secours pop – 8

17 juin 2019

Réveil tôt pour être prête à l’atelier à 9h.
20190617_161213Aujourd’hui, c’est le dernier atelier de la saison (je me surprends à penser heureusement, car il n’y a qu’une seule personne jusqu’à 9h45, la jeune Mme Boukbir, qui n’a pas pu venir les fois précédentes car sa fille était malade, quand Nafisatou arrive comme une fleur…)

Il y aurait eu un autre atelier, et j’étais seule?
••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••

Décris-moi l’endroit, la ville, le pays d’où tu viens, je n’y suis jamais allé.

• Mme Boukbir
Je viens du Maroc. & je suis fière d’être marocaine. Au Maroc, les gens accueillent les visiteurs étrangers comme s’ils venaient de la famille.
Parce que c’est une tradition marocaine, le patrimoine marocain est un grand patrimoine, connu dans le monde entier.
Moi je suis née à Aït Ishaq, un petit village de montagne inconnu entre les montagnes de l’Atlas, dans lequel je connais toutes les familles.
Chez nous, on n’a pas besoin d’un rendez-vous pour aller visiter la famille, chez nous on ne ferme pas les portes toute la journée, je peux rentrer chez la voisine le temps que je veux et je peux faire comme je veux, comme chez moi, parce qu’il y a toujours des femmes à la maison, les femmes ne travaillent pas, mais tout ça on ne peut pas le voir dans des grandes villes. Dans ce village, il n’y a que des maisons, il n’y a pas de grands bâtiments.

Pour écrire, le traducteur sur le téléphone aide à trouver les mots.
20190617_160953

J’écris pour Nafisatou, c’est donc une langue plus orale :
• Nafisatou :
Conakry, c’est une grande ville. Là où j’habite, c’est Kamsar, à 3 ou 4 h de Conakry. C’est beau, y’a beaucoup de sociétés canadiennes, pour exporter la bauxite, c’est au bord de la mer.
Y’a beaucoup de blancs qui travaillent là-bas, ou en vacances. Y’a une grande cité, des sociétés. Là-bas, quand tu travailles, tu vis bien.
On vivait en famille, avec les parents, la famille de mon mari. Ma belle mère était très jalouse. C’est pas toujours facile, mais c’est comme ça chez nous ; tu veux sauver ton mariage, tu acceptes tout.
J’ai pas visité tout le pays, je connais pas beaucoup.
Chez nous, quand tu travailles, tu vis bien. On peut toujours se débrouiller, presque tout le monde. On aime accueillir les étrangers.
J’aime la capitale, mais je n’aime pas rester là-bas, trop de banditisme, c’est agressif, des gens qui volent. Quelqu’un ne peut pas me voler comme ça, je fais attention. La nuit, tu es dans ton coin, quelqu’un peut venir, j’aime pas rester là-bas. J’aime les endroits tranquilles. Comme ici, pas une ville trop en mouvements.
On a quitté mon pays, maintenant on est en France. J’y pense, mais mes enfants me font oublier.
Si tu as les moyens, tu paies ton terrain, tu construis comme tu veux à la capitale, comme ça tu es tranquille. Si au village tu as du terrain, tu n’as pas besoin de payer.
Je préfèrerais habiter une maison, mais là où il y a du travail.
J’ai 3 copines qui ont des papiers, mais pas de travail.
En Italie, les personnes âgées restent chez elles, il n’y a pas de maisons de retraite, il y a du travail, les gens en ont besoin. Ici c’est plus difficile.
Si tu as des papiers & pas de travail, c’est comme si tu n’avais pas de papiers.
J’aime pas rester comme ça, je suis une femme indépendante.

• Puis les 2 femmes discutent :
— Chez nous, il y a la montagne et la mer, pas de désert.
— Pour y aller par Air Maroc, ça coûte 400 € A/R, mais des fois tu perds ta valise lors des escales. Par Air France, c’est 1000 €, pas d’escale, mais je préfère. Pour venir, le visa, tu peux payer 6 000, 7000 €. C’est pas le visa qui est cher, c’est le business des gens qui en profitent.
— Mon frère m’a dit : — Ma sœur, si je savais qu’en Europe c’est comme ça, je serais resté là-bas.
Si tu as une idée dans la tête, on peut te dire ce qu’on veut, tu ne crois rien. Tu penses qu’en Europe tout le monde a les nouveaux téléphones portables, qu’on fait ce qu’on veut, qu’on vit bien.
— Je voudrais faire du commerce, j’aime ça, parler avec les gens. Il faut se battre, tu es libre. Y’a pas quelqu’un derrière toi qui te dis c’est bien, c’est pas bien; t’es pas esclave. Il faut tenter sa chance, mais pour ça il faut de l’argent.
— Si Dieu me donne un peu d’argent, c’est ça que je vais faire : je vais en Italie, c’est moins cher, les vêtements, les sacs, je ramène ça au pays, je connais leurs goûts.
Je veux que mes enfants soient heureux.
— On est là à cause des enfants. Sinon…
Je suis divorcée, ma fille ne peut pas sortir du pays sans l’autorisation du papa.
Toute ma famille est en Espagne. Mon frère vient de monter son commerce de légumes, depuis lundi dernier.

••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
Une dernière question avant de se séparer, et en pensant au travail à faire pour le 17 octobre prochain :
Pour vous, c’est quoi la Misère ?
— T’as l’envie et le courage de faire des choses, mais tu peux pas le faire.
Il y a aussi la misère de l’argent, quand on est pauvre.
— Elle a tout dit !

On s’embrasse en se souhaitant plein de bonnes choses, des papiers surtout, et du boulot!!