agitations, actions et inactions

31 mars 2020

Après avoir causé d’autres choses et de boulot avec Jean-Pierre Larroche au téléphone, il m’envoie un mail avec des dessins pour participer au blog. Merci!
“ce soir un dessin idiot avec bête :un bonhomme : (& le même en pied)

et là j’imagine une scène avec une oreille conférencière (l’oreille, pour une fois, prendrait la parole) :

la scène s’ouvre sur la forme d’une conque
un théâtre de l’ouïe
et après ça continue à l’intérieur mais je n’ai rien encore sur le papier et dans ma tête ça bouchonne

et pour finir je t’ai t’ai tiré au hasard deux cartes de notre jeu des principes d’action (celui qui t’était destiné et qui s’est volatilisé mais que je te ferai parvenir à nouveau)
à gauche un principe d’inaction, à droite un principe d’action :

alors en réponse, à rester sur son rail et se couler dans l’action…

oui Jean-Pierre, je t’entends bien, ça va venir,
c’est un (r)appel pour notre projet, je le sens..!
Tiens, j’ai retrouvé cette photo
(qui illustrait avoir les portugaises ensablées, je crois..)

On avait causé entre autre de ça :

Référence donnée par Hendrik Sturm (artiste marcheur) pour son cours – à distance…-  “biologie de la perception: l’oreille et l’audition”, envoyé aux étudiants confinés des BA de Toulon, où il enseigne la sculpture et la culture générale (approche scientifique).
Avant d’avoir entrepris des études en biologie (thèse en neurobiologie), Hendrik a étudié à la Kunstakademie de Düsseldorf, notamment dans les ateliers de Jan Dibbets et Tony Cragg. Contrairement à un nombre important d’artistes ou de scientifiques qui procèdent à des échanges entre des domaines scientifiques et artistiques, il ne s’intéresse pas en tant «qu’amateur» à la science ou vise-versa : ses parcours le placent comme professionnel à la fois dans le domaine scientifique comme dans le domaine artistique.
Souvent, les relations entre sciences et art s’appuient sur l’utilisation d’approches scientifiques comme une technologie qui sert à produire des propositions artistiques. Hendrik Sturm n’est pas intéressé par cette forme d’articulation : les liens entre le domaine scientifique et le domaine artistique ne se situe pour lui pas au niveau du contenu, mais au niveau de la méthodologie : son travail scientifique en neurologie l’a familiarisé avec la difficulté de récolter des données, de les interpréter, d’en trier les données exploitables et de prendre en compte la pollution de ces données par d’autres informations. S’appuyant partiellement sur une posture scientifique, il réfléchit dans son travail artistique essentiellement sur l’organisation des modèles pour décrire le monde. Ces modèles scientifiques s’appuient, comme les productions artistiques, partiellement sur des métaphores.

Ça me fait penser à Zaven Paré.
Qui est confiné à Marseille dans le jardin de l’observatoire (y’a pire…) pour sa résidence à l’IMéRA (Art, science et société)
Allez voir son site, car super Z est un cas génial de non confinement dans une petite case (& il est passé par le lycée agricole)!!
& , dans une galerie,
et , au sujet de Madame Bovary
et aussi sur le site de TK21 (allez au bout de la video!)

(j’aime bien son portrait avec mon manteau en renne sur fond de parpaings !!)

Donc, après avoir causé au téléphone, Z m’a reexpédié un mail (de confinement) au sujet du ‘conditionnement’ :

” À la galerie Tretyakov de Moscou, est exposé le portrait d’Ivan Pavlov pour lequel le peintre symboliste Michail Nesterov a reçu le prix Staline en 1941, durant la période de l’art réaliste socialiste de propagande. Peinte en 1935, alors que le théoricien des réflexes conditionnés avait 86 ans, cette toile le représente assis de profil […] face à un pied de pervenches blanches.
[…] Pavlov fait face à une plante comme s’il s’agissait d’un sujet d’étude scientifique maintenu à une distance calculée. Dans une sorte de mise en abîme, Nesterov peint son ami dont le métier est justement d’étudier le rôle, le fonctionnement et l’organisation mécanique, physique et biochimique des organismes vivants dans leurs interactions avec leur environnement.
Nesterov dit que la pose aurait duré 8 heures, 8 heures durant lesquels Pavlov donne l’impression de guetter le moindre frémissement du végétal. […]
Pavlov était connu pour être un expérimentateur méthodique jusque dans ses habitudes. Il déjeunait et se couchait à heure fixe, il nourrissait ses chiens à la même heure et chaque année il partait en vacances le même jour. Pour lui, tout semblait se résumer à la mesure du temps. Le sujet de cette toile semblait représenter l’attente dans la durée: le portrait d’un vieillard face à l’éphémère printemps d’une fleur, une fleur qui symbolisait aussi l’amitié, la sincérité et la loyauté dont parle Nesterov dans son journal. Cette relation au temps qui s’écoule est au cœur de toute recherche, de celle du peintre comme de celle du scientifique. Même si aujourd’hui, il a été démontré que le conditionnement classique au sens Pavlovien existe également chez les plantes, c’est leur observation dans des dispositifs expérimentaux étirés dans le temps qui a permis cette découverte (Gagliano – Vyazovskiy – Borbély – Grimonprez, 2016).

Sur ce tableau, le visage de Pavlov est calme et les plis de sa veste indiquent que son corps est relâché. Seules les jointures de ses doigts refermés avec fermeté révèlent que ses poings sont volontairement maintenus serrés. Sa puissance physique et ses pensées paraissent à la fois avoir l’air apaisées par les stimuli envoyés par la plante, en même temps qu’il semble avoir un effet héliotropique sur les petites fleurs blanches qui se tournent vers lui. Ici, c’est le peintre qui a fixé le cadre de l’expérience au physiologiste : aucun réflexe conditionné, juste une pose. Dans cette mise en scène, le paysage silencieux de la vie intérieure du scientifique ressort. Selon Rousseau, la contemplation des fleurs préviendrait le tumulte des passions.
Tout observateur cherche à faire parler les objets qu’il étudie. Même en donnant une valeur de témoignage et de document à sa peinture, Nesterov n’a pas cherché à faire un simple portrait, mais il a aussi essayé de peindre une allégorie de la sagesse, dans cette disposition où Pavlov donne l’impression d’écouter une plante. En humanisant le scientifique, Nesterov transforme ce portrait en scène de contemplation. Une représentation de la contemplation qui illustre le temps qui coûte à l’observateur, la durée inhérente au travail et la persévérance qu’implique toute recherche.

Zaven Paré
Résident du programme Art, science et société
IMéRA – Institut d’études avancées d’Aix-Marseille Université “

& pour continuer, des extraits d’un livre ‘ancien’ de Zaven Paré que je trouve toujours aussi formidable chaque fois que je le regarde :
Brasilia, (livre d’artiste, 45 ex., 1993)
(réédité en 1999 chez Harpo &     EAN : 9782913886056   12 €)

& puis, ça m’a donné envie de ‘rechercher’ dans Télescopages quelques extraits où Z apparaît :