa deux mots à l’oreille de son pote, hilare. Pif fonça dans le tas. Ses grands bras tournoyaient et rétamaient des gueules à tout va. Tout le monde sortit du bastringue en courant.

Réfléchir à l’échec.
Il chargea à la va vite sa voiture de l’essentiel pour survivre. Un orage pointait au-dessus, le tonnerre résonnait comme une vieille armoire qui s’effondre à travers des planchers pourris.
Il était incapable de réfléchir à quoi que ce soit.

Loin de l’écume et du remous
Elle avait échappé aux barrages de flics, son sac à dos lui mordait les épaules. Le refuge était à trois ou quatre cent mètres au-dessus, après le passage de la gorge. Il restait encore assez de lumière pour ne pas se rompre les os. En faisant gaffe, elle pouvait espérer tenir trois semaines.

Le voyage et l’événement inattendu
Le Tamaris accrocha un récif au sud de l’Îlot des Pingouins et commença à sombrer. L’équipage eut juste le temps de jeter les chaloupes et de s’y installer. L’île étant inaccessible par ses parois verticales, ils se dirigèrent vers l’Île aux Cochons où ils survécurent plus de quatre mois. Au bout du désespoir, ils attachèrent aux pattes des albatros de petits messages gravés sur des fragments de boîte de conserve. L’un d’eux fut miraculeusement découvert avec son message à plus de six mille kilomètres sur les côtes australes, les secours s’organisèrent rapidement mais les marins désespérés avaient repris la mer vers l’Île de la Possession. Personne ne les a jamais revus.

La chose hideuse au fond de l’abîme
Elle se pencha au-dessus du cratère, saisie par le chaos et les flammèches multicolores.
Elle savait qu’il ne fallait pas traîner dans le coin, les vapeurs acides pouvaient la tuer mais regarder au fond la paralysait au point d’oublier le danger.

Penser à fermer le gaz avant de partir
Il était vautré depuis le matin sur le sable chaud de la plage et pourtant pas tranquille.
Il ne se souvenait plus si il avait bien tout fait avant de partir.

L’apparition des premiers insectes
Elle cassa la pierre d’un coup de marteau et une forme étrange lui apparut qu’elle identifia immédiatement, un des premiers insectes dans une couche datée de quatre cent cinquante millions d’années, parmi les premiers organismes vivants avec les plantes.

Comment assassiner une courgette
Poser une courgette bien trop grosse pour être consommée contre un talus, reculer de vingt cinq mètres, armer le fusil, viser et abattre le légume. Rigoler bêtement et recommencer avec une autre courgette.

Trois choses à savoir sur le blaireau
Le blaireau ne sort que la nuit et dodeline du cul au bord des routes.

Il fait des centaines de petits trous dans les pelouses des gens, c’est pourquoi ils lui en veulent.
Il peut garder le même terrier pendant plus de cent ans, ça devient le Taj Mahal souterrain.

À éviter les nuits sans lune
Je marche au milieu du chemin pour ne pas me cogner aux branches ou m’éborgner, à droite et à gauche je distingue les masses sombres des trognes de châtaigner qui semblent vouloir me dire de leurs bouches en loque à quel point je ne suis pas à ma place.

L’autre n’est pas l’autre
La station des norvégiens avait été dévastée par « la chose », la notre était sa nouvelle proie. On s’observait les uns les autres, prêts à bondir sur le lance flamme au moindre signe.

L’un de nous n’était pas celui que l’on croyait. Dehors le vent hurlait et la température était tombée à moins cinquante degrés.

Agnès :

Ça ne coûte rien. Et c’est si doux
– Relire un livre pour enfants. Une histoire racontée tant de fois. Se rendre compte qu’on la sait encore par cœur. Sentir sous les doigts les pages cartonnées devenues un peu molles, là dans le coin en bas. Fermer les yeux et se souvenir des petites frimousses attentives.

– Jeter des petits cailloux dans un vieux puits sombre pour voir s’il y a encore de l’eau au fond. 2couter le ploc qui raisonne.
– Trouver des girolles cachées sous la mousse. Ou une ribambelle de pieds de moutons. Un petit cèpe, si petit. Mais lui, le laisser grandir.
– Manger un reste de pâte à tarte crue.

Si ça se trouve j’y crois pas
– Tout va changer après cette pandémie.

– L’ascenseur social.
– Les mauvaises herbes.
– Au père Noël.

Dans les soupirs du silence
– Observer le ciel pailleté de lumières. Attendre une étoile filante et faire un vœu. Même si on n’est pas tout à fait sur que ça ne marche.

– Lire. Rêver. Danser. Peindre.
– (ne) Rien (faire).
– Une caresse.
– Marcher pieds nus sur la mousse.

Cadeaux
– Une bouture de misère pour Elle. Elle est tellement triste de laisser mourir toutes ses plantes. La misère, ça ne sait pas mourir.

– Les premières cerises juste cueillies sur l’arbre. Il se damnerait pour des cerises.
– Des baisers pour ma mère. Elle dit ça fait tellement longtemps que je n’en ai pas eu, j’en peux plus. Et ses yeux se noient. (Aux chiottes les virus !)
– Des sourires. A n’importe qui.

Comme un voyage
– Revenir à Ploubazlanec.

– Marcher seule un jour de grande marée, à l’heure où les ombres s’allongent, sur la longue plage de la Paracou. Jusqu’à ce que la lune danse dans les reflets gris ardoise des vagues immenses.
– Aller voir les parapentes tournoyer dans les thermiques, dans un ciel bleu sans rature, au dessus des Monédières. Comme le vol silencieux de grands rapaces aux ailes immobiles.
– Se rendre quelque part, n’importe où, un peu loin quand même, sans carte, sans GPS. Juste avec une boussole. Comme Tony en 1994 pour venir à PEC.

C’est délicat
– Un pissenlit dans sa dernière parure. Sa horde de petits parachutes blancs et graciles hérissés tels une armure. Si fragiles. Si forts. Prêts. Puis le vent les emporte. Ils voyageront peut-être si loin.

– Dire je t’aime. Ne pas oublier.
– Un soufflet au chocolat. Là, tout de suite ! Trop tard.
– Renoncer.
– Partir.

Bien sur ça agace
– Des chaussettes qui n’ont plus d’élastique. Quand nous étions enfants, notre mère nous cousait des boucles d’élastiques blancs un peu larges et plats. On les enfilait par dessus nos lâches paires de chaussettes de laine, jusqu’au rebord en haut. Ainsi elles en avaient fini de lamentablement s’entirbouchonnées sur nos chevilles.

– La mine du crayon qui casse. On taille. Qui casse. On taille. Qui casse…
– Une très bonne bouteille de vin. Bouchonnée.
– Les voies sans issue (et aussi les sens interdit).

Culture physique !
 -S’attaquer à un grand nettoyage de printemps. De la cave au grenier. Dessous, dessus. Dans les coins. Au plafond. Derrière. Oui là.

– Venir à bout de ce grand carré de ronces au fond du jardin. Les ronces ne renoncent jamais. Elles peuvent faire les mortes tout l’hiver, et repousser de plus belle quand revient le printemps.
– Concours de lancé de noyaux de cerise. Au-delà des ronces, c’est gagné !
– Poser la corbeille à papier le plus loin possible du bureau. Ne pas la rater lorsqu’on y jette des boulettes.
– Se taire. Même si ça étouffe.

Corridor
– C’est un peu comme avancer au milieu de nulle part par une nuit sans lune.

– Papiers s’il vous plaît.
– A la ceinture des grandes villes, ces routes grouillantes de bagnoles guidées par des œillères au centre de ces interminables murailles de panneaux d’affichage, vomitoires vendus à la consommation.

En mode résolution
– J’ai toujours rêvé d’avoir le même sac que celui de Marie Poppins. Le mien est peut-être sans fond, mais je n’y trouve jamais rien. Tout n’y fait que disparaître.

– Je surfe, tu twi(s)ttes, elle (va finir)tiktok, nous googueulons, vous m’aillez, ils deezent. Pas d’autre solution…
– Le robinet fuit. Les tuyaux sont bouchés. Le lavabo déborde. Le plombier est confiné. Qui va payer la facture ?

Où sont les couleurs ?
Oui, tiens, je les ai évacuées d’office en lisant la consigne : « forme simplifiée, au stylo ou crayon ». Noir, blanc, gris : les ombres en couleur, ça n’existe pas…

Ne sommes-nous plus que l’ombre de nous-mêmes ?

Et l’amour dans tout ça ?
Il est là, caché derrière les ombres de tous ces objets dressés comme des phallus. Il est aussi dans le néant et la lumière. Il est caché mais il est là !

Notes sur la noirceur
Une limace noire, je trouve ça plutôt dégoutant. Les limaces, je n’aime pas trop mais le noir ça va : je l’apprivoise, je m’habitue, j’apprends même à vivre avec…

Quand même, je préfère la lumière, les lampes, les bougies et les couleurs qu’elles donnent à la vie.

Les bruits de l’angoisse
C’est simple l’angoisse. Soit, ça vous laisse muet, incapable de sortir même une pensée, ça vous mure dans votre peur. Soit, au contraire, ça sort d’un coup, dans un cri d’une voix qu’on ne se connaissait pas. Un cri long, fort, qui envahit tout l’espace comme le son du carnyx.

Y croire ou pas
Au monde d’après.
A la solidarité universelle.
Qu’un jour, j’arrêterai de me poser des questions sur tout et n’importe quoi.
Que tu vas réussir à tenir tes promesses.
Que tu le feras aussi pour moi.
Que cette fois-ci c’est la bonne.
Croire en moi d’abord.
Puis croire en toi…

De la magie en toute chose
Pourquoi vouloir tout expliquer ? Avant tout, il faut changer son regard, espérer très fort que les rêves deviennent réalité, et tout faire pour cela…

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Raphaëlle sur son toit ne peut être avec nous cette semaine autre qu’en pensées… Hélas les nôtres ne peuvent pas faire avancer son chantier plus vite…

& une nouvelle qui plaira à David :

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Allez,en guise de récompense, un portrait-révérence de Marguerite par Richard Avedon