inaugurations et commémorations

10 juin 2019

• Dans le train, Gaëlle m’envoie des photos des plastifications qu’elle est en train de faire, pour le projet de la forêt du souvenir :
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• Vendredi 18h, c’est l’inauguration des nouveaux locaux du Secours populaire.
Le ciel menaçant se dégage juste à ce moment, pour qu’on attende (longtemps) au soleil les officiels qui se font désirer. Après la coupe symbolique du ruban tricolore, tenu par les enfants d’Aysé (!), devant la porte d’entrée par François Hollande, c’est la visite des locaux,
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Iris me fait remarquer l’autocollant dans la salle des ventes,
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puis là-haut, il y a l’affichage de l’atelier d’écriture que David a fait pour nous,

avec en rouge l’affiche (faite dans le train, merci les communications modernes!) pour Bobo
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Puis avant le buffet, c’est l’heure interminable des discours avec un aréopage d’officiels,  :
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IMG_5574Elle est belle Aysé, avec la petite aile rouge du secours pop qui lui gratte la tête !

(D’ailleurs Adama et une amie à elle veulent absolument se faire photographier avec Hollande, et elles le feront après les discours!)

On a des nouvelles de Bobo: il est finalement en centre de rétention; comme des papiers lui manquaient ils ont été transmis à un avocat de la Cimade qui le défend, affaire à suivre en priant ste Rita…
Aysé, qui en a gros sur la patate, profite de la belle brochette pour en parler énergiquement…: regardez cette petite video prise par Manée Aysé/Bobo et appréciez, à droite (!) le sourire du secrétaire général de la préfecture. IMG_5576 Le discours final lui reviendra. Il parle de la France qui accepte le plus de demandes d’asile (ah bon…), des conditions de demande d’asile : « il y a une règle. Pour certaines situations, il n’y a pas de raison que la demande d’asile aboutisse. Certaines décisions ne sont pas du goût de tous, mais le respect de la justice, c’est le principe d’un état de droit»; des « gens » qui sont légalisés, et des droits de « ces gens-là »; « ces gens-là » (à prendre avec des pincettes) ce terme revient sans cesse dans son discours…
(je pense à la chanson de Brel : Faut vous dire, Monsieur / Que chez ces gens-là / On n’pense pas, Monsieur / On n’pense pas / On prie /…/ Faut vous dire, Monsieur / Que chez ces gens-là / On n’vit pas, Monsieur / On n’vit pas / On triche /…/ Faut vous dire, Monsieur / Que chez ces gens-là / On n’cause pas, Monsieur / On n’cause pas / On compte /…/ Parce que chez ces gens-là, Monsieur / On n’s’en va pas / On s’en va pas, Monsieur / On s’en va pas…)
Pour se requinquer, voici la belle Adama, avec le badge du secours pop et l’autre avec sa phrase : faire le choix de se relever quand on est tombé
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• Samedi, c’est le marché, avec ciel bleu, et le rdv avec Manée et Iris au « caveau », le café du marché avec terrasse au soleil.
Dans La Montagne, que nous apporte Dominique qui y était aussi, un article sur la forêt du souvenir :
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« La Forêt du souvenir a été imaginée en 1994, pour le cinquantième anniversaire du 9 juin 1944 par les membres de Peuple et culture. Manée Teyssandier, membre de l’association, se souvient bien de la naissance de ce site. « Nous sommes d’une génération qui a toujours entendu parler des événements de juin 1944, on connaît l’histoire mais pas les visages des victimes », indique-t-elle. Alors pour le cinquantième anniversaire et pour mettre en place une commémoration « moins ritualisée », PEC avait mené un important travail de recherche de photographies auprès des familles : Patrick Teyssandier a contacté les familles et elles se sont mises à parler, ce qui explique l’importance des archives que PEC a pu collecter.
Les photos des victimes ont donné vie à une affiche et Henri Cueco a suggéré de planter des arbres en leur souvenir. L’idée était de planter 99 arbres en souvenir des 99 pendus, mais faute de place, moins d’arbres ont été plantés sur un terrain appartenant à la mairie », confie-t-elle. »

Depuis 1994, les arbres qui avaient notamment été plantés par les enfants du conseil municipal avec l’aide des services techniques ont poussé. Et la Forêt du souvenir a été oubliée.
Il a fallu qu’une membre de PEC (Iris, allemande…) se trouve par hasard face au panneau de la forêt pour que les souvenirs resurgissent », rapporte Manée qui ajoute : « Alors nous nous sommes interrogés et l’année dernière (en juin 2018), nous avons décidé d’organiser un événement dans ce lieu, pour le faire vivre. » Ainsi, sur chaque tronc d’arbre fut affichée la photo d’une victime. Un moment très émouvant notamment pour les familles qui étaient conviées. »
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Peuple et culture (PE), qui est à l’origine de la Forêt du souvenir, y organise, cette année, deux rendez-vous, en marge des commémorations officielles, le 14 et 18 juin. Si le 14 juin sera inaugurée l’installation Ça nous regarde réalisée par Fabienne Yvert et qui expose pendant l’été les photos des regards des victimes, le 18 juin, des scolaires notamment de l’école de la Croix-de-Bar y rencontreront les membres de PEC et l’artiste.  »
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Dans un vraiment tout autre genre, et parce que il ne faut pas laisser échapper ces petits bonheurs, au marché, en faisant les courses j’ai trouvé une tomate qui nous regarde aussi…
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• Dimanche, à 17h, rdv à la gare avec petite pluie pour la commémoration du 9 juin 44.
20190609_170043Je reprends paresseusement — et parce que je suis incapable d’une telle prose —, les propos en ligne de La Montagne :
« Dans un silence funèbre, encadrés des portes-drapeaux, officiels et représentants du Comité des martyrs sont venus déposer des gerbes au pied de la stèle, avant que ne retentisse La Marseillaise. Puis, suivant un schéma millimétré, le défilé s’est formé en direction du Haut-Lieu de Cueille, au son de la Marche funèbre. « 20190609_190247

La stèle est en face du grand immeuble remarquable (j’aime bien cet immeuble extra laid comme une verrue, je me dis qu’il faut faire quelque chose avec lui!), avec des gens à toutes les fenêtres. Et comme il y a plein de monde, on ne voit rien de ce qui se passe (dont l’ordonnancement est sonorisé), sauf être ensemble avec des parapluies…

 

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On suit la route dans l’ordre ordonné : la fanfare, les drapeaux, les officiels, les familles des victimes, et enfin « les gens ».

 

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Quand on fait partie « des gens », c’est une marche ensemble, où on se dit bonjour et on discute calmement, sur une grande route coupée à la circulation entre verdure et zone commerciale.
Iris qui a vu un parapluie avec du texte me suggère cette idée (qu’elle est bonne)…

 

« Albert Charles. Armand Léon. Boissier Yves. Bonnet Georges. » Espacés d’un lourd silence, les noms des 99 pendus puis des déportés jamais revenus sont énoncés par des élèves du lycée René-Cassin. Face au monument, derrière lequel sont alignés les drapeaux des anciens combattants, les visages des officiels sont graves. Parmi eux, l’ancien président François Hollande, qui n’a pas manqué une cérémonie depuis 1986. « Cette reconnaissance est vraiment importante pour les familles », assure Philippe Armand, honoré de son invariable présence. »
Capture d’écran 2019-06-09 à 22.52.27En « vrai », dans la foule (au-dessus du mur commémoratif, à gauche), on ne voit rien de tout ça, (sauf qu’auparavant on a vu Hollande en arrivant qui a salué du monde, dont Manée, en relevant son intervention-opposition auprès d’un élu FN — enfin non justement, RN, ça a beaucoup changé depuis le négationnisme qu’il lui a dit —qui se joignait au cortège des officiels au début de la commémoration…), on voit juste les arbres sur la colline en face, un bout des drapeaux, les gens qui attendent-entendent et les voix amplifiées.
Ce moment d’énumération des noms est assez émouvant, mais je me pose une question : pourquoi toujours dire/lire le nom de famille avant le prénom (j’ai remarqué ça aussi sur les photos de PEC sur les arbres, et là, il n’y a pas l’explication « militaire-état civil » officielle, puisque c’était justement redonner de l’humain..!!!)
Et des élèves entament d’une petite voix le chant des partisans. C’est pas prévu que tout le monde le chante en chœur et avec cœur, en ces temps de vigipirate et de gilets jaunes…

Puis, again, avec cette belle expression, c’est l’heure des dépots de gerbe(s)…
« Des gerbes de fleurs sont à nouveau déposées, dont une remise conjointement par le maire de Tulle Bernard Combes et le bourgmestre de Schorndorf, Matthias Klopfer. Les deux villes célèbrent cette année le cinquantième anniversaire du jumelage. » Puis les officiels serrent la pince aux 28 porte-drapeaux (dont les drapeaux pendouillent comme y’a pas de vent, on ne sait pas à quoi ils correspondent, les différents commités de ceci celà avec les ors de la république), et c’est fini, flop, circulez, on reprend la route en groupes dispersés, on rentre en ville, y’a plus rien à voir et la pluie a cessé…
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Sauf les fleurs moches et « mortes » accrochées là où les hommes ont été pendus…

En repartant, on a doublé le mec du RN avec sa nana perché sur des talons aiguilles. Aysé l’avait en travers, car elle qui l’a aidée quand elle était en difficultés, elle ne lui dit même pas bonjour, et a fait un commentaire RN sur le fb du secours pop, concernant Bobo..!
En photographiant un message de Manée : (& des nouvelles de Bobo, qui a été menotté lors de son arrestation, ce qui est illégal, mais bien sûr pas de preuve…)
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Après ça, on a été se requinquer au Globe avec Iris et Manée, le café populaire au soleil, où il n’y avait que des hommes de toutes nationalités d’origine et des conversations en diverses langues, de l’humanité et pas d’ordonnancement dans le souvenir…

& pour finir, un petit texte de Bobo :
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& une précision de Manée, suite à la lecture de ce post :
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