atelier d’écriture du mardi – N° 32

13 mai 2020

atelier 32, mardi 12 mai, chacun.e chez soi

Voilà des extraits de Naissance de l’Odyssée de Jean Giono :


et de textes critiques :

& puis, le poème de Du Bellay :

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Prenez vous aussi des libertés avec un récit mythique
(quelle qu’en soit l’origine, mythologique, historique, fictionnelle, et le médium par lequel il a été développé)

Pensez aux exercices précédents, thématiques et stylistiques quant au développement d’un personnage et d’un paysage

Je vous demande un récit développé en prose
et un récit plus succinct en vers (qui peut différer du premier)
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Sylviane : je ne sais pas si cela correspond bien aux consignes mais je me suis bien amusée en faisant resurgir Tartine qui a été ma première héroïne modèle de vie.

Je ne connaissais pas Tartine, alors j’ai mené l’enquête pour mieux apprécier le texte de Sylviane :


J’aimerai bien voir une pancarte de Bongo… En attendant, j’apprécie les jurons potagers…
Mais voici le 2ème exercice :

David :
DE L’ENFER
Je traînai ma carcasse géante au bord du Styx, je ressassais des idées sombres comme le fond de l’Averne. Des gamins loqueteux écarquillaient leurs yeux en me voyant apparaitre et détalaient comme des bouts de papiers emportés par le vent. Depuis qu’on m’avait sorti du labyrinthe, j’avais traversé les siècles en toute discrétion. Mes libérateurs m’avaient scié les cornes mais elles repoussèrent très vite. Mon aspect n’était pas très engageant pour trouver une femme, du boulot, une vie normale. Un directeur de cirque a voulu m’enrôler mais il m’a fait boire au moment de signer le contrat, je l’ai tué sur un coup de tête. Tout le monde me croyait mort depuis longtemps. Ariane la fileuse d’embrouilles avait fait croire à tout le monde que Thésée m’avait fait la peau. J’en avais ma claque de tout ces mythomanes, d’errer comme une âme non ensevelie, je voulais faire quelque chose de mon existence, autre chose qu’une œuvre de mort. Le problème était dans mon esprit, calqué sur le schéma du labyrinthe, et ce qui y rentrait de bon n’en ressortait pas vivant. Je scrutais au loin les sinistres lueurs au-dessus du triple mur des terres de Rhadamanthe, ce lieu rempli d’effroi fermé par l’immense porte du Tartare. Loin des ruines antiques je pensais trouver un monde meilleur en ce début de vingt et unième siècle mais la cruauté sans égale des hommes d’aujourd’hui me dégoutait profondément, ce qui est un comble pour un monstre sanguinaire de mon envergure.

J’ai bien tenté de m’en sortir avec l’aide d’un psychanalyste Freudien très éclairé en mythologie grecque mais le pauvre n’a pas tenu le coup. Encore une impasse, toute l’histoire de ma trop longue vie. Et puis la terre avait changée, elle ne ressemblait plus comme à l’époque à une belle femme aux formes généreuses, c’était comme si le labyrinthe la recouvrait jusqu’aux confins. Dedans, dehors, partout, visible et invisible à la fois. Mon dernier crime était ce crétin de producteur de cinéma que j’avais poussé par-dessus le balcon du trentième étage, lui aussi m’avait fait boire et m’avait humilié avec son projet de film ridicule où un petit freluquet en collant rouge façon toile d’araignée, spider machin chose, était sensé me terrasser devant le monde entier avec ses supers pouvoirs.

Non ce monde n’était plus le mien, je voulais disparaître, au fond d’un volcan en fusion, ça me semblait la meilleure façon de s’éteindre pour toujours.

 

LES REMORDS
Maudit qui comme Ulysse
A fait tant de désastres
Voguant dans les ténèbres
Guidé par les astres
Conquérant par la ruse
Violant les femmes pillant les récoltes
Semant la haine, le meurtre et la révolte
Piégeant sournoisement le tranquille cyclope
Se bouchant les oreilles pour vaincre les sirènes
Sacrifiant ses meilleurs compagnons
Engloutis de Charybde en Scylla
Pour toi l’homme bon est un perdant
Tu es duplicité, habileté malsaine
Sachant utiliser les hommes et les choses
Ta valeureuse épopée
Le plus beau des mensonges
Explorateur infatigable prédateur
Tu ne mérites pas tant de vers et de prose.


Manée :

Mythe familial, l’histoire (depuis combien de générations ?) de la chatte banarde, de cet animal sauvage qui apparaît à la tombée de la nuit dans la montée d’un pré, à l’orée d’un bois, au fond du jardin, pour apeurer les enfants alertés par les adultes : « attention la chatte banarde est là ! »
Et les enfants essayant de l’apercevoir, finissent par l’apercevoir bien sûr, floue, mouvante, insaisissable, sorte de fantôme blanc qui se faufile, légère, menue ou au contraire massive, sombre, effrayante avec des cornes retournées, parfois une seule corne…
Ils craignent qu’elle les emporte sans savoir où et en même temps sentent que le grand-père ou la grand- mère qui les a prévenus ne semblent pas si effrayés et qu’ils vont sûrement les protéger.
Plaisir et crainte mélangée, jouissance de la peur.
En fait une bonne vieille peur qui évite bien des angoisses non identifiées.
Plus tard, devenus parents ou grand parents ils perpétuent le mythe de la chatte banarde.

Connaissez-vous cette créature fuyarde
Qui apparaît parfois le soir, hagarde?
Non ce n’est pas une vieille renarde
C’est la chatte banarde

PS: en occitan limousin, corne se dit « bane », la chatte banarde est un animale mythique moitié chat moitié animal à cornes.

Et je ne résiste pas au plaisir de t’envoyer une version particulière du mythe d’Ulysse : introduction du livre Mensonges de femmes de Ludmila Oulitskaïa (qui vit à Moscou, généticienne de formation, elle a écrit de nombreuses pièces de théâtre et scénarios de films et se consacre exclusivement à la littérature depuis les années 80)


ben moi, ça ne me donne pas tellement envie de lire ce livre..!
Chez Giono (Naissance de l’Odyssée a été écrit en 25-26 et publié en 1930), Pénélope n’attend pas 20 ans, Antinoüs, un copain musclé de son fils Télémaque, et d’autres avant lui, lui ont fait oublier son mari, elle a vendu des terres de la ferme et des animaux, et quand Ulysse rentre, elle envoie chercher « le tissage de cette grande toile qui encombre le grenier » pour se faire une façade… et ils s’arrangent tous les 2 avec les aventures et mensonges de l’autre!

à suivre…. (pour vous donner envie de le lire!)

 

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Parce que c’est formidable que la poésie devienne populaire :