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QUELQUES RACCOURCIS plus ou moins efficients :
• Au tout début de ce blog, août 2016, ma résidence 2016-2017(-18) à la Cave-Poésie, à Toulouse
• La résidence avec Peuple et Culture, à Tulle, qui commence en septembre 18 et se poursuit en 2019-20
• À Arromanches à la Villa La Brugère, avec Xavier Pinon, photographe, en novembre 19 et juin 2020
À l’Observatoire du CNES, qui commence en mai 2023
À l’ENSFEA en mars et mai 24, ressencée en octobre 24
SINON, LA BARRE DE RECHERCHE, tout en bas…
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écrire dans le paysage

Date : 12 juin 2020

Notre 1ère semaine de juin à Arromanches à la Villa La Brugère avec Xavier Pinon, pour écrire dans le paysage, et photographier :

— Des mehnirs

— des « barrières »

— des pierres spécialement repérées

— des endroits stratégiques

— des sites étranges

— des éboulements

— spécial marée basse

— des recto verso

— Sous la falaise, avant que la marée haute ne déplace les blocs élus

— une pierre choisie en méduse fossile, avec diverses lumières et orientations

— de la cervelle durcie

— en attendant les indiens

— niveau zéro

— une surface de réflexion

— une antinomie

— une rêvasserie

— en déplacement

On est bien content de notre boulot en 1ère semaine !!!


atelier d’écriture du mardi – N° 36

Date : 10 juin 2020

atelier 36, mardi 9 juin

Aujourd’hui, nous allons travailler à partir d’extraits du roman de Iain Levison, Ils savent tout de vous (ed. Liana Levi)

Il ne vous reste plus qu’à lire le(s) livre(s) de Iain Levison..!
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Tout d’un coup, vous avez aussi ce don.
1 — Imaginez une scène où vous en prenez conscience
description, analyse des impressions, conséquences (ou non) avec quelques dialogues

Sylviane :
J’étais assise tranquillement dans mon canapé pour déguster mon café après une matinée bien remplie. Le chat trônait sur la table basse. Il me fixait depuis un moment de ses yeux verts et dorés.
Mon regard se posait sur les titres du journal, sur mon téléphone qui affichait des messages, allait voir par la fenêtre les fleurs du jardin.
Mais sans cesse, je retrouvais les yeux fixes du chat.
« Chat Pacha, j’ai oublié de laisser la porte de la cuisine ouverte ! »
C’était bien ça, je l’avais lu dans les yeux du chat !
Plus tard dans la soirée, je rencontrais un voisin sur la route et dès que nos regards se croisèrent, je sus ce qu’il pensait « yen a marre de ces jours à rallonge, quand est ce qu’on arrête de changer d’heure ? »
« Bonsoir monsieur Pechadou »
« Bonsoir madame, vous vous promenez aussi ? C’est trop long ces soirées, on peut pas dormir. Là haut ils ont pas parlé d’arrêter de changer d’heure ? »
J’étais scotchée. Le chat, bon, ça rentrait un peu dans nos habitudes mais j’avais été troublée car il pensait derrière ses yeux ; j’avais lu ce qu’il voulait. Et maintenant Monsieur Pechadou ! Avant même de le regarder, j’avais lu dans ses pensées et j’avais bien lu !
Télépathie, transmission de pensées ? Ou bien tout simplement je prêtais mieux attention aux gens, au chat ?
Le lendemain, j’avais rendez vous avec une amie pour boire un café en ville. Avant même qu’elle m’en parle, je savais qu’elle partirait très vite, elle avait un autre rendez vous…
Ça devenait amusant, je parlais en direct avec le cerveau des autres ?

David :
Je poussais la porte du bar pour boire un petit café. Je n’aimais pas trop cet endroit, il y avait un curieux mélange de gens vulgaires, de grandes gueules, d’ouvriers pressés, de paumés, d’alcoolos, de salariés d’agence bancaire, les gens, quoi. Leur café était bon donc j’y étais et puis c’est tout.
La serveuse s’affairait avec le boulot qui s’accumulait ; nerveuse, elle tirait un peu la gueule. Aussi je me faisais le plus discret possible.
Soudain une pensée me vrilla la tête, mais une pensée qui n’était pas la mienne :
«  — Ah ! Qu’est ce qu’il veut le crâne d’œuf, son petit café, comme d’habitude, j’en ai marre de tous ces blaireaux, j’ai mal aux jambes, j’aimerais rentrer chez moi ! »
— Bonjour monsieur, qu’est ce que je vous sert ?
J’étais interloqué, je ne savais pas ce qui m’arrivait. En sueur, j’avais envie de partir en courant, la panique !
La serveuse me toisait.
« — Ho ! là là, qu’est-ce qu’il a le petit bonhomme, y va pas me faire un malaise à cinq minutes de la fin de mon service ! »
Je bredouillais :
— un petit café… s’il vous plait…
J’essayais de respirer, je compris que j’entendais dans ma tête les pensées de chaque personne dans le bar : l’horreur absolue !
Ça y est, me dis-je, je suis dingue, dingo, peut être une tumeur au cerveau ou un truc comme ça !
Les gens de l’agence bancaire s’échangeaient des banalités et des vannes d’un goût douteux, l’un d’eux regardait sa collègue et un flot de pensées sexuelles plus ou moins immondes me submergea. C’en était trop, je jetai un euro trente sur la table et sortis au plus vite.

Sylvie :
J’avais rendez-vous avec Stéphane, et cela faisait maintenant un bon quart d’heure que je l’attendais à la terrasse du Caveau. Depuis plusieurs mois que nous flirtions ensemble je m’étais habituée à ses retards, c’était dans sa personnalité et j’aimais cette attente où je sentais ce plaisir de le revoir m’envahir petit à petit.
Il apparut d’abord dans le reflet d’une vitrine et il fut tout de suite après, devant moi, un livre sous le bras qu’il me tendit, « tu as pensé à acheter le dernier prix du livre inter ! ».
Avec un sourire, il acquiesça, « j’ai du faire plusieurs librairies de la ville pour le trouver ». Instinctivement, je dis qu’il mentait. « C’est le dernier roman de ce jeune écrivain russe, il a tout de suite fait l’unanimité du jury « . Mes pensées s’affolèrent à l’idée que je pouvais désormais deviner les siennes. Que venait-il de se passer ? Quels changements, dont je n’avais pas eu conscience, avaient-ils bien pu se produire ? Mes cervicales me faisaient souffrir et un violent mal de tête s’abattit sur moi.
C’était venu d’un coup, comme l’orage. Au plaisir de l’attente succéda la crainte de deviner les raisons qu’il avait eu de mentir. Ce don, si c’en était un, diffusa en moi une peur sourde.

Dominique :
Un matin, je me réveille comme tous les matins en entendant l’oiseau du jardin : « Pfuuuuuuiiitt, pfuuuit, pfuuuit ! »- 1 long, 2 courts…Tiens, ça me fait penser au code morse et puis je réalise d’un coup lorsqu’il recommence qu’il y a quelque chose qui cloche : il me semble que je comprends !
—  « C’est bientôt l’heure, dit-il, elle devrait pas tarder à jeter des miettes de pain du balcon ! »
— « Eh, j’ai faim moi, s’agirait pas de louper l’heure ! Faut que je chante plus fort ou quoi ? »
Oh là, là, on se calme, me dis-je, j’ai dû me rendormir ! C’est alors que Véga, ma chatte, se glisse sous le drap et pousse ma main avec son museau, et là je l’entends dire :
— «Fais-moi des gratouilles dans le cou, s’il te plaît ; oui là, comme ça, mmmm, j’adoooore !! »
Bon sang, va falloir que je me réveille pour de bon ! J’ai du mal ce matin, pourtant je n’ai pas bu hier soir… Je me lève enfin. Le chat me précède dans la cuisine quand je l’entends encore dire :
— « Super ! ça va être l’heure où tu me donnes du beurre ! »
Alors là, je fonce dans la chambre où mon mari dort encore et m’apprête à le réveiller… Je suspends mon geste… ô stupeur, je l’entends rêver ! Je vois la scène se dérouler sous mes yeux :
Il est au volant du camping-car en compagnie d’une guitare jazz, attachée à ma place, il se tourne vers elle et lui dit : « C’est toi la femme de ma vie ! »
—  « Eh Jean-Louis, c’est quoi ce rêve à la con ? » Je le secoue, il se réveille en sursaut, me regarde et dit avec aplomb :
—  « Quoi ! Mais quel rêve ? Tu sais bien que je ne rêve jamais ! Qu’est-ce qui te prends de me secouer comme ça ? »

Là, j’ai vraiment su qu’il se passait quelque chose d’étrange. Comme si j’avais basculé dans une autre dimension… C’était très curieux comme sensation, à la fois agréable et angoissant. Que m’arrivait-il ? Cela allait-il durer ? Etait-ce une sorte d’hallucination, fallait-il appeler un médecin ? Un psy ?
Mon esprit rationnel me poussait à le faire, ma curiosité, elle, m’incitait plutôt à tester la chose. Allais-je choisir de me taire, ou d’en parler ?

Manée :
J’ai toujours été attirée la nuit par les fenêtres allumées des immeubles en ville quant au passage on distingue à peine les silhouettes des gens qui y habitent, imaginant leur vie, leurs rapports, ce qu’ils font, ce qu’ils se disent, qui ils sont, comment ils votent, quels livres ils lisent ou ne lisent pas…
Et puis un soir, je ne sais pas pourquoi j’ai eu soudain l’impression que je n’imaginais pas mais que je voyais distinctement et que je devinais ce qui se passait, une femme appuyée à son balcon, le regard au loin et de temps en temps se penchant dangereusement comme pour jauger le vide au dessous d’elle.
J’ai su qu’elle se disait : je suis à bout de cette à angoisse qui me serre le torse dès le matin, cette fois je le fais, je n’attends plus rien, de toute façon rien de bon ne viendra, à quoi bon continuer, je n’en sortirai jamais.
Je me disais, mais non c’est ton imagination mais en même temps je sentais que j’étais emportée par une soudaine capacité de voyance, une énergie étrange de percement qui m’enivrait et m’effrayait à la fois.
J’ai grimpé cinq étages comme portée, emportée, j’ai sonné à sa porte, sûre que c’était celle là, j’ai sonné encore, insisté, elle a fini par ouvrir, elle était très pâle, hagarde, qui êtes vous m’a t- elle dit, je lui ai répondu : c’est étrange, vous ne me connaissez pas mais moi je vous connais, je vous expliquerai, est-ce que là tout de suite vous viendriez prendre un verre avec moi, je connais un bon italien dans le coin.
Vous le croirez ou vous ne le croirez pas mais elle m’a suivie et les antipasti étaient fameux avec un verre de campari.

 

2 —Quelques conséquences que cela produit dans vos relations sociales et personnelles
4 petites scènes, descriptions, ce que vous entendez, ce que vous « entendez », vos réponses et pensées, avec dialogues

David :
De retour vers le bureau, je suivis une petite vieille qui pensait à son mari mort en des termes pas très flatteurs. Quand ses pensées devinrent sexuelles, je bifurquai très vite dans une autre direction.
Je commençais à évaluer l’étrange situation dans laquelle je me trouvais, et d’abord, le bureau, j’allais faire comment avec mes collègues, et si ils avaient le même truc que moi, ça serait encore plus l’horreur, moi qui me comportais comme un connard d’hypocrite avec eux.
Autant les appeler, leur signaler un problème et rentrer chez moi.
Mais chez moi, il y avait ma femme, et pire encore, mon fils, un ado de 16 ans. Autant me suicider que de lire dans leurs véritables pensées.

La Vieille :
« — Depuis que t’es crevé vieux con, tu m’embêtes plus avec ta petite bistouquette ridicule et je peux dépenser mon fric comme je veux. Aujourd’hui les gens divorcent comme y vont pisser, j’aurais dû faire ça, j’aurais pas perdu ma vie avec un vieux cochon ! »

La secrétaire :
—Nicole, j’ai un souci, je vais rentrer chez moi, je ne me sens pas très bien.
« — Allons bon, pour une fois que c’est lui, ce petit faux cul prétentieux qui a un souci, j’espère que c’est pas trop grave, j’ai pas envie de me taper tout son boulot ! »

Ma femme :
— Alors tu as passé une bonne journée ?
— Heu … pas terrible, je ne sais pas comment t’expliquer…
«— Ah, y va pas encore se plaindre, qu’est ce qu’il a encore, il a picolé ? Pourtant il ne sent pas l’alcool, c’est vrai qu’il n’a pas l’air dans son assiette. J’espère qu’il ne m’a pas trompée, c’est bizarre, ça ne lui ressemble pas, s’il essaye pas de me baiser demain matin au réveil c’est qu’il y a anguille sous roche. »

Mon fils :
— Salut P’pa, ça va ? T’as l’air fatigué !
« — Ho qu’est ce qu’il a le vieux il a picolé ou quoi, pourtant il sent pas l’alcool, au moins ce soir y va pas me chercher des poux dans la tête parce que je suis trop sur mon ordinateur à faire des jeux et gnagnagna et gnagnagna !
Bon, c’est un vieux con, mais je l’aime quand même. »

Sylvie :
(approche partielle…)
Ce jour là j’avais rendez-vous avec Paula. Elle était nouvelle dans la boîte, plutôt sympa, elle nous avait demandé de l’appeler par son prénom. Un peu surpris nous en avions pris petit à petit l’habitude.
Depuis quelques temps déjà je m’étais astreinte à me concentrer sur mon travail et mes relations avec mes collègues devenaient anecdotiques. J’avais tout simplement peur de nos rencontres et de me rendre à la machine à café, de les croiser dans les couloirs, et de percevoir les pensées que les uns et les unes distillaient au cours de conversations anodines.
A vrai dire, j’étais vraiment inquiète de ce premier rendez-vous que Paula m’avait fixé à une heure si matinale, ce qui m’allait bien pourtant.
Pour que notre relation de travail puisse se passer au mieux je devais faire abstraction de ses pensées. Une fois face à elle j’essayais de me contrôler. Malgré son ton aimable m’invitant à m’assoir, « tu es plutôt thé ou café ? Religieuse ou Paris-Brest ? « , et me mettre à l’aise, je compris qu’elle chercherait à me mettre en défaut. « Elle est vraiment Rabat-joie « , pensa-t-elle quand j’indiquais que je prendrai une verveine.

Dominique :
Je me suis toujours posé mille questions sur tout et n’importe quoi, mon nouvel état pouvait peut-être m’aider à comprendre le monde qui m’entoure. Je décidais de tester avec la télé : cela marcherait-il à distance ?
Me voici devant BFM tv, un journaliste débite les éternels bilans journaliers des victimes du covid … avec en voix off, ses pensées et commentaires perso pour moi toute seule ! En résumé, il a des aigreurs d’estomac qu’il attribue à son boulot et rêve de casser la gueule au rédacteur en chef (un incapable, d’ailleurs, il se voit très bien à ce poste) mais comme il a besoin d’argent, il préfère la fermer… Rien d’original, me dis-je, mais, si j’entends les pensées des autres à distance, il serait intéressant de guetter le prochain discours politique. D’un autre côté, j’ai bien peur de ce que cela pourrait donner. Je doute qu’il y ait encore des gens honnêtes dans ce monde-là !

Comment croire encore en quelqu’un, en quelque chose ? J’en fais quoi de tout ça ? Ai-je vraiment envie de connaître les pensées de tous ceux que je croise ? Ma vie ne risque-t’-elle pas d’être un enfer ?
Je me dis que ça suffit, que tout ça me dépasse, alors je fuis, je pars marcher dans les bois. J’écoute les arbres, ils sauront peut-être calmer mon angoisse. Je lève les yeux, leurs branches bruissent doucement. Peu à peu, je les entends :
« Approche, ne pense plus à rien, il te suffit d’être à l’écoute de toi-même, de tes sensations, ici et maintenant et tu t’apaiseras. »
J’entends palpiter la sève sous leur écorce, je ressens l’essentiel, la vie en moi. Peu à peu l’impression d’être diluée dans les discours humains s’estompe…
« Tu sais, nous les arbres, avons la faculté de sentir ce que ressentent nos congénères, lorsque l’un de nous est malade ou en danger par exemple, nous communiquons pour nous prévenir et nous entraider. »

« Oui mais chez les humains c’est différent, on échange en parlant et on pense en même temps. Et parfois nos pensées sont bien différentes de ce que l’on est en train de dire, voyez-vous, et c’est là que ça se complique ! Et pour finir, depuis ce matin, en plus de tout ça, moi, je lis toutes les pensées des autres humains, des animaux et, apparemment, de tous les êtres vivants, puisque je parle avec vous ! Et moi tout ça, ça me parasite ! C’est comme le lierre qui grimpe sur vos troncs, ça peut finir par vous étouffer pour de bon. Vous voyez une solution vous ? Parce que moi, j’avoue, je suis perdue et à part rester passer ma vie dans les bois avec vous, je ne vois guère de solution ! On pourrait se raconter nos vies remarquez, vous avez des souvenirs vous les arbres ? »

Manée :   Dans un supermarché…
Je l’ai croisée plusieurs fois dans les rayons, très bien mise sur elle comme on dit, pas l’air dans le besoin, j’ai tout de suite su qu’elle volait même si à aucun moment je ne l’avais vu le faire.
Je me suis approchée et au passage je lui ai dit :
— « alors ça marche? »
— « je ne comprends pas, pourquoi vous me dites ça ? »
— « je vous dis ça parce que vous volez et je vous demande si ça marche?»
Elle a pâli, bredouillé, elle reculait, affolée.
— « Ne paniquez pas » lui ai-je dis, « un peu de malhonnêteté n’a jamais fait de mal à personne surtout dans un supermarché ».

 

3 —Vous perdez ce don à un moment crucial, vous n’entendez plus les pensées des gens et animaux, mais vous avez une hyper acuité auditive
description, analyse des impressions, conséquences (ou non)

Sylviane : (2 et 3)
J’en profitais de ce sixième sens ; je n’ai pas d’imagination alors je pique dans le cerveau des gens. C’est comme ça que j’ai pu entrer comme journaliste aux faits divers pour le quotidien « La Montagne ». Je me ballade, je croise les gens et les pensées surgissent. Je fais la une avant même que les événements aient eu lieu.
Ces temps-ci je propose mes services à la police pour interroger les petits voyous qui piquent et revendent les autos radios, la drogue aussi et quelquefois j’aide à faire avouer où se trouvent les cadavres après les crimes…
Tout ça jusqu’à ce matin ; le mari d’une dame m’appelle pour me demander de venir voir sa femme qui elle aussi entend les pensées des gens. J’y suis allée ; une belle maison avec un grand jardin.
La dame m’explique qu’elle entend parler le chat, les oiseaux pour quémander du pain, des câlins mais aussi, quand son mari dort, elle entend ce qu’il dit dans ses rêves. C’est peut être ça qui intrigue le plus le mari je pense.
Pendant qu’elle me raconte tout ça, je suis étonnée, je n’arrive pas à lire ses pensées.
Je rencontre le chat, je vais dans le jardin et là je commence à être assaillie par les bruits, tous les bruits. Le chat miaule très fort, il me vrille les tympans !! et les oiseaux, les oiseaux, les oiseaux… il y en a trop, ça n’arrête plus, le son est mis à fond : ça babille, chante, gazouille,jabote, piaille,piaule, ramage. C’est insupportable, effrayant. Et de plus, je n’entends plus les mots mais des cris, des plaintes, des reproches , des sons plus doux mais toujours trop forts.
La dame, face à moi me regarde étonnée ; ses yeux font un bruit de roulement de tonnerre quand ils se tournent vers moi, les cils s’entrechoquent comme s’ils étaient en fibre de verre et sa peau craque comme un plancher quand elle sourit.
Je deviens folle, mes doigts dans mes oreilles n’atténuent pas le vacarme.
Je rentre dans le salon, pensant me mettre l’abri ; l’homme fait la sieste dans le canapé ; il n’entend rien. Il bouge et hurle vers moi « Qu’est ce que vous foutez chez moi ? »

David :
J’avais foutu le camp de chez moi, roulé pendant deux heures, pris une chambre d’hôtel à Limoges. J’étais perdu. Les deux premiers jours, j’essayais d’éviter de croiser les gens, d’être envahi par leurs pensées, j’aurais dû fuir en montagne, mais j’avais trop peur de la solitude.
Le troisième jour, le don ou plutôt la catastrophe s’arrêta, mais aussitôt remplacé par autre chose tout aussi insupportable. J’entendais tout ce que les gens disaient, pas simplement à travers les murs de ma chambre mais dans toute la ville. Tous les bruits même les plus immondes, toutes les musiques, les chaînes de télé, les stations de radio, tout !
Cette fois c’était sûr, c’était une tumeur au cerveau.
C’est fou comme les gens s’engueulaient et baisaient dans cette bonne vieille ville de Limoges, d’apparence si paisible, si guindée, si policée.
Soudain quelqu’un avait dit mon nom quelque part dans la ville, c’était incompréhensible : qui pouvait parler de moi à cette heure-ci, à Limoges ?
J’avais l’intention de passer vite fait un scanner mais l’idée d’entendre tout ce qui se passait dans l’hôpital me donna la nausée.
Cette fois c’était décidé ! Demain je partirai pour la montagne…

Dominique :
Et c’est à ce moment-là que ça s’est arrêté. L’espace d’une seconde, un grand calme, le silence, enfin ! Quand les bruits ont repris, je n’entendais plus le suintement de la sève couler dans les troncs, mais chaque arbre, chaque feuille bruissait au moindre souffle de vent plus fort que jamais. Puis ce furent les insectes que j’entendis, pas seulement le vrombissement des mouches, guêpes, abeilles et autres moustiques mais plus extraordinairement l’indescriptible bruit des ailes des papillons…Le chant des oiseaux venait ponctuer ce fond sonore comme les voix des solistes ou des chœurs d’une symphonie sylvestre, magnifique et envoutante. Les sons pénétraient dans mes oreilles et envahissaient tout mon corps d’une vibration intense, jamais ressentie auparavant. Je m’abandonnais aux sensations en joignant ma voix au concert, je fermais les yeux, peu à peu engourdie par la chaleur du soleil et des sons qui m’enveloppaient …

Manée :   Difficile quand on est sourde d’imaginer ce que donne une hypertrophie auditive mais je suppose :

Le plaisir d’entendre glisser les nuages
Le plaisir d’écouter chanter les mésanges charbonnières même à distance
Le plaisir d’entendre la pluie sur le toit même à la cave
Le plaisir, en nageant, d’entendre les poissons ronronner

Le déplaisir de comprendre à la terrasse des bars dans le midi particulièrement raciste (et sexiste bien sûr ça va ensemble) les insanités de certains clients
Le déplaisir d’entendre le bruit des voitures sur l’autoroute même éloignée
Le déplaisir d’entendre le cri des bêtes qu’on égorge dans les abattoirs


se souvenir à l’avenir

Date : 8 juin 2020

 

Après le 6 juin à Arromanches, où dans la rue certaines personnes ont le déguisement kaki complet avec accessoires,
et voir tous les jours « les restes » du port artificiel devant nos fenêtres
et en circulant sur plages et falaises,

& après des comptabilités vues en ligne :


(cimetière américain de Colleville/mer)
allez, le cimetière allemand dont on ne parle jamais, avec plus de 20 000 morts


A Tulle, les commémorations sont plus tragiques à cause des exactions, et les chiffres plus humains ne laisse pas la place à l’abstraction


 

 


repérages

Date : 7 juin 2020

Le conducteur du train nous fait un speech, vitesse de pointe de 320km/h que nous venons d’atteindre, temps de Très Grande Vitesse durant le voyage, la voie est libre, pas de travaux, météo sur le trajet, température parisienne à l’arrivée, détendez-vous & agréable voyage sur TGVInoui…
Réveil à Montereau : j’espère que vous êtes satisfait de ma conduite, nous avons quelques minutes d’avance que nous devrions pouvoir conserver jusqu’à l’arrivée prochaine,…
Je me demande si c’est une initiative personnelle ou la nouvelle politique de la sncf, jalouse des millions d’euros pour aider Air France..!

On se retrouve à la gare de Lyon avec Xavier Pinon, Direction Arromanches sans attendre !!
Le ciel est bleu, un avant goût d’été, on est content de revoir Marie-Thérèse à la Villa La Brugère, et une petite promenade pour se remettre des voyages, des essais pour voir avant de peindre nos lettres, et puis, du repérage…


Arromanches by night, avec les drapeaux de sortie !
En novembre, ils étaient décrochés, ce qui nous évitait d’avoir le drapeau français juste en face de la grande table où on travaille et mange..! Dans la cuisine, ambiance anglaise!

Quand nous partons en repérage de l’autre côté de la plage , les enfants aussi écrivent dans le paysage, juste devant la maison :

Avec le problème qui va se poser : comment retrouver nos « cailloux élus » dans un immense tas de pierres… (surtout quand suivant les marées, les algues s’en mèlent..!!)

Le temps change vite, et d’un jour à l’autre, je suis contente d’avoir emporté plusieurs imper-veste pour pouvoir les empiler!!


Tout préparer-prévoir avant de partir, lieux et textes, matériaux, attendre que la pluie cesse et penser à de nouvelles photos possibles…

On dispose nos lettres découpées dans la maison pour composer les textes-du-jour à utiliser :

En route avec nos 2 appareils photos, tout le matos nécessaire (avec plus ou moins de prise au vent…!), plus le téléphone qui permet certaines photos impossibles !
 

& puis, on est à Arromanches !!
Où les jours sont plus longs qu’à Marseille, de 50 minutes!
Le D.day est anéanti par le covid (moi qui craignais le débarquement commémoratif et touristique du 6 juin, pauvres papys anglais), on a raté la patrouille de France en provenance d’Omaha beach parce qu’on déjeunait et bavardait, on en a saisi que les restes :

& puisqu’en ce moment…. en ce temps


atelier d’écriture du mardi – N° 35

Date : 31 mai 2020

Vous avez raté un certains nombres d’ateliers depuis le confinement-déconfinement, alors, choisissez-en un (ou plusieurs!!) à faire parmi ceux-là (cliquez sur l’atelier en question) :

atelier 34 — réinterpréter un conte
avec Le Petit chaperon rouge de Joël Pommerat

atelier 33 — une chose difficile à dire
avec des poèmes de Karel Appel

atelier 32 — réinterpréter un récit « mythique »
avec la Naissance de l’Odyssée de Jean Giono

atelier 31 — votre paysage
avec V. Hugo et Marc Graciano

atelier 30 — à partir d’un film, un personnage pour vous
avec Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger

atelier 29 — des ombres et des légendes avec classification
avec des dessins de Samuel Buckman, et Sei Shonagon

atelier 28 — observation/sensation du paysage avec augmentation/diminution et autoportrait en plantes
avec les Djinns de V. Hugo

atelier 27 — textes écrits et posés dans la maison et le jardin
avec entre autre des œuvres de Tianji Zhao

atelier 26 — montage de textes extraits de votre bibliothèque
avec Benoît Casas et Fernando Pessoa

atelier 25 — qu’entendez-vous par là ?
avec des poèmes de Blaise Cendrars, et 15 sons à interpréter

atelier 24 — arbres, chute, et rage de l’expression
avec 2 photos et Francis Ponge

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« Voilà le travail de ce soir; on était juste David et moi. »
Sylviane
a fait l’atelier 34  (réinterpréter un conte, voir lien plus haut) :
Les 3 cochons et le loup

David a fait l’atelier 32 (réinterpréter un récit mythique, voir lien plus haut) :
De l’enfer et Les remords

Dominique a fait l’atelier 25 (qu’entendez-vous par là ?, voir lien plus haut)
et l’atelier 29 (des ombres et des légendes avec classification, voir lien plus haut)

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une belle collec :

Bonjour à tous! Tout d’abord je m’excuse de ne pas avoir prévenu de mon absence mardi dernier, je devais venir mais j’ai du aller faire euthanasier une de mes chattes et après j’ai complétement zappé l’atelier, j’aurai pu prévenir après coup, méa culpa. Je serai absente de Corrèze mardi prochain mais je vais essayer de me remettre à l’écriture cette semaine et de revenir en présentiel mardi 9… Je comprend bien qu’il est difficile de faire atelier avec des fantômes pour toi Fabienne👻… Bonne semaine à tous(tes)
Dominique

Bonjour tout le monde !
Je serai aux « abonnés absents  » tout le mois de juin pour plusieurs raisons (toutes personnelles ) dont la principale est que je vais acheter une maison et changer de lieu de résidence à la fin de l’été et que cela monopolise mon énergie presque totalement ! …
Je continue à suivre (plus ou moins régulièrement ) tous vos travaux d’écriture (Merci Fabienne pour la régularité , la qualité de ton travail )… merci aussi à tout le groupe qui m’a beaucoup stimulée quand on travaillait tous ensemble !… moins évident quand il a fallu plancher seul(e) ! Sera-t-il possible de récupérer le « Cahier » fait en Duo ?
J’espère que je vais trouver un mardi avant cet été pour partager encore un atelier avec vous : pas sûr !
J’emmène les petites filles en vacances 1 ou 2 semaines , fin juin , début juillet … Voilà : vous savez tout (presque !). Rien de bien intéressant … mais je ne voulais pas « disparaitre » de l’Atelier, balayée par les dommages collatéraux du Corona …
Si j’ajoute à cela que je n’ai pas vu une partie de mes proches depuis plus de 4 mois ( je peux enfin aller les voir la semaine prochaine !) … je ne sais pas quelle semaine de juin je pourrai faire « une apparition  » !
Jeanne

Je ne serai pas en Corrèze mardi 2 juin et donc pas physiquement à PEC pour l’atelier. La dernière fois je comptais bien venir à PEC mais au dernier moment je n’ai pas pu partir, ça arrive !
Manée

Bonsoir à tous. Je sors juste du boulot, impossible d’être à l’heure à l’atelier… j’essaierai de trouver le temps à la maison.
Bises à tous. Agnès

moi aussi je sors du boulot…
alors je vais essayer de m’y coller demain car, paraît-il, il pleut !
bises à tous, Raphaëlle


une semaine trop occupée

Date : 30 mai 2020

• Une limace tulliste dans la SdB, et une imitation dans l’évier marseillais. Puis, une autre tulliste en tenue de soirée…

• En partant, toujours pas de train Brive-Toulouse, alors, comme à l’aller, un Montauban-Marseille direct, et 2 h de bagnole pour s’y rendre, c’est la distanciation mise en application…
Même les nuages !

& à l’arrivée, une enveloppe bonne surprise avec :




• Un message breton de Corinne & Bruno, qui étrennent leurs combis, une nouvelle vie commence!

• Au Monop, découverte de la créatrice, comme ils disent, Bela Silva : de la vaisselle (s’il en reste), des vases, des tissus (vêtements, maison), un tapis…


C’est très gai, coloré (sauf les vases blancs qu’on a envie de réémailler!), bien enlevé, bien mieux que certains boulots d’artistes je-ne-citerai-pas-de-nom, ça fait plaisir de voir ces belles choses en « grande distribution » (enfin, c’est relatif, le tapis, par exemple est édité à 360 ex.)
& comme je m’intéresse aux tapis… En polyamide, et teint-sérigraphié (? ce qui m’intéresse aussi, en pensant à ma future expo à l’église Saint-Pierre..!!)), donc pas cher, et comme y’a pas la place dans les monop pour les étaler par terre (c’est pas évident d’acheter un tapis qu’on ne voit que roulé!), il en reste…

• A l’Encre Rouge, l’ours de Zaven qui est passé pendant mon absence

et le dessin que ça m’a inspiré, même si on voit d’autant mieux que je dessine comme un pied

& une nouvelle carte Paul-Coxienne d’Elisabeth

& puis, Christine qui me découpe des lettres au laser, pour planter bientôt dans le sable d’Arromanches, avec Xavier…

Les planches découpées sont superbes!! (faire une claustra avec du texte..?!)

C’est pas une question de lunettes… Trop de boulot pour prendre le temps de s’habituer aux nouvelles lunettes que j’ai été récupérée, pour voir à la fois de près, de milieu, et de loin!!

Pour l’instant, les lettres découpées sentent encore le cochon grillé, un petit coup de peinture noire ou blanche (à nous de décider après essais…), et voilà un nouvel outil à écrire!!

• A Tulle, installation des bancs par Dominique, David et Serge, dans la forêt du souvenir.



Un peu plus brut que ce que j’imaginais, mais la réalité du terrain….


 

• J’ai complété aussi mon nuancier pour dessins dégradés…

Y’a plus ka..!
Pas plus tard que ce matin, où mon jeune voisin pêcheur trop alcoolisé joue à la chasse à 8h du mat… (& il vise bien — je ne sais pas si c’est rassurant ou pas…)

• Une tribune pour la survie des auteur.e.s parue dans Libé, à l’initiative d’Emmanuel Ruben, de la Maison Julien Gracq

& sur NAIMA, le dernier ouvrage d’Agnès Rosse  (et d’autres publications à découvrir!)


atelier d’écriture du mardi – N° 34

Date : 26 mai 2020

atelier 34, mardi 26 mai

Voilà des extraits de Le Petit chaperon rouge,
de Joël Pommerat
(théâtre – Babel – Actes sud)

 



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Je vous demande, vous aussi, de réécrire la représentation d’un conte célèbre parmi ceux-là :
— Cendrillon
— La Belle au bois dormant
— Pinocchio
— Le Petit Poucet
— La Barbe bleue
— les Trois petits cochons
— Peau d’âne
— La Petite Fille aux allumettes
— La princesse au petit pois
— Le Vilain Petit Canard
— La Petite Sirène
— Le Maître chat ou le Chat botté
— Les Souhaits ridicules

Il n’est pas besoin de se souvenir exactement de l’histoire, mais non plus de l’ignorer…
regardez la définition (cnrtl) de « représentation »
Vous pouvez mélanger les époques
Pensez au style, aux temps de conjugaison, etc…

Si vous pouvez, avant de commencer, dire aux autres quel conte vous choisissez, et si possible en choisir chacun.e un différent….
(mais si plusieurs d’entre vous choisissent le même et y tiennent, alors pas de problème)

en 3 parties développées + personnages
—  les personnages
—  prologue
—  dialogue
—  épilogue

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Raphaëlle :  Je rentre de Paris et repars faucher (mais riche ;-)) immédiatement
je crois bien que je me rattraperai pas mon retard
Peut-être à la semaine prochaine je t’embrasse

David : levé à 5h du matin, une grande tasse de café et enfin un peu de temps pour taper mes textes.
Voila la petite histoire. On était deux avec Agnès à l’atelier.
Je retourne à mon chantier

Personnages :
Pinocchio, Geppetto, Méline la fée bleue, Fred le chat, Jimmy le renard, Prince Vladimir.

Geppetto sortait de trois ans de prison pour diverses arnaques sur internet. Expert en informatique, robotique et intelligence artificielle, un peu fatigué par la vie, un peu seul, il reprit son grand projet secret. Créer un humanoïde très proche du réel et qui l’aiderait à supporter le quotidien.
Troublé par l’idée que se soit une femme, Geppetto étant un peu coincé, ou un homme qui lui renverrait sa propre image, il se décida pour un enfant, un garçon.
Grand admirateur de Stanley Kubrick et donc très méfiant envers les machines et leur propension à la duplicité diabolique, il décida de l’affubler d’un nez qui s’allonge en cas de mensonge.
Le mardi 26 mai 2020 à 19h15, tout fut prêt et il activa toutes les fonctions du petit droïde qui commença à s’animer là, devant lui sur la table de travail.
Le regard, les premiers gestes, son allure, c’était bluffant. Geppetto était submergé par une profonde émotion.

— Bonjour petit, comment t’appelles-tu ?
— je suis grand et je m’appelle Pinocchio.
— Bon, moi c’est Geppetto, je suis un peu ton papa, un peu ton maître, un peu ton ami.
Le petit montra la fenêtre et demanda :
— Qu’est ce qu’il y a de l’autre coté ?
— Là-bas, et bien c’est le monde, les autres, c’est dehors.
— Ho, j’aimerai bien y aller.
— Bien, on va faire une expérience. Je te donne cinquante euros, avec ta fonction GPS tu devrais très bien t’en sortir, je te donne une liste de courses à faire dans le quartier.
Le petit sortit sur le palier. Son processeur tournait à fond devant un tel spectacle. Tout se mettait en place. Sa mission : Boulangerie, épicerie, kiosque à journaux.
Une petite fille en robe bleue l’aborda.
— Je ne t’ai jamais vu dans le quartier, tu viens jouer avec moi ? Je suis une fée, je fais des tours de magie. Je m’appelle Méline.
— Je m’appelle Pinocchio, je dois faire des courses pour mon papa maître ami, après je reviens te voir.
— Ok, je suis là-bas au bac à sable.
Il continua son chemin mais deux individus lui barraient le passage.
— Vas-y tu fais quoi dans le quartier ? J’te connais pas, t’es qui ? Tu vas où ? Moi c’est Fred le chat et lui ce gros bâtard c’est Jimmy le renard.
— Je m’appelle Pinocchio, je fais des courses pour mon papa maître ami.
— Vas-y t’as d’la tune fais voir.
— non je n’ai rien du tout !
— Ha oui mais c’est quoi ce pif trop chelou de un mètre de long, c’est une canne à pêche ? Jimmy choppe le par le nez que je le fouille. Sa mère, cinquante euros ! Vas-y le p’tit menteur.
— Vous êtes des malfaisants !
— Ha ha ! comment tu parles trop comme un vieux ! Allez, viens avec nous, on va faire tes courses ensemble et on partagera le reste de la tune, ton père il y verra que dalle. Tu vois on n’est pas des bâtards, on est plus humain que tu ne crois.
De retour à la maison, il rendit les quelques centimes d’euro à Geppetto qui s’étonna du peu de monnaie.
— Alors et le reste ?
— Pas de reste, tout est là.
Son nez fracassa la télé en face de lui, il se retourna brusquement et s’enfuit à toutes jambes.

Geppetto chercha son petit pendant des jours et des semaines. Au bout du rouleau, il pris sa voiture, l’abandonna sur le pont de Saint Nazaire et se jeta par-dessus la rambarde dans la mer. Il s’assomma sur le Prince Vladimir qui émergeait des profondeurs.
Pinocchio fut recueilli par une prostituée très sympa mais qui le faisait tout le temps mentir pour s’amuser avec son nez. Très gêné de la situation, il s’enfuit à nouveau avec une bande de jeunes surfeurs qui lui firent découvrir la mer.
Il essaya toutes sortes de drogues avec eux, mais sur lui rien ne marchait.
Seul les mensonges lui procurait une sorte d’ivresse mais le résultat en était toujours catastrophique.
Une nuit il pris un planche de surf et s’éloigna du rivage vers l’horizon éclairé d’une demi-lune, d’après sa mémoire vive il y avait plein de choses à découvrir de l’autre coté.
Au large le Prince Vladimir le souleva hors de l’eau et un marin russe sortit de l’écoutille suivi par un homme à la tête bandée.
— Geppetto !
— Pinocchio !
Longtemps après ces retrouvailles pleines d’une émotion indescriptible, de retour dans le quartier, le petit droïde devint un véritable enfant grâce à la magie de la fée Méline mais ça c’est une autre histoire.

Sylviane :    Les 3 cochons et le loup

La mère de 3 petits cochons raconte :
« J’avais donné naissance à 3 petits cochons lorsque j’habitais la grande ferme à l’entrée de Moussalon. Moussalon était alors une petite ville réputée pour ses foires grasses, ses charcuteries fines et sa mousse de foie.
Plusieurs de mes petits cochons étaient déjà partis à la foire alors qu’ils atteignaient les 6 mois. C’est le fermier et sa femme qui venaient les chercher un dimanche matin de bonne heure en me disant : « Si tes cochonnets ne partent pas à la foire, c’est le loup qui viendra les chercher ».
Le loup, après avoir disparu pendant quelques décennies était de retour à cette époque. C’est ce qui se disait et aussi qu’il mangeait de tout plus qu’auparavant !
Mais mes trois petits cochons étaient bien retors !
« Le loup pffft… »
« ça n’existe plus… »
« c’est pour nous faire peur …»
« nous envoyer à la foire… »
« être vendus… »
« transformés en mousse de foie !!! »
Je me doutais bien qu’aller à la foire était amusant mais après, pourquoi mes cochonnets ne revenaient-ils jamais ?

Aussi quand trois jours avant la foire, le plus jeune me dit :
« Maman, je n’irai pas, je pars, je vais vivre loin d’ici »
Puis le lendemain , le deuxième :
« Maman, c’est décidé, je ne reste pas , je me sauve… »
Et la veille de la foire, l’aîné :
« Fi, aller à la foire, moi jamais, j’aime mieux affronter le loup ! »

Je compris alors que quelque chose avait changé ; ces trois là, je ne les tiendrai pas.
J’ai su ensuite qu’ils étaient partis de l’autre côté de la colline, en douce une nuit.
Le plus jeune avait construit une cabane de paille avec ce qu’il avait trouvé dans les champs ; une jolie cabane dorée, confortable, qui sentait bon.
Le deuxième, plus costaud, était aller jusqu’à la lisière des bois, ramasser des planches. Il avait construit une cabane en bois, plus résistante qui sentait bon la forêt.
Mon plus grand a toujours été très réfléchi et prudent. Je ne sais pas où il a pu se procurer des briques et du ciment mais sa cabane est une vraie maison faite à l’équerre.

De temps à autre, j’avais quelques nouvelles. Mes petits vivaient bien, ils aimaient la fête, s’entouraient d’amis musiciens.
Mais un jour, le loup qui avait bien fini par arriver à Moussalon entendit parler de ces cochons qui se répandaient à travers le pays comme des chapelets de saucisses.

Le reste, on me l’a raconté. »

Un jour, le loup repère la cabane de paille.
« Oh la , petite canaille, sors de là que je te mange »
« Non, je ne sortirai pas, je suis bien chez moi. Vous ne devez pas me déranger. »
Le loup se met à souffler, souffler, toute le paille s’envole, mille fétus de tous les côtés et le petit cochon profite de la pagaille pour s’enfuir en courant de toutes ses jambes jusqu’à la cabane en bois de son frère.
Celui-ci, le voyant arriver ouvre la porte, la referme vite, pousse le buffet devant mais déjà le loup, furieux, est là.
« Ouvrez, tripailles, charcutailles. J’ai grand faim. Vous avez assez dansé, vos jarrets sont à point ! »
Les deux frères : « Non, vous ne nous aurez pas ; nous sommes bien à l’abri chez nous, retournez dans la forêt »

Le loup réfléchit, il est fatigué d’avoir couru si vite, il n’a plus assez de souffle pour démolir cette cabane de bois alors il dit d’une voix mielleuse :
«  Ah mes braves, c’est une erreur, demain je donne une grande fête et je vous demande de venir jouer de la musique, vous êtes de grands musiciens paraît-il ? »
Les deux frères : « Où se passe cette fête ? Il y aura du monde ? »
Le loup : « Oui tous les amis de la forêt, sortez demain à midi au milieu de la prairie. »

Le lendemain, à midi, les deux frères vont dans la prairie l’un avec son violon, l’autre avec sa flûte. Ils attendent un moment, personne ne vient.
Tout à coup, une odeur de roussi, ils se retournent et voient la cabane en bois qui flambe !
« Haro ! C’est le loup, il vient vers nous, la cabane brûle, nous sommes faits ! »
D’un même élan, jetant leurs instruments, les deux frères courent frapper à la maison de leur frère aîné qui a vu la scène de loin et les attend.
« Entrez, entrez vite ! »
Mais le loup arrive écumant de colère, rageant de voir son plan échoué.
Il souffle, il souffle, il souffle sur la maison…A l’intérieur, les trois cochons sentent à peine un peu d’air passer entre les briques. Ils rient mais l’aîné se doute bien que le loup ne va pas se décourager et il dit « Faisons vite la soupe ; ce matin j’ai acheté du chou et des navets ». Il place le chaudron empli d’eau dans la cheminée, allume un grand feu dessous.
Dehors, le loup trépigne, hurle, frappe à la porte, sur les volets. Il avise une échelle qu’il dresse contre le mur. Il monte, repère la cheminée, elle fume. Il redescend, trempe son arrière train dans la grande bassine près du puits. Il remonte, il enjambe la cheminée.
AHHHH c’est très chaud ; trop tard, il ne peut pas revenir en arrière, il plonge dans la cheminée et atterrit dans la soupe au chou et aux navets qui cuit à gros bouillons .
Oh ces hurlements ! Les trois petits rabattent leurs oreilles !
Puis silence, plus rien. L’aîné des cochons ose regarder dans le chaudron. Le loup est ratatiné, cuit.

Ce soir-là, les trois cochons ont invité tout un tas d’amis : lapins, oies, poules, canards, renards, blaireaux, moutons, mulots. Ils ont fait ripaille de ce loup et ils ont bu, chanté, dansé, joué de la musique. Le loup ne reviendrait plus pour les manger, c’était fini.

Seul, près de la cheminée, l’aîné des cochons réfléchissait. Ce loup n’était sûrement pas venu seul, les loups vivent en meute. Dimanche, il irait pour se renseigner à la foire de Moussalon…

Le reste c’est à vous de le deviner !

 

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& puis :


Tagada turlutu tue

Date : 22 mai 2020

• Petite visite du jeudi chez Raphaëlle :
agréable circuit entre les plantations du jardin, bien étiquettées sur ardoise

(ce qui me rappelle de chercher où retrouver le crayon blanc gras dont je me sers pour dessiner :

 
avec la mine enroulée dans du papier ou un copeau de bois, pratique tout terrain)

& puis, voir le nouveau toit en bois de la grande grange, qui a occupé Raphaëlle ces derniers temps :

avec sa crête qui suit la ligne horizontale et pas le faitage
Le bois fondu dans le paysage, qui passe de l’ocre au gris en une année
Madame avec laquelle nous causons planches, pour nos bancs..!

& Jeanne qui suggère un montage qui dure plus que sauvagement visser :

et après la réflexion, la joie partagée d’un bon déjeuner ensemble au soleil, avec feu d’artifice des desserts, dont un Tagada digne d’un 1% de rond-point..!


Après Job et des discussions de transat qui dilatent le cœur, retour sous la garde des nuages

• & des nuages repassons au toit, avec les épis de faitage normand,
comme celui-ci datant du XVIIe siècle

et une fabrique près de Caen, la poterie de Bavent, dont Jeanne nous a parlé :
(je ne sais pas si on pourra y faire un tour avec Xavier!)



Pour tous les goûts..! avec les tuiles vernissées…

• au Lieu/lien, suite des dessins dégradés en jaune, avec les événements des derniers jours, sous le soleil :



• & pendant ce temps-là, entre Marseille et Tulle :

• & pour un projet de couture, la chemise japonaise de Manée :

• reçu de Pierre Tilman et Agnès Rosse, un masque en duo :

et cette chose réjouissante envoyée par Christine :


pour tous les goûts

Date : 20 mai 2020

• Un beau message encourageant de Jean-Pierre, avec une découverte :

ohé
merci pour l’oreille dédiée
j’aimerais faire comme toi des dessins dégradés, ils me donnent envie de dessiner
continue à tout dégrader comme ça, ne t’arrête pas !

l’image que je t’ai envoyée l’autre jour est un tableau-objet de Joaquin Torres Garçia
ça vaut la peine d’aller voir de près du côté de Joaquin Torres Garçia. Je l’ai fait récemment par hasard.
Ce J.T.G est un connu très inconnu ou inversement un inconnu peu connu – j’espère que tu ne le connais pas vraiment pour apprécier les images que j’ai ramassées pour toi (il a fait des jouets pour enfants et des livres qui on l’air formidables et puis le bonhomme a quelque chose de vraiment sympathique)
bonne journée Fabienne



• Autre architecture, dans la Montagne, le Liégat..!

• Ça compense l’énervement sncf, avec des billets de train pour des trains qui ne circulent pas, des réservations de place obligatoire alors qu’il n’y a pas de billet qui y correspond, des correspondances impossibles entre régions…
Tulle-Brive-Toulouse-Marseille devient finalement Mautauban-Marseille, au retour comme à l’aller… Grrr


& aujourd’hui, ce n’est pas une mare, mais un étang avec l’eau à 20-21°, 1ère « vraie » baignade de l’année sans combi!! (& sans surveillance..)

• & depuis le temps que je voulais voir le maréchal ferrant chez Manée,
cet après-midi Cadichon et Rosa se faisaient rectifier les sabots !
Manée, après s’être inquiétée, avait réussi à « emprisonner » les ânes dans leur cabane (avec foin à volonté et eau, y’a pire comme prison!)
Reportage, (et 1000 questions au jeune maréchal ferrant !) et pendant que je faisais des photos,
j’ai fait des manip involontaires, avec l’écriture d’un message ponctué..!
Donne la patte, Cadichon !!


… à gauche, sabot pédicuré avec bon appui de la patte, à droite, sabot trop long

… finition à la lime
Puis, c’est au tour de Rosa, moins nerveuse mais plus craintive
(admirez l’élégance, les licols sont assortis à leur robe!!)

… gros plan sur quelques bouts « d’ongles » coupés, avec la tenaille et un couteau à parer

& le maréchal ferrant nous propose des porte-bonheurs qu’il va bazarder ; c’est lourd, un fer à cheval ! Ils sont tous différents suivant les pattes et les sabots des animaux, et devant-derrière…


… en voilà un avec un joli sourire de patte arrière ! (il faut toujours les accrocher ouverture en haut, pour recevoir le bonheur — qui vient du ciel ?!)


atelier d’écriture du mardi – N° 33

Date : 19 mai 2020

atelier 33, mardi 19 mai

 

Voilà des poèmes de Karel Appel (qui est plus connu pour ses peintures et dessins, il appartenait au groupe CoBra)
extraits de Océan blessé


New-York, 1979

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« Je serai là, à Hellemmes, derrière mon ordinateur… Mais j’ai pas fait mes devoirs…
Je vous envie de vous retrouver !   Bise    Leslie »

éloignement anti-virus, on ne peut pas lorgner sur ce qu’écrit sa voisine ou son voisin…
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1 — En 9 épisodes-minutes, racontez ce qui se passe quand on est amené à prononcer une chose personnelle à laquelle on tient, difficile à dire pour soi et, et qu’on peut supposer difficile à entendre pour l’interlocuteur(s).

Avant-pendant-après, préparation psychologique et discursive, action, comment ça sort, développement…
Je ne vous donne pas cet exercice pour connaître vos secrets et que vous les révéliez à tou.te.s, ce qui m’intéresse c’est l’analyse précise des sentiments, sensations, impressions lors de cette situation, et ce qui se passe pour vous avec la langue (le discours), comme un petit théâtre intime de la parole.

Raphaëlle :
Raymonde ne sent pas bon et ça coupe mon élan
1. Bon, elle pue et ça me dégoûte. C’est mon constat.
2. Je ne peux lui dire comme ça. Dès le matin.
3. Et puis après elle fume, ce qui n’arrange rien. Bon est-ce vraiment ça qui me gène ?
Oui, oui. Et puis même ses habits sentent. Et puis toute la maison. Bref, il faut faire quelque chose. Proposer des solutions mais comment quand l’autre ne voit pas le problème.
4. Lui dire : Raymonde, il faut que je te parle d’un truc qui me pose un peu problème. Bon, là, je vois bien, j’ai minimisé. Et puis j’ai un peu honte de le lui dire. Si ça se trouve, il n’y a pas de solution et elle n’y peut rien. Quant à fumer, c’est son problème, pas le mien. Je n’ai qu’à m’écarter. Je ne suis pas chez moi après tout. Mais quand même, ça brouille mon élan. Alors c’est important.
5. Rajouter : bon en fait, c’est un truc un peu perso qui te concerne mais que tu peux totalement ignorer. Car il n’est pas impossible que cela ne te pose aucun problème. Et que je sois la seule à le remarquer.
6. Et dire : mon sentiment est que tu sens fort. Autrement dit, que tu dégages une odeur forte et qui est un peu gênante. En tout cas pour moi.
7. Oulala. c’est un peu n’importe quoi de dire un truc pareil. Ne pas oublier d’ajouter : est-ce que ça te pose problème que je te le dise ? Qu’est-ce que ça te fait ?
8. Et là, bien écouter sa réponse voire son silence. Et puis développer un peu. Voir si elle en a conscience.
9. Dans le meilleur des cas, trouver ensemble des solutions. Bien lui expliquer ce que ça me fait à moi.

Agnès : C’était bien de se retrouver à l’atelier « pour de vrai » !

 

 

Sylvie : C’était heureux de se retrouver
Épisode 1/
Papa m’emmène à l’école
J’adore
Il prend le Solex
Sur le porte-bagage
Je suis fière

Épisode 2/
Sur le chemin
Dans les fossés
Courir
Une bousculade
Tomber dans la vase du fossé
Caché par les hautes herbes

Épisode 3/
Attendre le bus
Aimer s’asseoir sur les genoux
Des garçons
Jouer à se mettre la main

Épisode 4/
S’embrasser avec une paille de blé
Entre les dents
Croquer une cerise aigre
Dévorer le petit asticot
Blanc qui se cache
À côté du noyau
Cerise meulée
Tombée
La terre est bonne

Épisode 5/
Je porte toujours une culotte
Propre
Blanche
Ma grand-mère me dit
« On ne sait jamais »
J’écoute

Épisode 6/
La vase est noire
Puante
En sautant par dessus

Épisode 7/
La veille
C’était presque Noël
Se faufiler dans les bois
Avant la nuit
Et couper le genévrier
L’enguirlander
Seule
Les autres sont partis

Épisode 8/
Grandir
Se mesurer
Avec ma robe rose en synthétique
Achetée au supermarché
La veille de ma communion
Sentir le regard
Et puis cette odeur âcre
De mes 11 ans

Épisode 9/
Ne pas vouloir obéir
Attendre son soutien
Et y croire
Une ronce sur le bas-côté,
Elle la ramasse
Et me met
Me la colle
Sur les mollets

David :

1 – Il faudrait que je parte
pour recommencer autre chose
mais je ne vais pas vraiment partir
je vais juste me déplacer
en dehors de moi-même

2 – Comment dire, je vais partir sans partir
je serai là et pas là à la fois
en même temps tu vois, non tu ne vois pas
bon mais pour l’instant je suis là

3 – Bon imagine je pars, mais pas loin,
ou alors très loin mais je t’appelle une fois par jour
deux fois par semaine bon d’accord
je pensais que plus ça serait mieux
mais tu sais je ne suis pas encore parti

4 – C’est quand même plus dur
d’imaginer rester là, ne rien changer
mais tout arrêter pour autre chose
ça semble presque impossible
ou alors juste pour un moment
mais ça risque quand même de tout changer

5 – Imagine une chrysalide
avec un papillon à l’intérieur
cette forme brune et sèche presque inerte c’est moi
je sors de là-dedans avec toutes mes couleurs
et je me barre d’une fleur à l’autre

6 – Bon je ne serai jamais un papillon
je suis lourd et enraciné
plombé par le quotidien des hommes
englué dans le recommencement des choses
et cette vie d’en ce moment n’est pas si mal.

7 – Finalement je vais rester là
je construirai un bateau dans le jardin
je mettrai des couleurs de papillon tout les matins
pour les fleurs il y a tout ce qu’il faut

8 – Oui je reste
je ne pars plus
je te jure j’ai bien réfléchi

9 – Peut être un petit voyage
histoire de changer d’air
ça me ferait vraiment du bien
tu ne crois pas ?

 

2 — A partir du texte de votre voisin.e, inventez les paroles à dire et paroles dites, comment s’exprime cette différence et comment elles sont dites.
(Pour celles et ceux qui travailleront seul.e.s à distance, je vous propose soit d’attendre de lire un texte d’un.e participant.e à l’atelier publié sur le blog, soit de passer l’exercice 3)

Raphaëlle :
– Coucou, heu, ça va pas trop
– Bon, ça va pas trop mais je ne sais pas non plus comment te le dire.
– En fait, ça me terrorise.
– Bref, j’ai peur de tout : de mal savoir dire et de tout gâcher. J’ai peur de moi et donc j’ai peur de toi aussi. Parce que j’ai peur de ce que tu vas penser de moi. De dire des choses pareilles je veux dire.
Bon mais c’est angoissant tout ça. Deux secondes, il me faut un moment perce que je ne sais même pas comment je vais te le dire.
– En, fait, j’avais pensé t’écrire. Tu crois pas ? ça aide à poser les choses tu comprends. A prendre de la distance. Je sais que toi tu n’as pas de mal à dire les choses. Pfff, après tout, il faut bien que je jette alors voilà, désolée d’avance :….
– Et puis non, je ne dis rien, je suis trop lâche, j’encaisse et j’essaie de ne pas bouder. Au moins, pour une fois, j’aurai fait des progrès. Pour la lettre, on verra après.

Agnès :

 

 

Sylvie :
Simone (elle prend une large inspiration) : Tu sais Raymonde, ça fait maintenant quelques temps que j’habite chez toi. Tu sais, quand je suis arrivée, on ne se connaissait pas vraiment. Bon, tu m’as invitée à venir ici. J’ai hésité mais j’ai pensé qu’on allait bien s’entendre, on aimait bien se parler, on avait des idées communes qu’on arrivait bien à partager, l’une commençait une phrase et l’autre la finissait.
Ça allait bien nous deux.
J’y ai vraiment cru au début. Bon évidement, pas de douche et pas l’eau courante, la vie rustique quoi, j’étais surprise mais j’avais envie de tenter l’expérience, de tenter cette vie. Évidement tu m’avais bien dit certaines choses, l’eau au fond de la cour, la maison un peu isolée. Bien sur, au début, j’ai pensé que je m’y ferai…
Mais petit à petit c’est devenu difficile pour moi, pas le manque de confort, non c’est pas ça, c’est plutôt, comment te dire, que j’ai du mal (ouhlala, je respire à fond), enfin j’ai l’impression que tu as une odeur un peu forte, ou en tout cas que cette odeur devient un peu gênante pour moi. Voilà, c’est ce que je ressens.

David :
—  Emmène-moi sur le solex
—  Vas-y montes mais ne fais pas ta fière, gamine
—  Je reviendrais de l’école par le chemin
—  Tu vas encore tomber dans le fossé comme l’autre jour, prends plutôt le bus.
—  Ho oui avec tous les garçons
—  Comment ça les garçons ? tu t’assois devant toute seule
et je ne veux pas entendre d’histoires de bisous avec des pailles
et de petits asticots blancs et fait une bise à mamie en passant
—  Ho non elle va encore me parler de cette histoire de culotte
—  Mais non, et ne vas pas trainer vers le fossé plein de vase
—  Je fais ce que je veux c’est Noël
—  Tu vas abîmer ta belle robe avec les ronces partout
et j’aimerais bien que tu n’en fasse pas qu’à ta tête

 

3 — A partir de votre texte 1, inventez des choses dites dérisoires, faites-en un petit texte qui reprenne la forme des préparation – hésitation – prononciation – soulagement, regrets ou remords

Leslie nous a rejoint par Skype, même si la connexion n’était pas terrible, on a pu faire une lecture commune!

Raphaëlle :
Quand j’arrive chez ma belle-mère, c’est toujours la même histoire : il faut que je mette les chaussons mous en tissu qu’elle me tend.
Elle aime que sa maison soit propre. Mais pas propre grosso modo. Archi propre.
Si propre que je ne sais même pas où m’asseoir.
Alors non seulement je ne sais pas où m’asseoir mais je ne sais pas non plus marcher avec ces trucs qu’elle me tend.
D’abord, je les trouve moches mais en plus, je trouve que tout est ridicule.
Enfin bon, je pourrais bien prendre un peu de hauteur. Des chaussons, même moches, c’est pas très grave.
Mais non, ça m’énerve. J’aime pas qu’on m’impose le truc.
Bon, c’est moi qui suis ridicule. Qu’est-ce qu’on s’en fout si c’est ce qui lui fait plaisir ?
Oui mais quand même, elle aussi pourrait me faire plaisir non ?
Je sais : la prochaine fois, j’y vais en échasses. 1. j’ai pris de la hauteur. 2. je ne peux chausser les chaussons…

Agnès :

 

 

Sylvie :
Se souvenir d’un rêve ?
Comment arriver à se souvenir d’un rêve qu’on n’a pas fait ?
Ou mieux encore inventer un rêve !
Oui, c’est ça, je vais inventer un rêve !

Je suis sur le porte-bagage d’une moto et on file à toute allure – enfin, c’est plutôt un vélo-solex…
On suit un gros camion, d’un peu trop près, et hop tout de suite après je me retrouve sur la remorque d’un 35 tonnes, assise, et je balance mes jambes.
C’est bête !
Je veux courir mais je ne peux pas, mes pieds sont lourds et collent à la terre, les forces me manquent.
C’est absurde !

Je suis volontaire pourtant pour me souvenir.

David :

Ce matin j’ai envie de manger des biscottes, ça fait très longtemps que je n’ai pas fait ça.
Je ne le faisais plus car les dernières fois, elles se brisaient en plusieurs morceaux et ensuite j’avais de la confiture plein les doigts, et des bouts de biscotte molle qui flottaient sur mon café. Une biscotte, ça a une certaine texture en bouche, ça doit croustiller, et les morceaux tout mous dans le café, franchement c’est désastreux pour commencer une journée. Peut être y a-t-il une marque de biscotte plus solide, ou alors je m’y prend mal, si le beurre est trop dur par exemple, ça fragilise la structure de la biscotte et là, c’est le drame. Si on sortait le beurre la veille au soir du frigo pour qu’il soit plus souple, ça pourrai rendre les choses plus facile.
Je sais qu’avec les tartines il n’y a aucun risque mais le croquant n’est pas le même et je ne peux pas en manger dix comme avec les biscottes. Et puis il vaut mieux prendre les petites, les grandes se cassent plus facilement, enfin il me semble.


quelques jours bien remplis

Date : 19 mai 2020

• Avec Xavier, on a été rétamé à une candidature pour une résidence photo l’année prochaine, l’occasion pour moi de découvrir, parmi les sélectionnés, le travail (et ce diptyque) de Georges Pacheco :Nous comprenons bien le choix des sélectionnés par rapport à ce qui était demandé.
Néanmoins, on se pose cette question (en général) : quelle est la chance de voir son dossier retenu quand on n’a pas fait d’école de photo (Xavier est autodidacte), quand on n’a pas un discours archi bien ficelé maniant les concepts comme il « convient », quand on n’a pas un CV béton de parcours d’art contemporain et qu’on commence à être un peu vioque… et quand on a les 4 éléments qui s’additionnent..!!

& puis plus généralement, toute cette exigence pour être payé en droits d’auteur lbien souvent ras les pâquerettes, avec les cotisations d’Urssaf à la charge des artistes, profiter de la demande pour maintenir des offres de rémunération avec lesquelles les gens qui les proposent ne pourraient pas vivre ou juste subsister (comme pas mal d’asso…)
Comment est-ce qu’on peut vivre « normalement » et à qui s’adressent certaines résidences, avec en plus des animations comprises dans l’enveloppe, aux rentiers ?  aux toujours pauvres et dévoués sans compter ? aux purs esprits créatifs ? Artistes smicards fermez vos gueules et soyez contents, vous n’êtes pas à l’usine, la plus-value culturelle c’est pas pour vous !
Bref, pas de réponses à toutes ces questions qui se reposent souvent..!

• Samedi matin, ouvrir la porte du Lieu/lien, fermées depuis 2 mois !
Effacer la vitrine avec virus de la poésie et courage, parlons d’autre chose !
L’occasion de faire passer d’autres messages :

Comme Manée m’a rejointe après le marché, multiplions les messages :

L’après midi, après une heure de lecture au soleil tout au bord de la rivière (il fait trop beau pour ne pas être dehors!!)

je poursuis les annonces :

Plusieurs personnes entrent dans l’après-midi, intriguées, ou pour discuter ; je leur propose de venir aussi écrire des messages ou dessins dans la vitrine, qui n’auront pas la vocation d’y rester longtemps. A suivre…!!

avant de continuer la série des dessins dégradés :

avec les fonds préparés à Marseille et les notes de dessins possibles…
Y surgissent aussi les préoccupations du moment, dont le projet pour la forêt du souvenir…

Le Lieu/lien transformé en atelier, en ces temps de rencontres compliquées, c’est agréable d’y travailler :



Je reste à l’atelier un peu tard, le soleil fait de belles ombres, le plus dur est de résister jusqu’à mardi pour envoyer les photos à Jean-Pierre!!

un dernier dessin pour JP (comme une cuillère pour…) avant de partir  :

• Dimanche extra beau, programme et promenade du dimanche :
l’eau de l’étang est fraîche- baignable
On voit loin sur le promontoire rocheux entouré de genêts
& le soir les ombres de la glycine jouent sur le mur

 

 

• Lundi, reprise, refaire une vitrine, la commencer, pour annoncer les bancs dans la forêt du souvenir :

• Envoyer un mail à MissTic, lui demandant l’autorisation de reproduire en ouverture une de ces photos de pochoir (2018) dans le journal de PEC de juin :
J’espère qu’elle sera d’accord..!!!

• Mardi matin, pas de réponse, mais un message de Jean-Pierre, en son jour d’anniversaire :
accompagné d’un tableau-objet de Joaquin Torres Garçia
« alors là oui, je vais passer une belle journée avec cette entrée en matière
la vitrine de poésie à mon honneur avec sa bulle et son pointillé, tout ça me réchauffe la tête et le coeur
des bises, des bises, jp »

• et puis aussi, en réponse à mon mail intitulé « remettre ça sur le tapis« , puisque nous avions déjà évoqué l’idée de fabriquer un chassis (géant, alors, après avoir été épaté par le travail d’Alexandra Kehayoglou) et de s’équiper. Ça pourrait être bien plus simple et modeste, c’est à dire plus léger !

« eh oui ! c’est vraiment l’outil magique
(avec une jolie transformation apparente de mouvement circulaire en mouvement de translation alternatif )
(et tu as vu, il est capable du pire, l’outil magique )
donc, oui oui qu’est-ce qu’on attend ? (j’ai un énorme problème avec les points d’interrogations en ce moment, ça ne se voit pas : mon clavier déconne, c’est un défaut sur la série de macbook, mauvaise pioche ! en bref je ne peux plus faire de point d’interrogation je suis obligé d’aller en chercher un pour le copier et le coller, c’est compliqué…c’est compliqué de se poser des questions…je vais peut-être arrêter de poser des questions, ou alors toutes les regrouper en paquet chaque jour)
affirmatif : faut plus attendre pour rebricoler ensemble, j’ai envie de rebricoler des tapis, étagères, tarots »

youpi!!

(A Tulle, après la manufacture de masques, ouvrir une petite manufacture de tapis pour relancer les affaires ?!!)

et puis, en ces temps où l’animation culturelle est sur le tapis….


à suivre, suite

Date : 15 mai 2020

• Rdv vendredi soir à la forêt du souvenir, pour causer bancs et emplacements :

(bien contente de vous revoir détendu.e.s au vert..!)
David, Dominique et Marie ont ce banc simplissime en poche :
En rentrant, je cherche d’autres modèles de bancs rondins, par curiosité :
 

• et je reçois un mail de Jean-Pierre :
« ohé Fabienne
je t’envoie des bancs suspendus pour ta collec (ah ! je rêve que tu les trouves dignes de faire partie de ta collec)
on les avait construits avec Jérémie à l’ENSA Limoges  »

Bien sûr qu’ils sont dignes de la collec, même des très belles pièces !
Je crois que celui que je préfère est le plus rustre (et pas suspendu, du coup), la chaise-longue palette!!
Allez voir les constructions made in Jean-Pierre !

• & en attendant qu’il y ait des bancs (simples et sobres dans l’idée, la mise en œuvre et l’esthétisme) dans la forêt du souvenir, un portrait volé de Manée :
• & des fleurs de navet cueillies dans le jardin de Serge, juste au-dessus de la forêt, pour accompagner (un petit goût de moutarde et de raifort) la salade du dîner :
 » Dites-moi, mon chou, poursuivit-elle, c’est Lotus pensif, votre pseudo, ou Fleur de Nave ? »
M’as-tu vu en cadavre ? de Léo Malet (1956), dans Les enquêtes de Nestor Burma et les Nouveaux mystères de Paris (10e).
• & on repart chacun avec un butin, offert par Marie,
frais du jour :

C’est con, on n’avait pas pensé amener de quoi se faire un apéro-forêt (sauf les moustiques tigres qui ont dévorés Louise!), avant le travail qui nous attend les semaines qui viennent..!!

 

• & pour finir, les livres, éditeurs, libraires… Une réflexion à suivre (plusieurs, au choix) ici


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