printemps

Date : 2 mars 2026

Le printemps revient, ça fait un bien fou.

A Arles, longues ombres, j’ai pris une photo,
car ça me rappelait une gravure de Kevin dans ma boîte à fiches 20 cm de 4ème dimension :

C’est un jeune homme aujourd’hui, j’espère qu’il continue à dessiner (même si c’est  peu probable) car il était particulièrement doué.

Les freesias sauvages sont en fleurs,
Marie-Christine m’avait donné, il y a longtemps, des graines de son jardin de Giens,
ça sent tellement bon et les couleurs sont tellement délicates…

Avant ça, très grosse tempête comme partout, et l’autre jour en attendant à l’arrêt de bus en bord de mer, les vitres constellées de bout d’herbiers de posidonies !!!

 

 

& puis, à Paris comme il pleuvait trop, je m’étais achetée un tissu jaune mimosa avec du mohair,
comme du mimosa justement !
le but : un tailleur de soleil…
Je n’avais pas pensé que l’épaisseur du tissu allait me donner du fil à retordre pour ne pas ressembler à un gros poussin…
Je crois que j’ai réussi, un vrai tailleur lumineux d’hiver !

 

& la note 77 de Maggie Nelson dans Bleuets :

qui me remets sur la route de mon texte sur l’espace, en compagnie de Christine, avec la semaine d’avant passée « avec elle »,  aussi :
 

& ce site où on peut découvrir, entre autre, des ouvrages pour la jeunesse formidables, ainsi que sur l’espace :

comme ce livre avec des poèmes de Diane Ackerman, qui vient de sortir (mais les frais d’expédition depuis les USA sont dissuasifs…)

« I immediately wondered about this poem, this poet, and down the rabbit hole I went, to discover that Carl Sagan had been Diane Ackerman’s doctoral adviser at Cornell and that she had gone on to publish a collection of astronomy-inspired poems »

 

Avec souvent une iconographie formidable, comme ces :
Solar system quilt, d’Ellen Harding Baker, « begun in 1869 and completed in 1876 to teach women astronomy when they were barred from higher education in science. »

Les phases of Venus & Saturn de Maria Clara Eimmart, début 17ème

Allez, Carl Sagan, ça fait toujours du bien de se replacer sur Terre :

& puis, l’envie de retrouver Vivaldi.
avec par ex. Jakub Jozef Orlinski, un contre-tenor branché (voir sur son site certaines videos style rock star ou modèle de mode!!)
Sa prestation à Aix le révèle au grand public. Il est alors invité dans une émission de France musiqueà chanter Vedro con mio diletto, extrait de l’opéra Giustino de Vivaldi. À cette occasion, il demande des précisions sur le code vestimentaire, il lui est répondu : « c’est de la radio, personne ne te verra ». Il s’habille alors au  vu des températures estivales. Le pianiste, Alphonse Cemin, en fait de même, chemise lâche, bermuda, et tongs. Ils ne réalisent pas qu’ils se produiront devant un public, et qu’une captation vidéo sera faite. Succès phénoménale de la video, due autant à l’interprétation qu’aux vêtements « normaux »….

& puis, un autre décrassage formidable

une autre ouverture internationale des oreilles :

 

Aporee.org

Une radio et un archivages de sons du monde entier, projet dingue et formidable

écouter des oiseaux et autres sons de la nature, ça change des bruits de la guerre partout, qui nous soulève le cœur


réattu

Date : 2 mars 2026

Le dimanche matin, du (très beau) temps pour aller au musée Réattu, au bord du Rhône.

C’est un très beau petit musée,
où j’apprécie particulièrement la mise en rapport d’œuvres anciennes et modernes.
C’est simple et tellement malin et pédagogique.

aussi les collections Réattu, qui me ramènent à l’espace…

 

 

 

en parlant d’espace, celui aussi de certaines œuvres, comme cette photo d’une peinture accrochée au musée d’Orsay :

et Ton Zwerver (Sculpture for a moment) qui ne fait qu’un tirage d’une photo et en détruit le négatif :

Une belle visite (très tranquille), qui fait admirer, rêver, penser… que du bonheur !

& puis, il y avait aussi des œuvres de Jean-Pierre Formica « Traverser l’histoire » :

un bateau qui porte des « vestiges » contemporains, très belles céramiques et présentation

en bas dans la chapelle, certaines œuvres en terre coulées en bronze, nettement moins convaincantes, je trouve, la lourdeur d’une trace…


Arles se livre

Date : 2 mars 2026

Le we dernier, c’était la manifestation Arles se livre, où j’ai fait atelier pendant qu’il y avait des rencontres, lectures, spectacles et vente de livres.

Quelques images, avec les affiches déjà réalisées en « décoration » :

et puis, des ateliers, où les murs se remplissaient au fur et à mesure que les participant.e.s laissaient leurs dessins :

et puis, R.D., qui a fait un 1er dessin comme une private joke,
et quand il est revenu le lendemain,
je lui ai passé commande de cette merveille

c’est mon butin du we, aussitôt rentrée, aussitôt accrochés :

& puis, un dernier dessin, de Marianne chez Circa, qui vend de magnifiques reposes livres en bois d’arbres…
ça se passe de commentaires !!


concert

Date : 19 février 2026

Mardi soir, concert (archi comble!) au GMEM, que j’attendais impatiemment : de la cornemuse version contemporaine, yes!!!

(je crois que la 1ère fois que j’ai été scotchée par la cornemuse, c’était enfant à St Malo. Cet instrument si bizarre qui faisait autant de bruit ?!!)

alors, il ne vous reste plus qu’à écouter, hein, petit.e.s veinard.e.s ..!!
Voici les liens les plus directs, et bonne exploration !

http://www.erwan-keravec.eu/activite/urban-pipes-2/

http://www.erwan-keravec.eu/activite/sonneurs-nu-piping-3/

et https://youtu.be/OYMVhaQXIto?si=DdYBn_GaEGRXZuaT

Bon, je devais y aller avec un pote, finalement malade. J’ai proposé ma place en rab à 1 amie, puis 1 autre, qui pouvaient pas… restrospectivement, je crois que c’était mieux ; pas sûre (même du contraire) qu’ils auraient supporté cette radicalité !

Si c’est votre cas aussi, alors plus facile :

Les Red hot chili peppers ?


un livre c’est

Date : 19 février 2026


Fin décembre, j’ai fait des ateliers dont vous avez pu voir précédemment les affiches réalisées par les participantes (y’avait que des filles). Avec un petit atelier d’écriture aussi, j’en ai fait d’autres pour afficher dans les lieux de la manifestation :

& puis, toujours celles-ci, en voici des nouvelles…


journal

Date : 19 février 2026

Il pleut, il pleut ici aussi… A Paris, je me suis achetée un tissu jaune mimosa en mohair pour pouvoir supporter une semaine de flotte, il me reste plus qu’à en faire un tailleur (et ensuite jouer au roi – à la princesse- soleil !!)
En attendant, j’ai rendu ma cheminée plus étanche à la pluie+ vent en coupant un pot de fleur (j’ai pas trouvé de système plus adapté pas moche pas cher…)
& puis se faire de la couleur en pull…

J’ai ressorti (et raccourci) mon caban postal pure laine brodé (il y a… une vingtaine d’années ?!) en fil de soie comme des trainées d’escargot. C’était adapté au temps de chiottes, et après avoir revu à sa mort les célèbres photos de Robert Redford dans son caban, ça m’a fait re-envie… (il me manque les Ray-ban miroir… mais mes lunettes belges sont top aussi!!)

(à l’époque, c’était un précieux métier, facteur, et l’état ne lésinait pas sur la qualité-durabilité..!!)
 

Chez Sylvie le mois dernier, il y avait une courge comme un citron géant, on n’avait pas du tout envie de la « tuer » en la mangeant…

Quelques ardoises de Frank André Jamme, et des pages d’un super livre de José Parrondo, qui ont servi pour l’atelier écriture-arts plastiques

et des archives tout azimut recollées dans mon nouvel agenda

& puis ça qui m’a arrêté, que j’ai découvert dans Junk page (dont on se sert pour essuyer les gravures… au moins ça sert à quelque chose!)

et le blabla classique

Faut que je me remette au kintsugi, d’autant que les pièces à réparer ne manquent pas sur ma table…

& puis pour terminer, Cobie Cobz, ça fait toujours du bien là où ça fait mal !!

 


Cité de l’architecture et du patrimoine

Date : 19 février 2026

Au musée du Trocadéro, Cité de l’architecture et du patrimoine.

Je crois que je n’y étais jamais allé depuis que c’est revu…
Je suis allée voir l’expo Chromoscope (hélas pour vous terminée), et dans la foulée, traverser l’expo Mute de Fabienne Verdier. Je dois dire que dans l’idée son travail me plait, mais dans la pratique je le trouve de plus en plus lourdingue. Travailler sur le geste et que ça devienne autant figé me semble assez problématique…!! & l’expo Mute est pas là pour infirmer mon impression pas terrible…
mais quoi qu’il en soit, ça valait le coup pour cet endroit hors du commun (et parce qu’il y avait l’autre expo!!)

Ci-après quelques photos des œuvres possibles (& pas les plus grandes…), comme ces 3 petits formats.

Mais une question, pourquoi ces chassis monstrueux (aussi épais pour des petits que des grands formats, c’est un parti pris, OK, mais ça n’aide pas à la légèreté ni à la préciosité, hein, c’est le moins que l’on puisse dire…)
Comme pour ce rétable Par une nuit d’été (183 X 226 – coll.part.) qui pourrait être beau (est-il nécessaire qu’il soit si grand – ou alors pas assez, qu’on soit carrément dépassé…?!) mais là-encore, cette épaisseur et ce chassis visible (& visiblement, ça ne se ferme pas…) ??


 
Quasi tout est dans des collections particulières ou étatiques. Ça me fait penser à Christine qui traitait le Soulages du noir au kilomètre de peinture pour dentistes..!! (je suis d’accord!) Là c’est pareil, c’est devenu dans sa lourdeur une bonne grosse valeur bourgeoise… Il faut du solide pour son argent…

En face et en accompagnement, il y avait cette merveille. Un moulage d’une allège (rien que son nom!) d’une fenêtre de la façade sur cour de l’Hôtel Jacques Coeur à Bourges. Quand la pierre est 1000 fois plus légère et délicate que le peinture d’un instant et énergie….

Sur fond foncé, c’est moins pire


& en « négatif », je trouvais ça plus intéressant

et pour finir, l’idée de les mettre en rapport est belle, mais y’a toujours pas photo avec Le grand vortex d’Unterlinden (551 X 271 – coll.part.) et cette colonne merveilleusement ascensionnelle…!!

Bon, passons à l’autre expo géniale

Pas évident comme association, et très réussi (et ça fait un bien fou!)
& visiblement pas du tout au goût d’un certain visiteur qui m’a parlé, qui déplorait qu’on ne puisse pas voir les peintures médiévales derrière les œuvres modernes
— ben, vous devriez aller les voir sur place, plutôt qu’en reproduction..!!


Allez, je vous les mets en grand, plein les yeux ça fait du bien
(& voilà la légèreté et profondeur à la fois, pas comme F. Verdier…)


Adolph Gottlieb a été pour moi une révélation, je ne le connaissais pas.
J’ai lorgné son travail dans un catalogue à la librairie du musée, trop cher pour mes moyens (mais je l’ai trouvé d’occase, eurêka!) (et qu’on arrête de prétexter protéger les auteur.e.s en voulant taxer les sites de livres d’occase..!!!)


Helen Frankeinthaler, dont il y a plusieurs toiles
et des associations et découvertes toujours surprenantes

Sam Francis, c’est pas le mariage le plus réussi, je trouve. & pendant que je visitais, il y avait un gars du musée (le commissaire d’expo?) qui faisait une visite particulière avec un couple de (vieux) collectionneurs
— On a presque le même Sam Francis » disait-il à sa femme…
— Ah ouais ? Quand tu vois une expo, tu penses à la validation de ta collection au lieu de regarder ?!

Pourtant le gars du musée ne ménageait pas ses efforts pour les aider à voir…


Helen Frankenthaler encore, Portrait of Margaretha Trip (1980)

Un seul regret, tout de même de taille (c’est le cas de dire), c’est qu’il n’y ait pas une peinture de Robert Zakanitch…
Comme cet Ephemeral Beauty

ou encore Bent Chameleon

Dommage, l’expo se terminait dimanche 15 février, mais c’est un endroit où il faut allez voir les futures expos, me semble t’il !!


Suomi

Date : 19 février 2026

Au centre d’art Jacques Villeglé à St Gratien, il y a une expo de Frédéric Poincelet (toujours pour ce formidable dispositif Inventaire(s), initié par Carine Roma – et c’est un grand bonheur de connaître cette (pas uniquement) commissaire d’expo et son travail (pas uniquement!).

Quoi qu’il en soit, quel travail d’estampe génial (réalisé par l’atelier Fleur de Pierre, la litho qui sort de l’âge de pierre (!), expérimentale comme j’aime. On pense à Rauschenberg et puis aux combinaisons de Paul Cox chez Bordas, & à la toujours magie des macules..!!

ci-dessous quelques photos, indéniablement, mes lithos préférées virent au orange….

 

& puis, dans cet endroit, les accrochages ou dispositifs d’expo sont toujours aux petits oignons.
là, des grandes barres en métal qui courent le long des murs, avec les feuilles aimantées.
& puis, ce genre de détail me ravit toujours (qui atteste ce que je viens d’écrire!!)…

et si vous habitez Paris ou dans le coin, c’est pas loin en RER C (hormis si vous venez de Malesherbes comme Jean-Pierre..!)


Tout autant que les saisons

Date : 19 février 2026

différentes traductions…

Une expo d’une toute petite partie du travail de Christine, un an après qu’elle parte.

Partir pour mourir, je détestais cette expression, que je trouvais tellement peu réaliste. Je l’ai comprise la semaine dernière, en vivant une semaine dans leur maison, en allant faire un tour dans son atelier, en restant à l’expo, en écrivant un texte sur son travail ; force était de constater que pour moi, elle est toujours là. Alors partir, c’est quand on reste vivant à l’intérieur des gens qui vous ont aimé et qui vous aime toujours, quand bien même le deuil. Grande révélation, vous me direz…

 

Christine a été aux B-A de Caen puis aux B-A de Cergy-Pontoise où on s’est rencontrées au siècle dernier, en 1983.

Alors elle fait de la peinture, d’abord à l’huile puis à l’acrylique, des objets-sculptures pour composer de petites scènes, de la photographie. Pour gagner un peu d’argent, elle peint des décors de théâtre.

Toute l’œuvre de Christine est figurative.

Elle peint les ambiances, les sensations, qui naissent d’observations et de souvenirs. Elle travaille l’espace qui fait naître la scène représentée : elle cherche un point de vue et construit un cadrage spécifique pour nous entraîner à sa suite, qu’on puisse partager sa vision.

 

& puis il y a les couleurs, la saturation des couleurs, même dans ses peintures blanches (une série de peintures sous la neige). C’est une exigence : la subtilité de la couleur fait partie de sa vie, dans ses peintures ou gravures, dans ses vêtements, dans sa maison, son jardin.

Christine m’apprend à mettre une pointe d’ocre pour rendre une couleur plus subtile. Elle a toujours en réserve des ocres d’Apt, vénère le jaune de Naples, peut-être aussi à cause de son nom. Elle trouve un peu trop fort le rose carthame que je lui présente, l’exubérance gestuelle et colorée de Joan Mitchell. Pour les roses justement, la cuisse de nymphe émue que lui présente Yolande la fait rire et l’émeut. Elle tombe en arrêt à la galerie Templon devant les immenses toiles roses de Robert Zakanitch qui mêlent abstraction, motif, et représentation florale, qui ne sont pas sans évoquer Monet et Matisse, les panneaux des Nabis aussi. Vuillard et surtout Bonnard sont parmi les peintres de prédilection de Christine.

S’imbiber dans la couleur : ça n’est pas par hasard qu’elle fait une série de gravures sur les plantes tinctoriales, recherchant avec de l’encre la couleur exacte dûe à la plante. Regrouper dans un cadre la bourdaine, le myrtillier, la rose trémière et le sureau noir pour nous faire apprécier leurs différences de mauve-violet, nuancier de la nature. Mettre en valeur le jaune spécial qui différentie la serratule du genêt des teinturiers, retrouver l’or du crocus. Apprécier toutes les nuances.

Un été de ces années 80, vous êtes partis au Portugal, et en revenant, elle met du papier aluminium dans ses peintures pour mieux rendre le brillant des sardines qui sèchent au soleil, ou l’éclat de la mer qui jaillit.

Quand elle peint un couple d’amoureux qui s’embrassent sous le ciel étoilé au bord de la mer, sa 1ère grande toile, elle mêle du sable dans sa peinture pour mieux les enraciner dans les éléments entre terre et ciel.

Il y a aussi une petite voiture rouge garée plus loin dans la nuit, qu’on retrouve dans plusieurs de ses peintures. Christine racontait la sensation, jeune, d’être protégée dans une auto au milieu de la nuit et des éléments, comme un cocon humain transporté dans la vastitude, la végétation alentour fusionnant avec le ciel.

Aux B-A, elle construit un environnement total de ciel de nuit, composé de 5 ou 6 grands panneaux de papiers de plusieurs mètres. Peut-être comme Monet et ses nymphéas, qui la laisse baba. Quand on va à Marmottan ou à l’Orangerie, c’est entre rendre une visite à un vieil ami et un pèlerinage.

 

Dans son œuvre, le ciel a son rôle à jouer ; le ciel de nuit, étoilé, qui nous englobe, la voûte du ciel qui nous surplombe, avec ce paradoxe : comment rendre, avec quels matériaux et par quelle matière, son immatérialité.

Comme les 3 voûtes de ciels qu’elle réalise en porcelaine en venant me voir aux B-A de Bourges : un ciel nocturne à pointes brutes étoilées, un ciel sombre remuant de nuages, un ciel vif d’été, de l’aube ou du couchant, bordé de fleurs ; vastitude et enivrement d’un ciel tangible.

Plus tard, après une traversée continentale, le ciel de Mongolie dans des toiles et gravures, qui partage le paysage.

Plus tard, dans une petite gravure poétique et doucement humoristique, une voûte céleste très noire avec une fine lune penchée, au-dessus d’une vache normande meuglant dans la nuit étoilée, plantée dans l’herbe claire, cadrée serrée. D’ailleurs, si l’on en croit Georges Perros, dans ses Pensées collées : Le poète est un ruminant

Est-ce là représentée notre condition de vivant, de terrien, entre matérialisme pragmatique et aspiration à une spiritualité poétique ?

 

La nature nous dépasse. Les paysages de Christine, même vides, sont habités d’une présence.

Comme enfant chez sa grand-mère dans une chambre avec persiennes, l’impression magique de voir surgir des yeux de renard quand la lumière se prenait dans l’accroche en laiton des rideaux. Un renard, un petit loup, un lapin, un hérisson, une taupe, une grenouille, un corbeau, une fourmi, une coccinelle, etc…, ils sont aussi dans ses peintures, laques, photos et gravures, avec des plantes, des baies, des herbes, des arbres, …, tout au long de son œuvre.

Ils nous disent la vie, la nature, le temps, le cycle des saisons. Ils révèlent l’étonnement du sauvage à portée de regard, la beauté qui surgit et qu’on peut saisir. Ils nous font partager l’acuité d’un moment, l’éphémère qui pourtant reste gravé.

Toujours l’attention aux détails, aux petites choses, à partir desquels un monde se déploie. Toujours une présence au monde.

 

Comme ces séries de photos commencées lors d’un stage à Arles avec Bernard Faucon.

Prendre le détail d’un mur comme l’extrait d’un univers, des champignons sur une écorce comme un troupeau de moutons, une autre écorce forme une succession de vagues, le creux d’un rocher un gouffre béant, les écaillures d’une peinture deviennent des îles… Y rajouter légèrement quelques éléments dessinés/découpés en papier pour raconter une histoire. Ne jamais intervenir lourdement.

Dans des maquettes qu’on a construites ensemble avant de photographier les petites scènes pour un projet de livre comme une boîte de couleurs, associer un fond en peinture, des matières, à des objets fabriqués et peints. Travailler avec du sucre glace pour mieux rendre la banquise ; percer le papier pour faire les étoiles dans le ciel immense alors que la rivière est magiquement illuminée devant les hautes herbes et un petit pêcheur habillé en rouge.

Cette rivière avec le ciel de nuit, on la retrouve aussi dans des petites laques au format vertical, où herbes et animaux surgissent ou sont tapis ; ou dans celle des 3 panneaux assemblés, avec le canot rouge. Bien sûr, elle nous rappelle la rivière de La nuit du chasseur de Charles Laughton, un des films préférés de Christine.

 

La couleur, c’est aussi de la lumière. Travailler la lumière. En photo, la laque, en dessin, en peinture, en gravure…

Pour la gravure, Christine a appris avec Monsieur Robert, imprimeur taille-doucier à Saint-Prix qui travaillait beaucoup pour des artistes japonais, à imprimer toutes les couleurs ensemble sur la même plaque. Ce qui demande un travail d’encrage et d’essuyage spécifique, de travailler finement ses couleurs autrement que par superposition. Un travail subtil de coloriste proche de la peinture.

Pour la peinture aussi, travailler en couches, en glacis, faire ressortir des nuances qui sont plus au fond, donner de la lumière, densité et profondeur par transparences discrètes.

Pour la laque, procéder par multiples couches, à chaque fois poncées. Rajouter des petits bouts de coquille d’œuf pour des éléments lumineux.

Faire sa propre cuisine ; chaque artiste développe ses accords personnels. Chercher une forme en adéquation, une ou des techniques favorables ; Christine n’a pas peur du mélange. Utiliser la peinture et le dessin pour faire des photos, utiliser la photo pour ensuite faire du dessin. Comme lors des portraits de femmes de l’île d’Arz, utiliser le scanner, la palette graphique, l’impression numérique, tout autant que la gravure.

& faire sa colle de riz pour maroufler, avec un large pinceau, ses gravures imprimées sur papier chinois délicat sur un papier plus épais. Colle d’amidon extrêmement résistante (qui entre dans la composition du mortier traditionnel chinois), elle est à la fois flexible et rigide, fixe les couleurs et protège les œuvres du temps, quand bien même le collage est réversible.

Cette cuisine personnelle, ça doit être ce qu’on appelle l’esprit de chacun.e, qui émane de son travail de création. Être artiste plasticienne, c’est aussi un travail manuel : unir et harmoniser l’esprit et la matière, comme pour le Yoga.

 

Unir et harmoniser : on retrouve cette préoccupation dans toutes les gravures de Christine. Dans ses assemblages. Qui racontent. Qui forment un monde. Qui lient et lisent ensemble des figures, qui élisent des parentés, mettent en relation. Comme dans la vie quand elle parle aux unes et aux autres des uns et des autres, à moins qu’on se rencontre.

Dans ses assemblages, ses gravures s’accordent, se rencontrent. Forment un monde dans l’espace tissé de l’une à l’autre. Sortent de la cuvette des cases imprimées pour former une association amicale, un univers.

 

Avec des personnages aussi, souvent petits dans l’espace de la photo ou de la toile (et par l’âge).

Comme cette fille et ce garçon minuscules qui courent sur un chemin à peine tracé parmi l’herbe si vert vif en bordure de falaise ; encore une grande toile qui date des B-A, ma préférée inconditionnellement, je l’entends en rire. Cette poursuite presque enfantine, avec la vie qui va vite et le cœur qui bat fort, ce côté un peu naïf et brut dans le rendu pictural, avec le papier aluminium collé pour figurer la mer, me fascine ; comme dans le film Hurlevent de Jacques Rivette, sorti peu après, quand ils partent dans la colline à toute blinde. Ce paysage aussi me rappelle ma Normandie, entre Fécamp et Le Havre (Christine ne manquait jamais de m’envoyer une photo de la vue chez les Saladin). Il y a ce même vertige dans les falaises bretonnes peintes par Gauguin. & quand j’ai vu les 2 petits personnages de Valloton marcher en bas de la falaise dans/sur La Grève blanche, Vasouy (on est dans le Calvados, cette fois), la parenté m’a choquée. La carte postale que je lui ai envoyée est épinglée dans son atelier.

Valloton, elle admire ses cadrages (qui viennent de la photo), ses gravures et sa peinture, personnelle, hors des courants contemporains.

Comme le travail de Christine.

On retrouve aussi des personnages en « extrait », cadrage ou détails du corps, dans ses ex-voto gravés aux plaques découpées. Ou des organes qu’accompagnent des plantes qui leur font du bien.

Entre le mal, le remède et l’humour. & une certaine tendresse.

 

Une attention aux gestes aussi, qui disent l’harmonie avec le monde ou la façon d’être avec. Avec cette histoire originelle de son frère : opéré vers 8 ans d’une malformation cardiaque, la 1ère fois qu’il court de toute ses forces, il ne sait pas s’arrêter à temps et se prend la porte du garage devant la famille médusée.

Pour devenir professeur de yoga, son mémoire est autour du « Beau geste ». Celui naturel que rien ne force, qu’une maîtrise parfaitement intégrée de la dynamique et de l’espace, en soi et du monde, engendre et accompagne.

Christine a pris des cours de calligraphie, avant de faire du yoga. Délier le poignet ; tout dans le geste.

Lors de notre résidence en 2014 à Saint-Gratien pour le dispositif « inventaires » (un artiste est invité chaque année, depuis 2005, à poser son regard sur la commune, son environnement, ses permanences et changements, ses habitants ou encore son habitat…), Christine s’intéresse aux gestes à travers les mains des travailleurs. Comment les gestes accompagnent leur savoir-faire et leur parole, disent les gens.

Christine aussi travaille avec ses mains : faire de la peinture ou de la gravure, c’est un travail autant manuel qu’intellectuel.

 

Avec la maison sur l’île d’Arz, et les discussions avec ami.e.s et habitant.e.s, un nouveau projet collectif naît : faire un documentaire sur quelques femmes et fille de marins de l’île. C’est aussi l’occasion de travailler avec Valentin.

« Des anciennes aux plus jeunes, elles racontent comment vivre avec l’absence, la solitude, l’inquiétude,

comment mener de front l’éducation des enfants, la gestion de la maison et, pour certaines, une vie professionnelle. Elles parlent aussi des immenses bonheurs, de la joie des retrouvailles, et nous confient comment, petites filles, elles ont vécu l’absence de leur père parti en mer. »

Christine reprend l’iconographie qu’on peut retrouver dans la vaisselle bretonne (cf. Henriot à Quimper) pour rythmer les différents moments de vie : la rencontre, l’attente, les messages, le retour… Elle se frotte joliment à l’animation, avec exigence.

Je me demande si elle aussi à sa façon n’a pas été une fille et femme de marin : un père tanguant dans une fanfare, François souvent en tournée. Sauf qu’elle le rejoint volontiers dans certains ports d’attache. & en profite pour visiter les musées et découvrir « l’ailleurs ».

Toujours prête pour une virée ! Aller voir un endroit formidable, un tour au bord de la mer, au Mont-st Michel, le matin tôt, …

Une virée familiale en Inde accompagnée par Krishna, aussi.

 

Elle-même a ses ports d’attache : Au musée Guimet par exemple. On fait toujours une pause recueillie devant les grands bouddhas en bois polychrome. On est émues, puis on rigole en se rappelant la réflexion de Claude devant ce si beau et puissant sourire intérieur : « Ça dégage..! »

Plus loin, il y a un certain petit moine dans une vitrine, comme un ami qui nous attend. La spiritualité n’est pas exempte de familiarité.

Ni d’humour.

Tout comme le travail de Christine.

 

Son œuvre n’est pas à la mode (la mode est le cadet de ses soucis, elle déteste le gigantisme, les paillettes, pas son truc) ni tape-à-l’œil. Elle est à la fois discrète et d’une grande assiduité de présence. Subtile avec douceur autant que force, donnée à ressentir.

Vibrons avec, comme la peinture de Rothko, qui l’a toujours épatée ; avec la résonnance de ses bols chantants tibétains, qui harmonise le corps et l’esprit, potentiellement thérapeutique.

« Nous avions en commun l’amour des gens vrais, des plantes…et des couleurs » me dit Noémie.

 

« Ne pas s’approprier, mais prendre part. » C’est encore Georges Perros dans les Pensées collées.

Il est mort d’un cancer bien trop tôt, comme Christine.

« Vivre est fatigant. À tel point qu’on en meurt. » Christine a vécu et gravé ardemment.

Cette flamme nous reste au fond du cœur et dans ses œuvres.

Vivons avec, c’est un cadeau.

& puis, comme je n’ai même pas pensé à photographier (ne serait-ce qu’un bout qui dépassait dans le rangement relatif de l’atelier) la peinture que j’aime par- dessus tout, voilà les références si belles,, pour s’émouvoir


avec Gauguin et Valloton

& si vous ne connaissez pas Georges Perros, ce tout petit livre à 3 € vous donnera envie de mieux le connaître

 


bricolage, raccommodage, broderie, tapisserie, jouet, art, ciel fou et ardoises

Date : 5 février 2026

Une partie de la journée derrière l’ordi à mettre à jour et « ranger » les archives… Ça faisait lgtps, peut-être parce que je suis un peu patraque et qu’il pleut inlassablement et que c’est chiant dans une maison pas très étanche… et quand bien même, y’en a marre !! Pourtant une de mes bonnes résoltutios de 2026, c’est de plus apprécier la pluie ; encore un pt effort…

Je n’y aurais pas pensé, mais quand j’ai vu ça dans une exposition bien éclairée, j’ai adoré le système ! Tellement simple et bon marché et facile à utiliser (et pas dangereux)

Sylvie m’a offert le manteau de Jean-Michel sous verre transformé en œuvre d’art, c’était ma poupée, et son manteau en laine et soie cousue par ma grand-mère avait été dévoré par les mites. C’est très beau et très doux !

Je lui ai rapporté d’autres archives que j’ai mis du temps à retrouver dans mon bordel : un kilt et une culotte courte assortie avec gilet écossais, (à mon frère et moi), si elle a envie d’en faire quelque chose (ou pas). En tout cas, je me dis que mon goût pour le tartan ne vient pas de rien…

Toujours avec l’enfance, je trouve très belles ces photos d’une clinique d’ours

& la folie du marché… pour ce bel éléphant jouet des années 50 de Kay Bojesen (danois)

Sylvie m’a aussi fait découvrir un peintre, Fernand Khnopff, Un hortensia  (1884, 48 X 60 cm)

Pendant tout ce temps, j’étais bien fière de faire un tour dans la bagnole rouge d’Iris, qui appartenait à son père. Impec, la vieille voiture presque neuve. Quand on passe, on note que pas mal d’hommes reluquent la BM !

& parfois le ciel est fou

& j’ai tellement aimé cet automne de voir le mur d’ardoises de ciel de Cueco à Uzerche

& puis ces tapisseries vues à l’expo L’étoffe des rêves à la Halle St Pierre, c’est jusqu’au 31 juillet, alors allez-y!!
Celle-ci, j’en rêve !!

dans un autre genre, celle-ci m’a fait rire, en imaginant des modèles de canevas dans les chaumières…

et pour finir en beauté, un petit tour avec des diablotins du quai Branly !


nabis

Date : 5 février 2026

En téléchargeant un fichier sur Smash, je viens de voir que l’exposition « Impressions Nabis » à la BNF a été prolongée.
Beau clin d’œil, alors que je racontais hier soir avoir vu l’expo début octobre avec la présence de Christine a côté de moi…

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avec des livres

Date : 5 février 2026

Je vais faire des atelier pour la manifestation Arles se livre, les 21 et 22 février. Il fallait pour cela un « visuel », et j’en n’avais pas.
Alors, j’ai pensé à ça : grâce aux livres aux tranches noires des éditions Cent pages de ma bibliothèque…, le(s) livre(s) d’une main, le téléphone de l’autre pour la photo. Tout un alphabet.

et quand c’est parti… Voilà 2 affiches d’1ère série :

& comme Cent pages a aussi des livres avec des tranches rouges…

& lors d’un 1er atelier en décembre, les participantes ont fait des affiches magnifiques :

 

         

 


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