atelier d’écriture du lundi n°9

1 mai 2019

Lundi 29 avril.
Au courrier ce matin,20190429_120510 20190429_120452 (1)
J’avais mis le réveil tôt pour mieux me creuser la tête pour les consignes du jour, de midi à 14h au Lien/lieu… & si vous avez un petit creux :
Sans titre-1RENOIR
Merci encore une fois de jouer si bien le jeu des règles que je vous donne, même si ces derniers ateliers, Agnès est un peu seulette au Lien/lieu…!
Donc des textes, sans enregistrements :
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Atelier 9 : DITES-LE AVEC DES FLEURS
Lire ces extraits d’Un dernier jardin de Derek Jarman
Puis, au boulot…!

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1 — Décrivez 2 endroits dans la nature ou « avec nature» en ville ou chez vous que vous aimez bien, « contre toute attente », c’est-à-dire auquel on prête généralement peu d’attention.

Agnès :
C’est ici l’endroit où je me réfugie quand tout va de travers. Quand tout se bouscule. Quand le navire prend l’eau. Un squelette d’os de granit. En équilibre précaire. Au sein d’un linceul de verdure sauvage. Assise au centre de ce carré de pierres, comme au centre d’un cercle magique destiné à quelques cérémonies païennes, je laisse lentement le temps se déposer. Disparaître. Revenir à l’essentiel. Bercée par la musique du vent, des chants d’oiseaux, des bourdonnements d’insectes, le murmure de la source proche. L’architecture est sommaire. Misérable. Disloquée. Il est pourtant encore comme un cœur qui bat au creux de ce jardin d’abondance, riche et disparate, où poussent sans contrainte herbes folles, arbustes emmêlés, fleurs sauvages, baies, mousses et champignons, adventices en tout genre. Là est mon île. Posée sur cet océan vert.

Comme chaque année, les premiers réveillés furent les forsythias et les primevères. Les uns lançant leurs branches dorées vers le ciel, comme des gerbes de feu, tandis que les autres éclaboussaient la mousse des allées de leur élégance multicolore. En roses tendres, palettes de jaunes, mauves élégants, violets profonds. Sous le figuier encore nu, la table attend les soirs d’été, les jours de fêtes. A ses branches des photophores bricolés dans des boîtes en fer blanc. Aujourd’hui le lilas embaume la terrasse. Les cœurs de marie balancent dans le vent leurs clochettes parme. Et il pleut dans ce vent les pétales blancs des cerisiers en fleurs. Comme des confettis jetés aux amoureux le jour des noces. Le long de la maison, les arabesques vert tendre des fougères grimpent droites et altières vers le ciel. L’azalée flamboyante et prétentieuse veut être reine de la fête. Elle nargue le monde avec sa chevelure éclatante couleur de sang. Les tulipes déjà se déshabillent. Les rosiers sont tout en boutons. Pissenlits et orties sont aussi de la partie. Ils n’ont pourtant pas reçus d’invitation. Les pivoines au cœur lourd se préparent. Dans le jardin tout bruisse. Tout vibre, tout s’éveille. Tout renaît. Tout change. Cette année encore est revenue l’heure des recommencements. Et cette année encore je veux bien croire en quelque chose qui commence.

2 — 3 fleurs (quelles qu’elles soient) que vous préférez ou qui ont une histoire dans votre vie :
décrivez-les (observation + affectivement) sans les nommer (les autres les reconnaitront-elles ?) + une histoire qui s’y rattache

Manée :
• Jaunes, très jaunes et parfois si denses qu’elles peuvent colorer tout un pré et de loin cela peut ressembler à un grand aplat jaune, très jaune. De près, un cœur jaune et des dizaines de pétales fins serrés les uns contre les autres. Et qui, plus tard se transforment en une sphère blanche, aux parois presque transparentes, si fragiles qu’il suffit de souffler légèrement dessus pour qu’elle se disperse aussitôt.
Des fleurs négligées, négligeables. Enfant, je les trouvais tellement belles. Un jour je me promenais avec Berthe, la personne qui me gardait ( pendant que ma mère faisait la classe tout près de là et que je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas la rejoindre alors que d’autres enfants étaient avec elle) et j’ai vu un pré couvert de ces fleurs jaunes sous le soleil. J’ai dit que je voulais cueillir des fleurs pour ma mère, Berthe m’a répondu que ce n’était pas de belles fleurs pour faire un bouquet et n’a pas voulu me lâcher la main.
Plus tard, c’était presque la tombée de la nuit, j’ai échappé à la vigilance des adultes et le pré étant tout proche de l’école où nous vivions, j’y suis revenue mais toutes les fleurs s’étaient refermées si bien que la vision d’avant est devenue presque comme un rêve.
Depuis ce jour j’ai une prédilection particulière pour les prés recouverts de ces fleurs au tout début du printemps.

Agnès :
Dans sa jupe aux pans immaculés, son cœur d’or. Le tout juché sur son échasse solitaire. Elle peut voir loin. Voir qui va venir la cueillir. Elle attend. Bercée par le vent léger du printemps. Lumineuse et élégante. Dressée dans son nid de verdure. A l’impudent qui viendra la dévêtir elle psalmodiera son amour. Ou pas. Comme on lit les cartes. Comme un sortilège. La roue tourne. Quel présage attend le déshabilleur ? Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… . Enfant, j’ai tant de fois récité cette naïve mélodie. Tant de fois déshabillé les ventres ronds, doux et jaunes de leurs frêles dentelles. Espérant quelques si beaux messages. Et l’amour de princes charmants. Il a passé le temps. Ô les cœurs !

Enfant, j’ai connu l’ivresse très tôt, non pas celle des vapeurs d’alcool ( encore que chez les grands- parents nous avions droit à de bonnes rasades de vin dans les fraises du jardin ou encore de temps en temps les jours de fête a un petit canard, un sucre imbibé d’eau de vie …) mais celle des  senteurs d’une fleur qui me faisait tourner délicieusement la tête : une fleur sauvage qui poussait avec les orchidées dans les prés légèrement humides et vallonnés, six pétales d’un blanc très pur, un cœur jaune bordé de rouge orange et une odeur forte et magnifique. De leur tige coulait un suc un peu collant. Je les cueillais à pleine mains dans l’herbe de juin déjà un peu haute.

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Dents de lion, Dents de lion.
Le matin, au cœur d’une couronne de longues flammes ciselée, le bouton dodu et tendre. Dans son élégant habit de velours.
Dents de lion, Dents de lion.
Le midi, au bout de sa hampe, le pompon jaune d’or. Crinière belle et indocile. Couleur de miel. Parfums amers.
Dents de lion, Dents de lion.
Le soir, comme au ciel un feu d’artifice argenté. Le cœur rond hérissé de cent parachutes fragiles. Evanescents. Rêvant déjà d’ailleurs lointains. Espérant le vent.
Dents de lion, Dents de lion.
Dents de lion je t’ai cherché,
Dents de lion je t’ai cueilli,
Dents de lion je t’ai mangé,
Dents de lions par mon souffle tu t’en es allé dans ce vent.
Et dans ton voyage, mille fois je t’aurai bien suivi. Jusqu’à ces ailleurs. Même jusqu’au cœur des savanes. Même jusqu’à la bouche des fauves.

C’est une fleur qui donne de l’espoir car elle est la preuve que sur rien peut naitre de la beauté et que la pauvreté peut se transformer en richesse.
Elle peut pousser sauvage toute seule sur des gravats, des délaissés et fleurit jaune sur de grandes tiges, pétales un peu larges qui semblent fragiles mais ne le sont pas. On la surnomme «  belle de nuit » ou primevère du soir » car elle s’ouvre à la tombée de la nuit. Les amérindiens l’utilisaient déjà comme plante médicinale sous forme d’huile.  
J’en ai arraché sur des gravats et implanté dans mon jardin, elle fleurit jusqu’aux premiers froids, c’est souvent elle la dernière couleur avant l’hiver.

Il est le gentil de cette comptine. L’ami du romarin.
Il est le fragile, le flamboyant. Eparpillé aux talus qui bordent des routes.
Il est celui qui ramena la vie aux champs des morts. Celui que l’on porte pour eux à la boutonnière ces jours de souvenir.
Il est de Claude, de Gustave.
Il est symbole de ces endroits où l’homme a laissé la nature belle. Où il ne l’a pas encore salie.
Chaque année je le guette au jardin. Et j’espère sa révérence.

3 — Ré-vision du langage des fleurs.
Il y a des tableaux de concordance qui existent, affichés chez les fleuristes ou dans les calendriers désuets, par exemple :
Anémone   Persévérance  /  Anis  Promesse  /  Arum   Ame  /  Aster   Amour confiant  /  Azalée   Joie d’aimer  /  Bégonias  Cordialité  / Etc..
Et développé : par exemple, l’œillet possède des significations multiples en fonction de sa couleur.
• L’œillet rouge est introduit dans les traditions européennes vers le début du XXe siècle comme étant le symbole de la journée du travail. En Italie, en France comme en Autriche, elle se porte à la boutonnière pendant la journée du 1er mai.
• Dans le langage des fleurs, l’œillet rouge pâle suscite le respect et l’admiration, tandis que l’œillet rouge vif symbolise l’affection et l’amour profond.
• Toujours sur le plan sentimental, l’œillet blanc représente l’amour pur. Selon certaines personnes, elle représente même la fidélité, la pureté du fait de sa blancheur. Ainsi, la fondatrice de la fête des Mères aux États-Unis, Anna Jarvis, a choisi l’œillet blanc comme emblème de cette fête. Dans la vie quotidienne, offrir un œillet blanc signifie qu’on souhaite de la chance au destinataire.
• L’œillet rose a quant à lui, une histoire qui relève de la religion chrétienne. Selon la légende, lorsque Jésus a été crucifié sur la croix, sa mère, Marie, versa des larmes qui devinrent des œillets roses une fois qu’elles touchèrent le sol. Dans « la Madone à l’œillet », une œuvre de Léonard de Vinci, on aperçoit aussi que Marie tend un œillet à son enfant Jésus. L’œillet rose représente ainsi l’éternel amour d’une mère.
• L’œillet mauve incarne la fantaisie, tandis que le violet symbolise une humeur capricieuse et maussade.
• Lorsqu’on offre une fleur d’œillet panaché à une personne, cela signifie une réflexion par rapport à la demande de l’autre personne.
• Offrir de l’œillet jaune à quelqu’un signifie qu’on le méprise ou qu’on veut le quitter.
• Quant à l’œillet vert, il est traditionnellement offert lors de la fête de la Saint-Patrick en Irlande. Il était aussi le signe de reconnaissance des homosexuels dans l’Angleterre victorienne (Oscar Wilde était réputé pour en porter à son veston).
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Et une autre fleur “courante” :
• On rapporte qu’en 1778, Parmentier ayant fait un petit bouquet de fleurs de pommes de terre, “il le présenta au roi Louis XVI, qui le plaça de suite à sa boutonnière”.

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Faites un tableau (fourni) fleurs/concordances inventées et fantaisistes,
avec un bref « historique » de votre cru.

Essayez d’adapter un style d’écriture à chaque fleur.

 

Agnès :
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La rose est introduite en France par un explorateur parti de longs mois parcourir le vaste monde.
Durant son périple, il fit une halte de plusieurs semaines au royaume de Pasdechance où la culture des rosiers existait depuis des siècles (On en faisait présent aux jeunes mariés le jour de leurs noces). Là, il pu enfin recevoir du courrier de sa bien-aimée. Il reçu le pli scellé acheminé par de nombreux et valeureux coursiers avec un immense bonheur, ignorant ce que contenait le message. Sa lecture fut pourtant bien douloureuse. Pendant son absence, bien longue, sa chère et tendre, après avoir passé des mois à se morfondre, avait décidé qu’elle ne voulait plus attendre pour être heureuse. Ainsi avait-elle pris un amant. L’explorateur tomba dans une profonde torpeur. Une mélancolie immense et ravageuse. Souvent, afin de crier aux quatre vents son chagrin, il partait à cheval parcourir la campagne. Un jour au détour d’un chemin, apeuré par un animal sauvage, son cheval se cabra et le cavalier atterrit dans un champ de rosiers qui bordait la sente. Il en revint perforé de toutes parts par les nombreuses et féroces épines. Ce jour là il ordonna à ses valets de faire les bagages, et regagna la France et sa demeure au pas de charge. Tout juste arrivé, il alla rendre visite à sa femme, et lui offrit un énorme bouquet de roses. La dame ne sachant rien de ses fleurs-là prit le bouquet à pleines mains. On raconte que son cri déchirant fut entendu jusqu’à des kilomètres à la ronde, et qu’elle ne pu plus jamais se défaire des épines enfoncées aux plus profond de la chair de ses mains, dont elle ne pu plus jamais se servir. Pas même pour les caresses.

L’ancolie, demosten propia en latin, fait parti de la famille des déprimélacées ; longtemps considérée comme une adventice et de ce fait, rangée au rang des orties, ronces, chiendent, liserons et invasives en tout genre. Pour cause, ses soi-disant effets néfastes sur l’humeur, capable d’entraîner jusqu’à une mélancolie profonde. D’où son nom commun, ancolie, dont il est le raccourci.

La primevère jaune, appelée communément « coucou » dans le sud ouest du massif central, annonce la venue de nouvelles. Son nom qui nous vient de la renaissance – primo vers à cette époque – symbolise l’échanges de billets doux rédigés en vers dont le début du printemps était le moment propice.

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