courant d’airs

28 novembre 2018

Au Lien/Lieu, chaque jour un ou plusieurs petits livres se rajoutent à la “bibliothèque” de travail.
Manée a ramené toute la collection du Cadran Ligné pour me faire découvrir ce travail d’édition, à partir d’une feuille A4 pliée dans une couverture rempliée, imprimé sur du papier vergé. (Il faudra que je ramène un petit livre de Contrat maint pour aussi nous servir d’exemple.)

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Et puis du papier qui vient directement de Chine, avec la complicité de Jeanne Gailhoustet, dont celui-ci, pour faire des éventails. Même s’il est très beau sans rien d’autre que la forme dorée, ça donne envie de s’en servir!
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Traditionnellement les sinogrammes s’écrivaient de haut en bas, ce qui est encore plus adapté à l’éventail me semble-t’il.

j’ai intitulé (pour moi) le projet initial de résidence “des mots qui nous tiennent chaud“; peut-être faudrait-il dire plutôt “des mots qui nous donnent de l’air,” une fois posés sur du papier, vu le souhait des gens rencontrés.

Le papier chinois me fait penser au film vu la semaine dernière, dont j’ai oublié de parler, car PEC s’occupe beaucoup de montrer du cinéma documentaire.
Nous avons profité de la venue en France de Cheng Yang, ancien étudiant de l’ENSA de Limoges, photographe et vidéaste, enseignant à l’Université d’art de X’ian, en contact direct avec les grands documentaristes chinois, qui a donné une conférence et montré son travail à l’ENSA, et qui est venu le lendemain à Tulle présenter le dernier film de la cinéaste chinoise Zhang Mengqi : Zi Hua Xiang:  47 Gong Li Si Fen Ke Si (sélectionné dans la compétition internationale du festival Jean Rouch  qui se déroulait à Paris et sous titré en français pour cette projection exceptionnelle.)
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Ce film fait partie du projet Folk Memory Project, initié par le réalisateur Wu wenguang (considéré comme le père du cinéma documentaire chinois) qui s’est donné pour objectif de produire des enregistrements visuels et textuels de l’expérience historique des populations rurales pendant la famine du « grand bon en avant ».
Zhang Mengqi écrit : « C’est le septième film de ma série 47 km. Le plan d’ouverture montre un mur sur lequel est écrit un slogan politique, en partie effacé, qui est devenu un énoncé à compléter : « Seul le …isme peut sauver la Chine ». La femme qui habite cette maison répond à l’énigme en racontant l’histoire de son fils décédé. Dans le même village, Fang Hong, 14 ans, peint ses rêves sur le mur de sa maison. Les deux murs deviennent le paysage du village. Posent-ils une question ? Offrent-ils une réponse ? C’est comme l’énigme du Sphinx. »
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Zhang Mengqi est née en 1987. Elle est diplômée de l’académie de danse de l’université pour les minorités ethniques de Minzu en Chine. Cinéaste et chorégraphe, elle est depuis 2009 artiste résidente à Caochangdi Workstation. Elle a créé deux œuvres chorégraphiques Self-Portrait and Dialogue with my Mother (2009), Self-Portrait and Sexual Self-Education (2010) puis réalisé plusieurs documentaires dans le village natal de son père, dans le cadre du Folk Memory Project.
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Revenons à nos moutons ;
je pensais aller aux restos du cœur pour voir les gens, c’est le 1er jour de la campagne d’hiver, mais l’heure et les horaires de bus m’en ont dissuadé. Le bus qui y conduit fait l’aller-retour dans la ville toutes les heures, et l’entrepôt des restos est très éloigné, quasi au bout de la ligne… (Les pauvres manquent d’argent mais ne manquent pas de temps ?)
Mardi dernier, quand j’en suis revenue, le petit bus était archi plein avec les familles et les caddies et sacs de nourriture, on ne pouvait plus mettre un pied devant l’autre. Ça m’a fait penser à Marseille, à certaines heures, quand les familles qui reviennent de la distribution dans le quartier prennent le bus 19. Les pauvres prennent de la place visible dans le bus…
Ce sera pour la prochaine fois, avec un projet plus clair, d’autant qu’aujourd’hui encore, il y a les inscriptions pour la saison d’hiver, et beaucoup de monde partout qui attend ; les pauvres ne manquent pas…
On pourrait commencer ainsi un texte :

Les pauvres manquent d’argent
Les pauvres ne manquent pas de temps
Les pauvres ne manquent pas
Le temps c’est de l’argent
Les pauvres font la file
Le temps file
Les pauvres sont à la merci du temps
Le temps n’est pas clément
Mercy

Du coup, en attendant le rdv journalistique du soir, je profite du papier chinois spécial calligraphie (avec des cases carrées) pour en découper une feuille et en faire un leporello : j’ai le nombre de cases idéales pour tamponner cette phrase et l’accrocher pour le mois de décembre qui vient!

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Il fait nuit, 2 femmes passent devant la vitrine, s’arrêtent, regardent, se parlent, commencent à s’en aller en se demandant ce que c’est (comme c’est super mal isolé, j’entends leurs paroles), je leur souris, et puis elles se décident à pousser la porte pour en savoir plus!
Et contrairement à ce que je pensais, en fait elles ne se connaissent pas, passaient juste au même moment devant le Lieu/Lien qui les a attirées toutes les deux.
Comme d’hab’, je leur explique mon projet; et elles s’y intéressent; ont toutes les deux des choses à dire/écrire.
L’une d’elle est arrivée du Portugal à 8 ans. Excellente élève, comme son frère, ses parents n’ont pas voulu qu’ils fassent d’études. Petit, son frère s’est fait entailler le crâne par un coup de règle de l’instit, sa mère a été le trouver bien que ne parlant pas français, et il n’a plus recommencé. Elle avait un peu honte que sa mère parle mal français. On a un peu oublié le racisme anti-portugais; dans sa classe, en primaire, la fille devant elle se retournait régulièrement et lui pinçait le bras très fort, elle n’osait rien dire. Quand elle la croise maintenant, elles se disent bonjour et discutent, mais elle n’a jamais osé en reparler avec elle.
& des histoires familiales un peu douloureuses..: “avec le dialogue, on arrive à tout..!”
Nous convenons de nous retrouver en février !

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Puis vint Serge, de l’Echo, que j’ai croisé à Uzerche samedi. Il prend des notes hyper rapidement d’une grosse écriture qui ressemble à du fil de fer tordu, graphiquement, c’est très beau! A la faveur de quelques digressions dans la conversation, lui aussi aurait des choses à dire/écrire un jour qu’il ne court pas après le temps (ce que je lui souhaite, il est 20h et sa journée de boulot n’est pas terminée).
Il me prend en photo, c’est plus compliqué, je le préviens que je me sens con devant un appareil photo, je ferme les yeux et je ne sais pas poser avec un franc sourire comme il faudrait, et comme des tas de gens savent parfaitement faire (y’a des cours?! en formation professionnelle?!)
Ça me fait penser à une phrase qu’on a dit à Dominique qui postulait pour un boulot : “On ne prend pas quelqu’un qui a des états d’âme.”
Peu importe si j’ai l’air tarte, j’espère que ce futur article donnera envie à encore plus de gens de passer la porte, avec leurs états d’âme!