l’atelier d’écriture du lundi – 1

26 février 2019

Atelier d’écriture tous les lundis midi, au Lien/Lieu.
Nous avons convenu que j’envoyais des consignes, quand je n’étais pas là…
Voici la page de consignes envoyées, avec des photocop de textes, et une lecture sur téléphone (mon scanner buggait, mais tant mieux, du coup, ça nous a fait un lien!) :
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+ le sujet est banal, et + on est obligé de maîtriser son écriture;
c’est le style qui fait que la banalité devient pure littérature/écriture
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lecture :
extraits d’une thèse sur l’écriture de Marguerite Duras et la banalité,
et quelques lignes de Duras (dans Ecrire – la mort de la mouche) lecture enregistrée sur mon téléphone

après ça, au boulot :
1 — il y a une mouche en train de mourir dans la pièce, sur la table.
En tenant compte de tout ce que je vous ai lu-dit sur le style, la banalité et la singularité, en rendre compte au plus près, comme si c’était votre cousine. Choix des mots, multiplicité des points de vue, ne rien laisser passer de l’observation, votre cheminement de pensée doit se voir sans que vous l’expliquiez
— (lecture de tous les textes)

2 — Sur une feuille à part, résumé en 5 lignes, grand dégraissage.
— on passe son résumé à sa voisine, à son voisin.
C’est le matin, vous prenez votre petit dejeuner, avec un livre où vous lisez ces lignes, dans l’ambiance quotidienne.
Vous commencez la journée avec cette mouche qui meurt, la cafetière (?), la tasse de thé…
Mêlez l’ambiance du début de journée, description petit dej, lumière du matin, les pensées qui vous viennent, ce texte de la mouche qui vous (pré)occupe…

3 — On passe le résumé qu’on a sous les yeux à sa voisine, à son voisin.
Vous êtes chez vous, vous rangez vos papiers, vous retrouvez ce texte que vous avez écrit l’année dernière.
Vous y repensez. Vous, avec vous même. Et maintenant ?
— (lectures des textes 2 & 3)

4 — On passe le résumé qu’on a sous les yeux à sa voisine.
Vous êtes au supermarché, au rayon insecticides. & vous repensez à ce texte, à cette scène.
— Un petit enfant à côté de vous arrache les ailes d’une mouche. Vous lui dites quelque chose en une phrase.
— (lecture des textes)
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Manée a eu la super idée d’enregistrer les lectures des textes écrits. (Et un peu de l’atelier, où j’ai compris que mes directives n’étaient pas assez évidentes pour être interprétées sans doutes ! je ferais mieux la prochaine fois, si j’ai le temps de peaufiner….) Du coup, avec en plus les photos, j’avais l’impression d’être là, avec vous!!

Voici des enregistrements, et des écrits ! Pas forcément dans l’ordre (je rame à mettre des fichiers audio, je ne suis pas très douée….)

 

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Bonjour Fabienne,
Comme convenu avec le groupe, voici mes textes de l’atelier de lundi. C’est toujours terrible de se relire « à froid » ! Si je m’étais écoutée, j’aurais bien modifié plein de choses….
A bientôt. Agnès

  • La fin de la journée s’annonce. Par la fenêtre ouverte je vois le soleil couler derrière la colline. Le calme et le silence accompagnent cette fin de jour. Dans ce moment où tout semble se préparer au repos, un vrombissement attire mon attention. Mes yeux quittent mon livre pour apercevoir à l’autre bout de la table une mouche. Elle a choisi pour se poser là où les derniers rayons de soleil caressent le bois patiné. Je l’observe. Je ne sais pourquoi. Tantôt elle est immobile, tantôt elle s’agite en mouvements inexpliqués. Inexpliqués pour une mouche. Une mouche, soit ça vole, soit ça se pose et ça attend, non ? Celle-là bat des ailes, tourne sur elle-même, s’arrête, puis recommence. Se posant alors toujours au même endroit. Dans le rayon de soleil. Elle s’arrête puis recommence. Encore. Dans une danse folle. Et bientôt je comprends. A chaque élan ses arabesques se font moins folles. A chaque retour sur la table son atterrissage se fait plus lourd, plus maladroit. Je comprends. Pourquoi a-t-elle choisi cet endroit ? Ce moment ? Mais choisit-on. Entendre son désarroi, comprendre sa peur, le puis-je ? Ce n’est pourtant qu’une mouche ! Mais moi je suis là. Seule avec cette mouche. Cette mouche que la vie quitte. A-t-elle choisi la compagnie de l’homme pour finir sa course ? Ne préfèrerait-elle pas être parmi les siens ? Elles sont stupides ces questions que je me pose, je le sais bien. Et pourtant je voudrais accompagner cette bête. Encore un peu. Et je sens que je vais sentir le devoir d’accompagner cet être-là vers sa fin. Et ça y est, déjà, cette fin elle est là.

 

 

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Bonjour Fabienne,
Ça va ? Je t’envoie les textes de lundi, sur la mouche… C’était super.
A bientôt ! Emmanuelle

  • Alors elle est là. Je ne m’y attendais pas. Ca nous est arrivé plusieurs fois, à une mouche et à moi, de nous retrouver en présence. Pourtant. Combien de mouches sur le dos sous mes yeux en train d’agoniser et moi de regarder dans le vide, indifférente. Mais là, là une mouche mourante entre mes yeux et le support de la mouche mourant, une table blanche et grande, trop grand pour la mouche petite, un support inhospitalier pour la mouche en fin de vie.
    Pensait-elle, la mouche, partir un jour sur une grande surface blanche et lisse, trop peu naturel pour elle et son vécu de mouche ; une surexposition de mouche en train de décéder. Je la regarde cette fois, cette fois j’y fais attention, pour la première fois je la regarde la mouche, et non plus une mouche. Ses petites pattes de mouche graciles. Ses ailes bleutées de mouche. Elles ralentissent. Ses yeux éplorés de mouche presque morte, me dis-je, est-elle malheureuse la mouche ? La mouche.
    Son corps si fort pendant combien de temps ? Combien de temps dure une mouche ? Est-ce que la durée de l’agonie de la mouche est proportionnelle à sa durée de vie de mouche ?
    La mouche devient silencieuse, elle ne crie pas, sa peur de mourir ne se voit pas, est-ce qu’elle sent qu’elle va mourir la mouche ?
    J’ai envie d’être là, plus près d’elle, de lui transmettre mon envie de caresser l’une de ses pattes, doucement, lui dire « n’aie pas peur, tu n’auras pas mal ».
    Je vois la mouche bleutée en majesté qui fait des petites convulsions ; quel est le poids de l’âme de la mouche.
    Je ne veux pas la laisser seule. Je veux rester à côté de son petit corps frêle et touchant. Je ne veux pas qu’elle ait froid avant de partir.

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  • Un matin comme tant d’autres. Cris stridents du réveil. Couleur du ciel derrière les persiennes. L’eau clapote dans la bouilloire. Sur la table le bol bleu, le pain, la gelée des fruits du jardin. Des gestes mécaniques mille fois répétés. Cette routine pourtant si calculée pour relancer la machine avant de commencer la journée. Le thé infuse dans le bol bleu et je reprends sur la table mon livre laissé la veille. Chapitre 9. Cinq lignes. Cinq petites lignes au milieu d’une page presque blanche. C’est vite lu cinq lignes. Et là normalement je pourrais continuer ma lecture. Je m’apprête d’ailleurs à tourner la page. Mais non. Je relis le chapitre 9. Dans ces cinq lignes quelques mots qui racontent une mouche et un homme. Et dans ces cinq lignes je ressens soudain comme une évidence le désarroi de l’homme devant la mort de la mouche. Cette mouche. Et par ces cinq lignes c’est moi maintenant que le désarroi assaille. Je referme le livre. Ce matin, pas de tartine. L’heure a tourné, il faut que je bouge. Comment vivre une journée qui commence avec une mouche morte et un homme désemparé ?

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  • Je déteste les papiers. C’est maladif. Toute cette paperasse administrative. Des formules toutes faites, des chiffres. De la lecture sans vie ni style. Indigérable. Du blabla. Mais bon, je me le suis promis comme un challenge : « Agnès, tu dois trier et ranger ces tas de papiers avant le jour du printemps. Daté. Signé. Ça fait à peine une demi-heure que j’y suis et déjà je faiblis à l’ouvrage. Je souffle, je râle, je peste. Quand je trouve, glissé entre deux relevés de banque, un texte griffonné au dos d’une enveloppe. L’excuse inattendue pour faire LA pause inespérée au milieu de cette corvée. Je pose l’enveloppe un peu froissée sur la pile de chiffres et je lis. Cinq petites lignes mal tracées. La mouche. Et quand je repose le papier, vous me croirez, ou pas, et bien elle est là devant moi cette mouche. Elle est là. De nouveau je la vois. Et je sens encore une fois que je ne serai rien d’utile pour elle.
    C’est définitif, je déteste ranger les papiers.

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  • Qu’ai-je fait de toi ?
    Ce souvenir a disparu.
    Tout est à nouveau là. Qu’ai-je fait de toi ? Pour poser ton souvenir sur papier, qu’ai-je bien pu faire de toi ? Qu’ai-je fait de l’image de toi ?
    Est-ce la fin de toi ? Ou de toi ?
    Quelle était cette lecture liée. D’autres papiers reviennent à moi aujourd’hui, mes doigts fouillent et ce désordre de papiers dans mes mains constitue le puzzle du temps presque passé. Il y a une photo, un visage manquant, je me retrouve avec une silhouette inconnue, sans tête, c’est si loin si proche. Petit insecte bleu que j’ai regardé mourir. Je t’ai regardé. Pour la première fois je regardais la mort en direct. Et tes ailes perdues réclamaient un arrêt anticipé. Je t’ai regardé mourir sans pouvoir rien faire. J’ai usé de ce moment pour soigner une autre mort. Plus volatile. Plus vaine. Plus chienne.
    J’aurais voulu mourir à ta place ce jour, pour cesser de pleurer et de suffoquer. Ta mort de petite mouche a pris tout son sens. J’ai pensé, ou maintenant je le sais, à ton âme et à ta douleur, à ta capacité d’être vivant à générer d’autres respirations. Inspirations. Expirations.
    Universelles.

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Merci pour cette écriture à distance!!