atelier d’écriture du jeudi – n° 4

12 novembre 2020

Atelier 4 – jeudi 12 novembre
Aujourd’hui, voici un livre jeunesse qui m’a enchantée :





La même illustratrice, Marjolaine Leray, a déjà fait Un petit chaperon rouge aussi terrifiant que réjouissant, édité chez Actes Sud Junior :



Elle a aussi collaboré avec Joël Pommerat pour le décor de théâtre de sa pièce (PCR), et cela nous ramène à cet atelier passé

A partir de ces éléments, je vous demande de réinterpréter une histoire “légendaire”. (celles & ceux qui ont fait l’atelier 34, je vous demande de prendre une autre histoire)
Autant dans L’Affaire Méchant Loup que dans Un petit Chaperon rouge, ‘histoire est revisitée d’une façon grinçante. Admirez-en le style, la concision, l’ouverture, la chute.
Alors, en route, faites grincer..!!
Si vous le souhaitez, les dessins (ou autre méthode d’illustration) sont bienvenus pour faire “avancer” votre histoire.

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Martine :
Le vilain petit canard
Madame cane se promène dans la basse-cour
car un petit tour cela ne peut que lui faire du bien
car elle a fort à faire ces temps-ci
elle se prépare à un grand événement, la naissances de ses canetons
— bon il faut que je mange un peu, se dit-elle
en chemin elle rencontra sa veille cousine madame Jiolette
qui lui demanda tout de go : — alors c’est pour quand
— demain ou après-demain ou après-demain, lui répondit madame cane toute fière
bon ce n’est pas tout, je retourne à mes affaires, dit-elle à madame Jiolette
et clic et clac en se dandinant elle retourna couver ses 4 œufs tout beaux sur le bord de la rivière
un coup d’œil sur sa futur progéniture
— oh mais il y en a un de plus, comment cela se fait-il
elle compta et recompta, il y en avait cinq — et en plus il est plus gros
bon tant pis je couve quand même il ne faudrait pas que mes œufs prennent froid
un jour deux jours passèrent et madame cane sentit que cela bougeait sous elle
elle se souleva et vit plein de petits pointer le bout de leur nez
et le dernier œuf arrivé rien
elle resta là à protéger ces petits toute heureuse
— demain nous irons nous balader et rencontrer tous mes amis
le lendemain elle dit à ses beaux rejetons — suivez-moi
et là surprise le dernier est né aussi
— t’es pas beau lui dit l’un des canetons, t’es gros lui dit l’autre, tes plumes sont pas belles lui dit le troisième
— bon les enfants arrêtez de vous chamailler, suivez-moi
et la petite famille s’élança dans la marre
maman cane devant et sa progéniture derrière
elle croisa sa veille cousine Jiolette
—ah tes petits sont nés, mais comme il sont mignons, mais le dernier il est bizarre, il ne te ressemble pas, tu as été le fabriquer où celui-là
— cela ne te regarde pas et puis c’est mon enfant, mèle-toi de tes affaires, dit en s’énervant maman cane
— venez mes enfants, on va plus loin, mais quelle imbécile cette veille cousine quand même, se dit-elle
elle décida de sortir de la marre en se dandinant toute fière d’avoir ses petits derrière qui la suivent
— bonjour madame poule rousse comment ça va
— moi ça va, dis donc en voilà une belle progéniture, mais oh malheur qu’est-ce que celui-là, il est moche laid boiteux
— stop il est à moi et on ne dit pas de mal de mon enfant, il boite et alors!!!! t’as pas des défauts toi, tu crois que ton plumage est parfait
elle criait si fort que tous les animaux de la ferme ont accouru pour voir ce qui se passait
et maman cane se retrouva encerclée de cochons d’ânes de vaches de chèvres de brebis de poules des dindons des autres canards de la basse-cour
— c’est quoi ce vilain petit canard, dit en premier le cochon, vous avez vu il est pas beau, rondouillard et tout le monde se mit à rire
le petit canard qui était la risée de tous était bien triste et se sentait rejeté, personne ne m’aime se dit-il
il ne comprenait pas ce qui lui arrivait
— pourquoi vous ne m’aimez pas, osa t-il dire de sa toute petite voix
— ah ah ah gloussa un dindon, en plus on dirait qu’il a avalé une couleuvre quand il parle, il est débile ma parole
maman cane n’en pouvant plus se fraya un chemin et partit, et retourna dans la marre
elle était bien triste — mon petit dernier est rejeté par tous même par ses frères et sœurs
quel malheur s’abat sur moi, je ne suis qu’une cane et je me sens sans défense, quoi faire
et là elle voit ses autres petits battrent cet enfant différent
— arrêtez de rejeter votre frère, leur dit-elle en pleurant
— mon petit caneton il y a que moi qui essaye de te comprendre
elle amena sa petite tribu vers le bord de la marre pour les mettre au chaud dans le nid
elle s’accroupit et là tout le monde au chaud sauf le dernier qui reçut moulte coup de bec
— mais qu’est-ce que je vais faire de toi, lui dit-elle
c’est vrai que tu es différent
serre toi contre moi et cela ira, demain il fera jour
mais les jours passaient et le pauvre petit canard recevait toutes les moqueries
— vous verrez quand je serais grand je ferais mieux que vous
— oui oui oui, riait tout le monde
personne ne me croit mais je leur prouverais le contraire, se disait-il, oui je ferais quelque chose de beau de grand plus tard
le vilain petit canard comme tout le monde l’appelait encaissa se tut et grandit
il se sentait différent mais fort plus fort et plus costaud que ses frères et sœurs
il devient un canard plus grand et différent
et le dindon le cochon et les autres animaux commencèrent à le regarder différemment
car contre toute attente il n’était pas de la même espèce que sa mère et ses frères et sœurs et personne de la basse-cour n’avait vu un canard comme lui
il nageait plus vite volait plus haut courait comme un éclair sur la terre ferme
bon tout le monde apprit à le respecter et à l’admirer
et maman canne était tellement fière de lui
et ses frères et sœurs aimaient être avec lui car il leur apprenait à voler plus haut à nager plus vite
comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences, qui sait attendre l’âge adulte pourra prouver sa différence et en faire une force.

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Sylviane :

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Manée :
Cendrillon
Capucine vivait dans une famille recomposée. Sa belle-mère n’était pas très chaleureuse, lui faisant sentir d’une manière ou d’une autre qu’elle encombrait le paysage les semaines de garde alternée. Le père ne disait rien, un peu lâche. Ses deux demi-sœurs (comme on dit) étaient très « pimpins », elles se pomponnaient toute la journée dans l’espoir de séduire enfin au collège un sportif au survêtement flamboyant.
Capucine aimait par-dessus tout rester près du feu de bois en lisant. Elle lisait beaucoup surtout de la poésie. A force ses vêtements sentaient mauvais la fumée de bois (disaient- elles) si bien que sa belle-mère et les sœurs l’avaient surnommée Cendrillon. Capucine, elle ne détestait pas cette odeur et de toute façon comme elle aimait aussi courir dans les bois, l’odeur disparaissait vite. Et surtout comme sa mère vivait seule et avait peu d’argent, elle lui avait appris à coudre très jeune, si bien qu’elle portait des vêtements complètement décalés, originaux, colorés, joyeux, totalement méprisés par les sœurs pimpins qui s’habillaient mode et se trouvaient bien supérieures.
Sur leur compte Facebook elles publiaient régulièrement des posts spéciaux Cendrillon pour la ridiculiser et lui rabâchaient qu’elle n’était pas prête de trouver un garçon avec cette odeur.
Capucine, les histoires de filles et de garçons l’ennuyaient plutôt.
Elle ne fréquentait pas Facebook mais sentait que dans son collège, beaucoup la regardaient un peu d’une drôle de façon. Pendant les récréations elle ne se sentait pas très à l’aise et continuait à lire sur les marches d’escalier et après les cours rentrait vite à la maison.
Depuis peu, elle s’était mise à dessiner et inventer des modèles de chaussures. Elle avait notamment confectionné à la fin du printemps de très belles sandales en feuilles de châtaignier.
Le prototype n’était pas trop au point si bien qu’un jour en partant du collège, elle en perdit une.
Le lendemain matin en arrivant près du collège, elle vit s’approcher d’elle un garçon nommé Jasmin qu’elle avait déjà remarqué car il se tenait toujours un peu à l’écart des parties de foot qui envahissaient régulièrement la cour laissant juste un bout de préau aux filles. Il tenait à la main la chaussure en feuille de châtaignier et lui dit en la lui remettant : « elle est magnifique, je savais qu’elle ne pouvait être qu’à toi . »
S’en suivit peu à peu une délicate et longue amitié faite de petits bouts de poèmes, de roseaux, de bleuets, d’oiseaux de passage, de sons curieux.
Ils vécurent longtemps heureux et n’eurent jamais d’enfants.

PS: L’histoire n’est pas assez cruelle pour dire si oui ou non les pimpins finirent par épouser un sportif au survêtement flamboyant, fils aisé de dentiste, de médecin ou de directeur commercial.

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Raphaëlle :
La légende du colibri
Le feu avait démarré de bon matin et les flammes dépassaient maintenant les immeubles de 5 étages. Plus personne ne s’entendait tant les sirènes de pompiers couvraient la ville. 3 maisons s’étaient déjà écroulées, laissant derrière elles un immense monticule de parpaings calcinés. Des hommes avaient dû se consumer à l’intérieur, personne encore ne savait.
Mais ce qui était sûr, c’est que les femmes s’activaient au-delà de leurs limites. Et grâce à elles, vieillards et enfants trouvaient la vie sauve. Mais le feu ne faiblissait pas. Pire, il amplifiait. Et les sirènes hurlaient, et les lances d’incendie ne suffisaient plus. Des hordes de gens s’enfuyaient, à contre sens, à contre vent. Sauf les pompiers, tenaces et dévoués. Hélas, c’était peine perdue.
Quand soudain au loin, un troupeau barrissant jaillit. Ils étaient là par milliers, sortant de la forêt, en direction de la ville, toutes trompes dehors. Leur souffle, phénoménal, immergea la ville. Hommes, femmes et enfants se retrouvèrent emportés par les flots, se fracassant contre les immeubles. L’aspersion dura 24 heures. En 24 heures, tous furent noyés. Sauf Noé. Qui bien sagement avait pris femme avec lui, et s’était hissé sur le plus grand des éléphants. De retour dans la forêt, il croisa le colibri qui lui dit : « A toi maintenant de faire ta part » .

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Valérie :
Fugue
— Bon, on avance sinon on n’en sortira jamais et on va crever ici.
— Pas de problème. J’ai vu.
— Moi, je ne supporte plus d’être emprisonnée là-dedans et engoncée dans ce capuchon rouge ridicule.
— Et moi, aplatie et encartonnée chez Flammarion, tu crois que je me sens mieux avec ces boucles blondes qui dégoulinent de ma tête depuis tant d’années !
— Allez,  après le dîner on change de look et on file incognito.
— J’ai trouvé un covoitureur sur Blablacar. Il nous prend juste avant 23h, après 1h d ‘autoroute on débarque à la mégadiscothèque de Clerzon et c’est déjà demain.
— OK, confirme.
— Tu as les ciseaux ? Et les 3 couleurs ?
— J’ai tout. Les fringues aussi. On prend juste un sac chacune et un manteau long.

Dès 20h, CR cisaille jusqu’à la moindre boucle de cheveux de son amie et laisse seulement une longue crête qu’elle teint aussitôt en violine, avec des touches vert fluo et rose fuschia sur les côtés.
Pendant que BO revêt un crowtop noir et un legging moulant argenté, CR, qui a enfilé un legging fleuri et une tunique arc-en-ciel, se pommade, se maquille à outrance, s’inonde de parfum exotique et s’échevêle avec une telle ardeur que le défi est relevé : on dirait bel et bien un hérisson.
— Woaouh ! T’es super !
— Toi aussi t’es chouette ! Houhouhou ! C’est parti !

Vestiaire. Sacs. Manteaux.
Quelle entrée ! Les regards se tournent vers ces nouvelles têtes : pas des habituées du lieu… La musique hurle scandée par la basse profonde ; les spots lancent leurs éclats lumineux, brefs et éblouissants, un épais voile de fumée enveloppe la salle ; les verres tintent joyeusement et les danseurs s’ébrouent à nouveau.
— Ah, zut, c’est costumé ! Je te préviens, je ne veux pas voir de fée ni de sorcière, ni de chèvre ni de loup ou alors je file, s’agace CR.

BO repère vite un petit gars lunaire et ébouriffé, une vraie tête de poulbot. (On dirait un des sept nains…chut) !
CR, un peu en retrait, voit s’avancer vers elle, une créature légère, gracieuse, délicate, douce, dont la présence étonne dans ce tintamarre .
— Je suis BN. Je crois que je vais renaître ici.
— BN ?
— Oui. «  Belle Nuit ». C’est mon nouveau nom : la pâleur de la neige ou de la mort, ça suffit !

A l’issue d’une nuit enfiévrée, juste avant les premières lueurs de l’aube, quand la fête s’achève, les 4 se saluent, fin prêts à réaliser leurs rêves……..
BO et son poulbot ne veulent plus voir d’arbres ni de scie, de bol de soupe ni de cuillère ; d’ailleurs un couple va les conduire à Paris. Là-bas, ils iront au cinéma, au concert, au théâtre, et dès les beaux jours, ils entreprendront leur tour de France des festivals. Ensuite, cap sur Berlin pour d’autres horizons.
CR et BN ne veulent plus entendre parler de bois sombres ni de chemins creux, de pommes ni de pot de beurre. Elles mettent le cap sur Bréhat ou Belle-île, selon les opportunités et pour la saison sans touristes. Dès le retour des beaux jours, elles partiront s’isoler sur l’Aubrac et ses vastes pâturages à l’horizon dégagé.

Alors que les couples s’éloignent on entend  un murmure :
— Dis BN, surtout jamais de galette chez nous, même au sarrasin ; et encore moins de panier pour aller au marché,  sinon je vois rouge !

Depuis ce jour où les héros ont déserté les albums, le père Flammarion a sombré dans l’oubli et les enfants d’aujourd’hui ne rêvent que robots, lasers, drones, dans un monde de béton et de métal… hurlant.

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& puis, après vous avoir proposé ce sujet, j’ai fait un peu de rangement dans une pile de papiers coincée dans un meuble, et j’ai retrouvé ce fascicule A5 plié en 2, ramené de Crest en 2010…!