en passant

24 août 2020


En passant en ville, voir une nouvelle affiche

& puis commencer à accrocher les dessins à l’église saint-Pierre pour l’expo, c’est impossible de rivaliser avec la lumière ! (heureusement ou malheureusement, c’est fugitif!)


transat la suite

24 août 2020

une 2nd atelier, qui ne ressemble pas au 1er, avec 4 participants.

Voilà le choix de nos photos : cette fois, nous avons été au monument des martyrs du 9 juin 44, devant le foyer des jeunes travailleurs où il y a une belle photo avec  un tag qui nous saute à la gueule chaque fois qu’on prend cette route, tout au bord de la Corrèze, devant la préfecture et devant la mairie, au cimetière encore, et “en ville”…
L’occasion aussi pour les jeunes gens originaires d’ailleurs de découvrir l’histoire de Tulle.

Pas besoin de commentaires, nos photos parlent toutes seules… 

& d’autres photos non sélectionnées :


une pensée de résistance

19 août 2020

Un message de Sylvie ; ce serait une bonne idée à Tulle, dans un magasin vide, à côté du Lieu/lien…


un transat où on se repose pas

18 août 2020


un 1er atelier les 10 & 11 août pour Transat, avec PEC
(dispositif Transat, festival de résidences dans le cadre de l’été culturel proposé par le Ministère de la Culture, une initiative conjointe des Ateliers Médicis et du Ministère de la Culture)
Ecriture, mise en forme d’un panneau, et photos tous ensemble, sur différents sites de la ville choisis par les participant.e.s., une occasion pour moi de découvrir plein d’endroits inconnus, de l’école d’Etienne devenue squat quand il était ado et maintenant promise à une maison de retraite (!), aux petits HLM où Dominique a habité jusqu’au cimetière panoramique!

Y’a de belles photos! :


& des belles aussi parmi celles qui n’ont pas été choisies :
   


sécher

18 juillet 2020

Jean-Pierre est venu à Saint Pardoux vendredi 10 juillet présenter leur nouveau projet avec Zoé, l’occasion de le voir en début de semaine chez Raphaëlle pour les 400 ans du Mons, devenu le roi de la broderie, pour une broderie collective sur un drap en métis magnifiquement bleu.

Pendant ce temps, plein d’autres activités, rencontres, discussions et repas, et pour moi, l’occasion de recroiser la route du feutre abandonnée depuis plusieurs années, en proposant de faire 2 couvertures avec les laines qui emplissaient ma trop petite voiture. On en voit une qui sèche au loin.

• & justement, en parlant de sécher, le lendemain 15 juillet, retour au Lieu/lien pour y trouver une inondation.

L’eau coule du plafond depuis plusieurs jours, après avoir imbibé successivement tous les étages depuis le 3ème ainsi que l’escalier de l’immeuble, vide depuis juillet, et dégouline…
Toutes les affiches sont détrempées, 5 cm d’eau dans le pot à crayons sur la table devenue mare, histoire de constater par exemple qu’une gomme ne flotte pas…

Heureusement dans notre malheur, mes dessins sur les murs sont gondolants mais épargnés, aucun ne s’est décroché…

Le carton avec le stock des jeux de cartes de l’atelier est tellement imbibé qu’on peut en suivre la trace jusqu’à la poubelle plus loin…

 

On ouvre les poches d’eau du plafond en évitant de se prendre des cataractes sur la gueule (David apprécie son chapeau), on laisse les seaux sous l’eau qui continue de goutter (on a réussi à aller dans la cave fermer le maudit compteur avec la petite molette de débit qui tournait sans arrêt), on serpillère, on éponge, on déplace les éléments pour soulever le lino que le sol puisse aussi sécher…

La peinture au plafond gorgé d’eau est venue toute seule, maintenant sécher les plâtres… & que l’affreuse odeur disparaisse…

Adieu à plus de 140 affiches stockées là, numériques ou en typo, un paquet d’heures de travail…
Dur pour les rêves de travailler agréablement au Lieu/Lien cet été… Fin de résidence à tordre merev…
& enlever cette odeur infecte et tenace… direction la droguerie Neige, pour 2 kg de bicarbonate…

• & puis il fait un temps de chiottes.
Le lendemain, direction Clermont-Ferrand sous la pluie avec un pull et un kabig pour aller chercher une grande table en chêne pour la future expo à l’église.

On la range au sec, car là aussi, il y a des problèmes quand il pleut, à cause d’un regard bouché, que personne n’a débouché depuis presque 2 mois que ça a été signalé et demandé… & ça sent aussi l’humidité, damned, moi qui veut mettre des tapis (peints) au sol…
Un pâle soleil apparait dans mon malheur, qui projette une faible lumière de vitrail, il est 15h30.

Ce n’est pas comme la dernière fois, avec David, un matin, où la forme se déplace très vite avec le soleil !

• Ciel bouché, et cette semaine du 14 juillet, pas d’affichage supplémentaire de la dizaine d’affiches, sauf une sur le kiosque, en haut, pour les gens qui lèvent la tête…

Suite la semaine prochaine, alors…

• & comme le kiosque est près du théâtre, vendredi 16h, rendu d’un travail (5 jours X 4h) avec une dizaine d’ado et mineurs isolés avec Marie-Pierre Bésanger, qui a déjà travaillé avec PEC et qui propose des ateliers avec des jeunes au mois d’août ; c’était bien et ça donne envie de travailler avec ces jeunes ! J’espère que certains d’entre eux participeront aussi aux ateliers que je propose !
Car les dispositifs artistiques post-covid pleuvent, comme dirait Manée…

• Justement, le projet :

Contactez-moi pour les inscriptions!

• & puisque PEC proposait cette semaine un film sur Giovana Marini :

un cadeau à écouter

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c’est pas les vacances

9 juillet 2020

• A Tulle, la chasse aux affiches a commencé ;
va falloir choisir les heures sans trop de reflets pour les photos! (merci Serge!)

 

Déjà, celle qui est à côté de la médiathèque (qui n’ouvre pas à l’aube)


& puis “en ville”, qui tourne le dos à la tour administrative..!

• Pendant ce temps-là, poursuite des dessins dégradés…

ben oui, un incessant travail de fourmi…
(Rêves de mécène, de collectionneurs, de galerie soutenante, de loto même sans gros lot, …, d’être moins con…, pour pouvoir travailler enfin posément, avoir le temps de développer son boulot, entre autre en céramique-verre,  sans s’angoisser pour bouffer, pour acheter du matos, sans courir après le temps, sans se dissiper en “animations” diverses et variées, intéressantes ou non mais rendues telles pour que ce soit supportable, sans faire d’incessants dossiers pour gagner 3 tunes qui prennent du temps et de l’énergie pour rien sauf une fois sur 100…, pfff… quel combat !)
• Sur le front du verre, reprise aussi du chalumeau :

• & puis, un atelier d’été qui se profile (au mois d’août) :
(on va vite établir un calendrier, et si jamais ça vous intéresse, seul.e ou en famille, contacter-nous ! PEC tel : 05 55 26 38 96 )

S’écrire dans la ville
Nous avons dans « notre » ville des lieux mythiques personnels, positifs ou négatifs.
Des choses personnelles à dire, par rapport à notre vie, au monde, que nous n’exprimons pas ou peu.
Comment formuler ces paroles au plus juste pour les porter dans l’espace public de notre choix sous une forme plastique et en donner connaissance aux autres le temps d’une prise de vue.
Quel est notre rapport à la langue, à notre parole intime donnée à voir, au choix que nous faisons d’être photographié (ou non), comment et où ? Vivre cette expérience en groupe, aidé par la bienveillance de tous, nous permet–il plus facilement de dépasser nos réserves ?
De nous « inscrire » plus facilement dans une ville qui nous semble parfois étrangère, suivant d’où nous venons et vivons. De partager un moment de vie et de création sans être cantonné à notre espace habituel. D’être tous logé à la même enseigne de l’ « étrangeté » de cette création, que nous soyons enfant, ado, adulte, pauvre, migrant,… quelque soit notre âge et statut social.
Être ensemble pour créer une œuvre à la fois personnelle et collective. Expérimenter la photographie avec son téléphone autrement, ni souvenir ou partage sur les réseaux sociaux, mais acte de création. Choisir ensemble la photographie qui nous semble emblématique pour chaque prise de vue. Voir se dessiner un autre territoire, enrichi par la parole de tous.

Déroulement des ateliers après présentation du projet :
— atelier(s) d’écriture
— choisir comment écrire sur un support (lequel ?) qui se voit de loin
— partir en groupe en expédition photographique :
– chacun choisit son (ses) lieu(x) de « représentation », comment y poser ses mots, comment s’y poser (ou non) soi-même
– tout le monde prend des photos de la « scène », en pensant au(x) cadrage(s), comment mettre le plus en valeur cette parole accompagnée donnée à voir
— nous choisissons ensemble une photographie pour chaque lieu, parmi les photos de tout le monde
— rapidement, nous pouvons les imprimer et avoir une vue d’ensemble de notre travail, parler de cette expérience pour chacun et du résultat collectif.
— nouvel atelier d’écriture (et lecture) devant chaque photo
— petite exposition de nos travaux dans une vitrine en ville (Lieu/lien)


en ville

3 juillet 2020

Pourquoi tout doit se faire toujours dans l’urgence ?!
Mais ça vaut le coup, une dizaine de grandes affiches en ville avec les nouveaux dessins, youpi, même si le calibrage des couleurs dessins/scan/ordi/repro peut laisser dubitatif..!
De toute façon, une affiche, c’est autre chose qu’un dessin original quand il ne s’agit pas d’une affiche d’expo ou d’une repro pour un catalogue, avec une photogravure impec..!
& puis, voir que ça tient bien l’agrandissement, et que ça ne fait pas des affiches “indifférentes”, et vraiment nouvelles pour moi, ça me fait grand plaisir et encouragements !

Donc, c’est extra!!

A suivre pour la chasse aux affiches en ville, installées la semaine prochaine, normalement..

des éclairs à jour également dans le journal de PEC de juillet :


atelier d’écriture du mardi – N° 39

2 juillet 2020

atelier 39, mardi 30 juin
• extrait de Georges Perec, Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

Il y a beaucoup de choses place Saint-Sulpice, par exemple : une mairie, un hôtel des finances, un commissariat de police, trois cafés dont un fait tabac, un cinéma, une église à laquelle ont travaillé Le Vau, Gittard, Oppenord, Servandoni et Chalgrin et qui est dédiée à un aumônier de Clotaire Il qui fut évêque de Bourges de 624 à 644 et que l’on fête le 17 janvier, un éditeur, une entreprise de pompes funèbres, une agence de voyages, un arrêt d’ autobus, un tailleur, un hôtel, une fontaine que décorent les statues des quatre grands orateurs chrétiens (Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon), un kiosque à journaux, un marchand d’objets de piété, un parking, un institut de beauté, et bien d’autres choses encore.

Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages.

1
La date : 18 octobre 1974
L’heure 10 h. 30
Le lieu Tabac Saint-Sulpice
Le temps : Froid sec. Ciel gris. Quelques éclaircies.

Esquisse d’un inventaire de quelques-unes des choses strictement visibles :
— Des lettres de l’alphabet, des mots « KLM » (sur la pochette d’un promeneur), un « P » majuscule qui signifie « parking » « Hôtel Récamier », « St-Raphaël », « l’épargne à la dérive », « Taxis tête de station », « Rue du Vieux-Colombier », «Brasserie-bar La Fontaine Saint-Sulpice », « P ELF », «Parc Saint-Sulpice ».
— Des symboles conventionnels : des flèches, sous le « P » des parkings, l’une légèrement pointée vers le sol, l’autre orientée en direction de la rue Bonaparte (côté Luxembourg), au moins quatre panneaux de sens interdit (un cinquième en reflet dans une des glaces du café).
— Des chiffres : 86 (au sommet d’un autobus de la ligne no 86, surmontant l’indication du lieu où il se rend : Saint-Germain-des-Prés), 1 (plaque du no 1 de la rue du Vieux-Colombier), 6 (sur la place indiquant que nous nous trouvons dans le 6e arrondissement de Paris).
— Des slogans fugitifs : « De l’autobus, je regarde Paris »
— De la terre : du gravier tassé et du sable.
— De la pierre : la bordure des trottoirs, une fontaine , une église , des maisons…
— De l’asphalte
— Des arbres (feuilles, souvent jaunissants)
— Un morceau assez grand de ciel (peut-être 1/6e de mon champ visuel)
— Une nuée de pigeons qui s’abat soudain sur le terre-plein central, entre l’église et la fontaine
— Des véhicules (leur inventaire reste à faire)
— Des êtres humains
— Une espèce de basset
— Un pain (baguette)
— Une salade (frisée ?) débordant partiellement d’un cabas

Trajectoires:
Le 96 va à la gare Montparnasse
Le 84 va à la porte de Champerret
Le 70 va Place du Dr Hayem, Maison de l’O.R.T.F.
Le 86 va à Saint-Germain-des-Prés
Exigez le Roquefort Société le vrai dans son ovale vert

Aucune eau ne jaillit de la fontaine. Des pigeons se sont posés sur le rebord d’une de ses vasques.
Sur le terre-plein, il y a des bancs, des bancs doubles avec un dosseret unique. Je peux, de ma place, en compter jusqu’à six. Quatre sont vides. Trois clochards aux gestes classiques (boire du rouge à la bouteille) sur le sixième.

Le 63 va à la Porte de la Muette
Le 86 va à Saint-Germain-des-Prés
Nettoyer c’est bien ne pas salir c’est mieux
Un car allemand
Une fourgonnette Brinks
Le 87 va au Champ-de-Mars
Le 84 va à la porte de Champerret

Couleurs :
rouge (Fiat, robe, St-Raphaël, sens uniques)
sac bleu
chaussures vertes
imperméable vert
taxi bleu
deux-chevaux bleue
Le 70 va à la Place du Dr Hayem, Maison de l’O.R.T.F.

méhari verte
Le 86 va à Saint-Germain-des-Prés
Danone : Yoghourts et desserts
Exigez le Roquefort Société le vrai dans son ovale vert

La plupart des gens ont au moins une main occupée : ils tiennent un sac, une petite valise, un cabas, une canne, une laisse au bout de laquelle il y a un chien, la main d’un enfant.
[…]
Walon déménagements
Fernand Carrascossa déménagements
Pommes de terre en gros
D’un car de touristes une Japonaise semble me photographier.
Un vieil homme avec sa demi-baguette, une dame avec un paquet de gâteaux en forme de petite pyramide
[…]
Venant de la rue du Vieux-Colombier, un 84 tourne dans la rue Bonaparte (en direction du Luxembourg)
Un car, vide.
D’autres Japonais dans un autre car
Le 86 va à Saint-Germain-des-Prés
Braun reproductions d’art
Accalmie (lassitude ?)
Pause.

• Un texte de Richard Brautigan extrait de  Tokyo Montana express

• Des poèmes de Pierre Tilman extraits de  Le choix des couleurs


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1 — Allez vous balader dans le quartier.
Choisissez un endroit, notez ce que vous voyez de la façon la plus exhaustive possible, les gens que vous rencontrez, vos pensées qui s’y mèlent.

 

 

Dominique :

 

 

Sylviane :
(qui avant de m’envoyer ses textes tapés m’a envoyé ce mail :
Bonjour Fabienne je n’ai pas encore tapé mes textes. Je suis très occupée en ce moment parce que j’écris les histoires de vie de 3 demandeurs d’asile qui m’ont demandé pour leurs dossiers Ofpra. C’est très douloureux pour eux alors c’est un travail très long parce que je ne veux pas les bousculer. Il faut que je finisse pour mardi ou mercredi. Des que je peux je t’envoie les textes. Je laisse mon cahier sur la table pour y penser. Bonne journée)

 

 

 

2 — Placez-vous à un autre endroit, prenez une autre approche de description.

 

 

Dominique :

 

 

Sylviane :

 

3 — Qui êtes-vous ?
description, questions, divagations

 

 

Dominique :

 

 

Sylviane :

Manée :
Petite, brune, peut-être ça se voit moins maintenant avec la vieillesse mais les pommettes saillantes et les yeux un peu en amande qui ont laissé souvent soupçonner des origines chiliennes ou japonaises, voûtée à cause d’une mauvaise scoliose pas soignée ; sourde, c’est pénible et parfois avantageux, assez susceptible, pas très directe, assez inhibée (même si moins qu’avant, il serait temps), assez maladroite de mes mains sauf pour cultiver la terre, éclectique et j’aime cela, capable de faire beaucoup de choses à la fois ; j’aime les couleurs, le cinéma, lire, jardiner, travailler à des projets pour Peuple et Culture, regarder la mer mais c’est si rare.
Souvent j’en me demande comment les autres me voient, quel est le son de ma voix entendue de l’extérieur, comment je réagirais si j’étais torturée ou simplement si j’avais très peur, qu’est ce que je serai devenue si je n’avais pas rencontré X ou Y, combien de temps il me reste à vivre, comment je vais mourir.
J’aurais aimé être un rouge gorge un peu apprivoisé mais pas trop, prés d’une maison sans chat dans le coin, une mésange dans un creux de mur de pierres chauffé par le soleil ou une hirondelle pour crier comme elles ; j’aurais aimé être une chatte mais qui n’aurait pas aimé tuer les oiseaux ; j’aurais aimé être une panda même s’il parait qu’ils ont une libido très faible ; j’aurais aimé être chilienne ou russe, j’aurais aimé être menuisière, savoir danser, dessiner, coudre, savoir construire une cabane presque maison en bois.

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& voilà, c’est fini pour aujourd’hui !

L’atelier reprendra l’année prochaine (je compte en année scolaire!) sous une autre forme…
A suivre..!

 


atelier d’écriture du mardi – N° 38

24 juin 2020

atelier 38, mardi 23 juin
Aujourd’hui nous sommes dans la « forêt du souvenir ».
Nous allons travailler à partir du livre de Opal Whiteley, La rivière au bord de l’eau (ed. La cause des livres)


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Avec Manée, Sylvie, Raphaëlle et David, de 19h à 21h, au soleil doré du soir d’une belle et chaude journée

Lecture des extraits du livre et des consignes, et en route!

1 – Vous connaissez l’histoire de la “Forêt du souvenir“.
(sinon, voir sur le blog)
Ces arbres ont été plantés en souvenir d’hommes, pour ne pas oublier leur mort en juin 44 (il y a 76 ans), mais aussi leur vie.

Ils auraient pu être vos (grands-)pères ou oncles ou voisins…
Choisissez un arbre, et à partir des histoires de votre famille, écoutez-le vous parler. Qu’a-t‘il a vous raconter, dire ou/et taire ?
Entrez en dialogue.

Chacun lit devant “son” arbre :


Je ne sais pas qui je « représente » entre guillemets, qui je porte en moi contre l’oubli, ils étaient 99, nous ne sommes que 60 et quelques
donc on ne peut pas dire tel arbre tel homme massacré et c’est bien ainsi
parce que c’est la forêt qui compte, un ensemble, une communauté, les racines qui s’entremêlent dans des réseaux insoupçonnés, les branches qui s’appuient les unes sur les autres, l’humus que nous avons secrété ensemble depuis des années, les taches de soleil qui nous inondent les jours de soleil,
la pluie qui ruisselle de l’un à l’autre les jours de pluie et l’hiver le gel et les craquements qu’ils provoquent en nous en une étonnante partition.
Et la vie tout autour dans les jardins
comme une renaissance —
Car le silence quand il s’agit d’eux est souvent trop lourd, trop, trop bien comme il faut, trop militaire, trop le devoir de mémoire
Je ne sais pas qui je « représente »
qui je porte en moi contre l’oubli
mais parfois je me prends à penser que ce pourrait être Theillet, ce jeune qui n’a pas accepté de se faire pendre et qui a sauté de l’échelle dans la rivière au dessous de lui et qui pendant quelques secondes ne s’est pas résigné, a décidé.


Chêne américain
On m’a planté là en souvenir des hommes qui sont morts pour certains pendus, pour d’autres partis dans des trains et morts plus tard dans des souffrances plus longues et plus dures.
Quelle responsabilité pour un jeune chêne américain, que d’être avec les camarades les gardiens de ce lieu, d’avoir la lourde tâche de donner à penser aux personnes qui marchent paisiblement parmi nous.
Je ne te connais pas, toi qui est né bien avant moi, je sais que tu préfères les forêts sauvages et difficiles à traverser. Je suis l’arbre d’une forêt politique, symbolique, je suis un agent municipal au service des habitants.
Si tu aimes tant les arbres, c’est peut-être que les pays du nord d’où viennent ta famille n’ont plus d’arbres, les guerres et la grande agriculture nous ont un peu exterminé, il nous reste quelques parcs et quelques domaines où nous coulons encore des jours heureux.
J’espère que mon statut d’arbre politique me permettra de devenir très vieux, mais je me méfie avec vous autres les humains.
Chaque jour, j’entends par mes racines que des pans entiers de forêts disparaissent dans tes collines. Finalement, chaque arbre devrait avoir un statut politique, voir même de réfugié politique.
Allez petit, réfléchis à tout ça et revient me voir de temps en temps.


« Victoire » dit ce grand chêne d’Amérique planté en face de moi. Victoire ? A moins que ça ne soit « Victor ». Car son houppier s’est séparé en deux à quelque 10 mètres de haut. Ce qui fait qu’il a 2 têtes et que ces 2 têtes sont deux branches qui s’élèvent vers le ciel pour former un V. Le V de Victor. Pile face à moi. Il y en a eu des Victor dans la famille. Des Victor et des Henri. Une fois sur deux. Comme ça on peut suivre.
Tout de suite, il est un peu muet. L’arbre j’entends. Il a compris que je ne suis pas très « famille ».
— Mais qu’est-ce que tu leur veux à ces Victor ?
— J’aimerais comprendre pourquoi je ne connais que très peu de leur vie. Leur vie intérieure je veux dire. Ce qui les émerveillait, ce qui les faisait souffrir. Pourquoi et à quelle occasion ils ont fait planter des arbres tiens par exemple.
— Mais tu crois vraiment que tout cela peut se consigner ?
— Ben, vu la quantité d’archives de comptes que j’ai, je pourrais espérer quelque extravagance…


Dans les moments de tempête beaucoup d’arbres succombent.
Les plus jeunes, les plus frêles, ceux qui poussent à l’ombre des grands chênes, ceux qui ont besoin de l’ombre des grands arbres sont fragiles. Ils prennent le temps de pousser leur cime vers la lumière, ils ont le temps. Et petit à petit les grands arbres s’écartent pour les laisser grandir, s’étirer et s’allonger.
J’étais un de ces jeunes arbres, maigre et un peu dégingandé. J’aimais regarder les ronds de lumière se déformer et se déplacer dans la clairière, voir s’enlacer nos branches pour faire un berceau de feuillage ou encore à regarder la lune et son ombre pâle. Et je restais, tranquille, coller contre le tronc de mon grand frère. Nous étions nombreux à habiter cette petite combe fraîche et herbeuse.
Mes parents, Clovis et Marie-Louise avaient choisi de m’appeler James, mais en vrai tout le monde m’appelait Robert. Mon grand frère s’appelait Robert mais on l’appelait Fernand. C’était comme ça.
La première fois que je suis parti de chez moi, c’était en 1939. On m’a envoyé à Dijon. J’étais avec des gens que je ne les comprenais pas, ils étaient limousins. Les allemands sont passés tellement vite, qu’ils ne se sont pas arrêtés. On ne savait pas, nous ! Alors on est rentré à la maison.

& nous écoutons religieusement!

Dominique était absente et a fait l’atelier ailleurs :

2 — Transposez et faites-vous une forêt du souvenir personnelle (au moins 10 arbres personnalisés)
Nommez les arbres, et pour chacun d’eux, adressez-vous à lui.

Sylvie :

A la naissance de Julien, notre fils aîné, ses grands-parents ont planté un châtaignier, évidement, pour des limousins… A la naissance de Camille, un chêne, puis à la naissance d’Elsa, un pommier. Celui d’Elsa, il a fallu le planter deux fois. Régulièrement nous allions leur rendre visite, nous faisions une procession familiale pour leur offrir nos hommages.

Je me souviens aussi de la charmille dédiée aux goûters, et de la petite table de tôle autour de laquelle nous pouvions nous asseoir. Le charme modeste de cette demoiselle nous faisait garder le silence.

Ce n’est pas comme ce tapageur de cèdre du Liban, grandi trop vite, et étêté alors qu’il avait à peine vingt ans. C’était le préféré de Pierrette. Chaque printemps, elle se désolait de voir les oiseaux picorer le jeune bourgeon qui se formait à sa tête. Après quelques années, il a bien fallu se résoudre à l’abattre.

Un autre charme : celui que Dorothée enlaça. Dès qu’elle croisait le chemin des charmes, elle les embrassait. Elle les embrassait tous. Elle faisait leur portrait et les transfigurait de rose et de mauve, de bruns et de verts sombres, leurs ombres les précédaient et les accompagnaient toujours. Ils allaient par deux ou par trois, et le bel ovale de leur feuillage serré coiffait leurs troncs bien droits.

La première chose que je faisais au printemps était d’aller visiter le bois des grands pins plantés contre le petit bois. J’y courais dès la première journée de soleil. J’inspectais les écorces de chaque arbre et dénombrais les gendarmes qui s’y étaient installés. En revenant vers la maison, je longeais la lisière et m’arrêtais ramasser des fraises des bois que je mettais dans un petit bol fabriqué avec des feuilles de noisetier assemblées.

Près de la rivière, le sureau. J’aimerais tant me rappeler la façon dont mon grand-père faisait des sifflets avec tes fines branches. Je me souviens seulement qu’il entaillait ton écorce tendre, la tapotait avec le manche de ton couteau Opinel et la faisait doucement et soigneusement glisser autour du bois. Il pratiquait une encoche dans la peau de ton écorce pour laisser passer l’air. A chaque fois le miracle s’accomplissait. Le sifflet ne pouvait vivre au-delà de quelques heures. Cela se passait près du moulin Enragé où au début de l’automne nous allions faire moudre les cerneaux de noix écalées lors de veillées où nous buvions du vin nouveau. Les vendanges étaient tout juste achevées, les arbres fruitiers nous avaient donnés leurs fruits, et je commençais à espérer la chaleur de la distillerie où je savais que je retrouverais mon père après ma journée d’école.

Le tilleul de l’école. Combien de fois avons-nous joué, accroupis dans la poussière, entre les racines tortueuses du vieux tilleul. Nous ramassions de petits cailloux, des brindilles, des mousses, des lichens et des fleurs que nous assemblions en constructions troglodytes. Très affairés à nos jeux, nos récréations se passaient dans cette ambiance secrète où nous rêvions de maisons accrochées à de hautes falaises.

L’arbre de Diane. C’est un géant ! Il est immense et se dresse majestueusement vers le ciel avant de laisser retomber vers le sol trois énormes branches qui à leur tour se redressent pour former les piliers d’une nef. Les enfants l’escaladent, s’y cachent et y jouent, les grands s’y promènent, admirent sa voûte et s’y reposent, son ombre douce abrite du soleil et le vent n’y pénètre pas.


David :
Salut à toi « le tordu », tout le monde t’a marché dessus petit, cassé des branches, les chevreuils t’ont mutilé, écorcé, et pourtant tu es encore là. Tu es un peu moche certes, mais tu as tenu le coup.

& toi, le demi cramé, si tu te voyais avec tes moignons de chêne charbonneux, dis-donc y z’y sont pas allés de main morte là-haut, tonnerre de Zeus ! Je vois que ça et là tu as encore des branches bien feuillues, comment fais-tu pour être encore vivant avec tout ce que tu as pris dans le buffet ?!

Salut « gros papy », dis-donc pour un charme tu te portes à merveille, vu ta taille, t’as au moins connu Charlemagne, quoi ? tu es classé arbre remarquable, par Jean-Claude Chataur, c’est qui, un copain de Charlemagne ?
Allez l’ancêtre, si tu es classé, c’est que tu as vraiment la classe, j’aurai disparu depuis longtemps que tu trôneras encore dans la vallée.

Tiens, vieille trogne, je te vois depuis que je suis tout jeune, t’as pas changé, peut-être perdu quelques morceaux, vu ta taille, tu étais un sacré châtaigner, j’aime bien te regarder, avec tes yeux torves ; ta bouche aux grandes dents noires, tu ferais peur aux enfants si tu pouvais leur parler de ta voix caverneuse des temps immémoriaux, où les vivants et leurs cochons subsistaient grâce à toi. Quelle bien sombre maladie vous a donc emporté, toi et tes camarades ?

Le Rouquin dans la peinture, un immense hêtre pourpre se mourait dans le parc du château.
Leurs propriétaires m’ont demandé de faire ton portrait en peinture alors que tu étais mort la saison dernière, encore debout mais mort. J’ai dessiné précisément chacune de tes branches et j’y ai remis des feuilles. Ça m’a coûté un tel travail que je t’en veux terriblement. Surtout que tes feuilles sont vertes d’un côté, rouges de l’autre. Pour un peintre, c’est un véritable casse-tête.

La Fontaine, je te connais depuis l’enfance, tu es couché dans la pente, toujours vivant mais ton tronc est comme une gouttière, l’eau s’écoule dedans quand il pleut et remplit un petit abreuvoir à la base de ton tronc. Tu es un miracle. Aucun arbre n’est comme toi, tu as toujours un peu d’eau pour les visiteurs de la forêt, grands et petits, qui viennent le jour et la nuit.


Manée :
1- Le ginko de ma grand-mère
Sais-tu que je t’ai planté il y a maintenant 12 ans juste à la place du noyer sous lequel ma grand-mère est morte subitement un matin en épluchant des légumes près de son jardin qui est maintenant le mien — c’est Gilbert le voisin qui l’a trouvée en conduisant ses vaches au pré — ce noyer est devenu mythique avec cette histoire et aussi avec la tempête de 1982, la première grande tempête dévastatrice d’arbres. J’étais chez mes parents avec mon frère (qui histoire familiale d’arbres, des années après s’est tué en tombant d’un magnolia dont il voulait couper une branche haute) nous avons vu le noyer commencer à se pencher, et nous avons bien cru qu’il allait se déraciner, mais non il reste penché quasiment à 45° et il est devenu mythique une deuxième fois parce que les enfants l’escaladaient sans que les parents ne s’effarouchent du rituel, les adolescents s’y allongeaient pour jouer de la guitare, les chats s’y endormaient.
Et la légende de « attention ne vous allongez pas à l’ombre des noyers elle est trop fraîche et dangereuse » perdurait, d’ailleurs tout le monde savait que la grand-mère y était morte.
Un matin après des jours de forte pluie quand je suis sortie de la maison tôt pour aller travailler j’ai eu une curieuse sensation, en fait je ne m’étais pas aperçue tout de suite que le noyer si familier, si immuable était tombé pendant la nuit, si délicatement qu’il avait même évité un petit camélia planté peu avant.
Il y a soudain un drôle de vide qui a duré plusieurs jours.
Et puis j’ai constaté qu’il y avait plus de lumière dans la maison alors j’ai eu envie de te planter, toi ginko, plutôt étranger dans ce pays et qui à l’automne devient un arbre de lumière.

PS : j’adore utiliser tes feuilles d’or comme marque page

2 — Le douglas de mon grand-père
Tu es tellement immense avec tes 110 années
Je ne sais pas si tu te souviens mais quand j’étais petite tu avais déjà de grandes racines en partie apparentes qui formaient de petites cavités,
Je disais que c’était de petites étables et j’avais comme lui 13 vaches (des petites pommes de pain) et ma préférée c’était la banou celle qui n’avait qu’une corne parce qu’elle n’était pas comme les autres. ( En patois d’ici, pour corne on dit bane )

3 — Le châtaignier un peu déplumé dans le haut du pré
Je suppose que tu as bien conscience que sous toi sont enterrés des générations de chat, ….Et de chiens : Pillou, Baloo, Sapho, Trèfle, Bohème et qu’ils t’ont enrichi de leur matière organique

4- Avant de lire ces textes de Opale Whiteley et d’essayer de suivre les consignes de Fabienne Yvert, je n’avais jamais pensé, hors des occasions familiales, amicales, ou amoureuses à planter des arbres pour constituer une forêt du souvenir plutôt de personnages que j’aime ou que j’admire, qui m’ont « guidée » entre guillemets ou bien dont je pense que ce serait bien qu’on se souvienne un peu plus d’eux. Et comme il ne me reste que 7 arbres à personnaliser, je vais avoir du mal à choisir.

Disons pour commencer Louise Michel / un bouleau au feuillage léger
Parce que sa légèreté, quand de sa prison elle écrit sur les mésanges charbonnières va bien avec ton feuillage léger.

5- Miguel Enriquez / un châtaigner majestueux
Les militaires l’ont criblé de balles dans une rue du quartier Sante Fe à Santiago du Chili, je crois qu’il serait bien dans une de tes bogues, tellement douce à l’intérieur, piquante à l’extérieur.

6 – George Sand
Peut-être le cerisier sauvage et le charme qui ont poussé en s’enlaçant au bord de l’étang, je ne choisis pas entre vous deux car un arbre seul ne lui conviendrait pas je crois.

7- Simone de Beauvoir/ ?
Le 9 janvier prochain,  ( c’est le jour de naissance de Simone de Beauvoir et c’est aussi le jour de naissance de mon frère qui est mort en tombant d’un arbre, ça n’a rien à voir sauf que c’est des histoires d’arbres mais ce n’est pas la faute de l’arbre… ) bref le 9 janvier prochain je choisirai un arbre pour elle dans ma forêt du souvenir en construction, je ne sais pas encore lequel mais je regarderai et je l’imagine avec une sorte de turban de branches au haut de son tronc.

8- Ariane Mnouchkine / le vieux chêne au fond du pré
Elle te ressemble un peu, vieille, vivante, indéracinable, solide sans être rigide, fidèle, accueillante; les biches viennent souvent l’hiver par grand froid brouter sous tes ormeaux et manger tes glands ; elle, sème des graines de langages et d’humanité dans son théâtre du soleil pour les jours de grand froid politique et comme je te vois chaque jour dans le soleil levant (quand il se lève) il me plait que dans ma forêt du souvenir tu la représentes.

9 -Les deux Simone Weil et Veil  / le hêtre et le bouleau entremêlés
Elles sont comme vous, différentes et entremêlées dans mon panthéon choisi, si opposées politiquement si proches humainement.

10- Delphine Seyrig/ un saule au bord du ruisseau
et surtout le chant de l’eau à ses pieds pour la voix de Delphine que je pourrais écouter pendant des heures.


Raphaëlle
:
Papillon.
Papillon habite la Bretagne et a été planté en double ligne dans un allée monumentale d’un kilomètre qui mène à un manoir. Papillon a donc vu la scène.
Papillon, c’est l’objet qui est entré dans le creux de mon genou quand j’avais environ 5-6 ans et que mon frère me portait sur son porte-bagage. Il est tombé, moi avec et le papillon m’a transpercée.

Vol.
Vol, c’est le fruitier que j’avais planté pour honorer la naissance d’Adrien alors que ses parents résidaient à la maison. Je l’avais planté dans ma prairie, à l’entrée du domaine. 2 jours plus tard, on l’avait volé. Je l’ai remplacé par un chêne. Plus loin, caché.

Sidération
Je suis arrivée trop tard : Une entreprise de réinsertion avait pour mission de réhabiliter le lavoir du fond du pré, à l’ombre d’un très grand chêne qui s’appelle depuis, Sidération. Ils ont commencé par vider le lavoir et pour cela, ils ont coupé ses racines à ras, bien consciencieusement. Je n’ai pu que constater les amputations racinaires qu’ils lui ont faites.
Depuis, Sidération est hémiplégique à 80 % .

Vertigineux
Tout une allée de Douglas menait à notre maison de campagne. Mon frère, qui avait démarré jeune l’alpinisme aimait à m’emmener en haut de leurs cimes. Le plus excitant, c’était de se laisser bercer au gré du vent mais surtout, d’appeler notre mère qui avait bien du mal à nous voir tant nous étions haut perchés mais qui ne manquait pas de dire « vertigineux ! »

Dangers potentiels
Des milliers d’arbres de nos forêts sont tombés à la tempête de 99. Pour l’occasion, nombre des mes amis m’avaient rejoint dans la forêt par terre de laquelle nous essayions d’extraire des grumes du tas d’arbres enchevêtrés. Le soir, bien fatigués, nous sommes rentrés à la maison. Point d’électricité, pas de chauffage. Pour survivre, j’avais emprunté un ventilateur thermique à un ami. Un de ces trucs agricoles qui pulsent des milliers de KW en quelques minutes mais qui en même temps, vous asphyxient. Cerise sur le gâteau : il ne se servait de son ventilateur que dans ses porcheries. Ainsi, l’air pulsé chauffait certes mais consommait notre oxygène en même temps qu’il se répandait une immonde odeur de porc.

Virginie Despentes
Tiens, c’est marrant, les arbres sont tous de genre masculin. L’occasion rêvée d’en nommer un Virginie Despentes.
Combien faudrait-il planter d’arbres pour symboliser les témoignages de femmes victimes des hommes à travers le monde ?

Monument éphémère.
Cette nuit là, j’aurais pu deviner que vent allait le déchirer. Il s’est ouvert en deux. Sans un cri.
Et pourtant, la déchirure laissée est très impressionnante. Le voilà à terre, presque totalement. Tout semble encore si vivant pourtant.
Moralité : la beauté ne dure qu’un temps. Mieux vaut être petit et frêle, se fondre dans la forêt et rester au milieu de ses congénères.


Dominique :

 

 

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atelier d’écriture du mardi – N° 36

10 juin 2020

atelier 36, mardi 9 juin

Aujourd’hui, nous allons travailler à partir d’extraits du roman de Iain Levison, Ils savent tout de vous (ed. Liana Levi)

Il ne vous reste plus qu’à lire le(s) livre(s) de Iain Levison..!
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Tout d’un coup, vous avez aussi ce don.
1 — Imaginez une scène où vous en prenez conscience
description, analyse des impressions, conséquences (ou non) avec quelques dialogues

Sylviane :
J’étais assise tranquillement dans mon canapé pour déguster mon café après une matinée bien remplie. Le chat trônait sur la table basse. Il me fixait depuis un moment de ses yeux verts et dorés.
Mon regard se posait sur les titres du journal, sur mon téléphone qui affichait des messages, allait voir par la fenêtre les fleurs du jardin.
Mais sans cesse, je retrouvais les yeux fixes du chat.
« Chat Pacha, j’ai oublié de laisser la porte de la cuisine ouverte ! »
C’était bien ça, je l’avais lu dans les yeux du chat !
Plus tard dans la soirée, je rencontrais un voisin sur la route et dès que nos regards se croisèrent, je sus ce qu’il pensait « yen a marre de ces jours à rallonge, quand est ce qu’on arrête de changer d’heure ? »
« Bonsoir monsieur Pechadou »
« Bonsoir madame, vous vous promenez aussi ? C’est trop long ces soirées, on peut pas dormir. Là haut ils ont pas parlé d’arrêter de changer d’heure ? »
J’étais scotchée. Le chat, bon, ça rentrait un peu dans nos habitudes mais j’avais été troublée car il pensait derrière ses yeux ; j’avais lu ce qu’il voulait. Et maintenant Monsieur Pechadou ! Avant même de le regarder, j’avais lu dans ses pensées et j’avais bien lu !
Télépathie, transmission de pensées ? Ou bien tout simplement je prêtais mieux attention aux gens, au chat ?
Le lendemain, j’avais rendez vous avec une amie pour boire un café en ville. Avant même qu’elle m’en parle, je savais qu’elle partirait très vite, elle avait un autre rendez vous…
Ça devenait amusant, je parlais en direct avec le cerveau des autres ?

David :
Je poussais la porte du bar pour boire un petit café. Je n’aimais pas trop cet endroit, il y avait un curieux mélange de gens vulgaires, de grandes gueules, d’ouvriers pressés, de paumés, d’alcoolos, de salariés d’agence bancaire, les gens, quoi. Leur café était bon donc j’y étais et puis c’est tout.
La serveuse s’affairait avec le boulot qui s’accumulait ; nerveuse, elle tirait un peu la gueule. Aussi je me faisais le plus discret possible.
Soudain une pensée me vrilla la tête, mais une pensée qui n’était pas la mienne :
«  — Ah ! Qu’est ce qu’il veut le crâne d’œuf, son petit café, comme d’habitude, j’en ai marre de tous ces blaireaux, j’ai mal aux jambes, j’aimerais rentrer chez moi ! »
— Bonjour monsieur, qu’est ce que je vous sert ?
J’étais interloqué, je ne savais pas ce qui m’arrivait. En sueur, j’avais envie de partir en courant, la panique !
La serveuse me toisait.
« — Ho ! là là, qu’est-ce qu’il a le petit bonhomme, y va pas me faire un malaise à cinq minutes de la fin de mon service ! »
Je bredouillais :
— un petit café… s’il vous plait…
J’essayais de respirer, je compris que j’entendais dans ma tête les pensées de chaque personne dans le bar : l’horreur absolue !
Ça y est, me dis-je, je suis dingue, dingo, peut être une tumeur au cerveau ou un truc comme ça !
Les gens de l’agence bancaire s’échangeaient des banalités et des vannes d’un goût douteux, l’un d’eux regardait sa collègue et un flot de pensées sexuelles plus ou moins immondes me submergea. C’en était trop, je jetai un euro trente sur la table et sortis au plus vite.

Sylvie :
J’avais rendez-vous avec Stéphane, et cela faisait maintenant un bon quart d’heure que je l’attendais à la terrasse du Caveau. Depuis plusieurs mois que nous flirtions ensemble je m’étais habituée à ses retards, c’était dans sa personnalité et j’aimais cette attente où je sentais ce plaisir de le revoir m’envahir petit à petit.
Il apparut d’abord dans le reflet d’une vitrine et il fut tout de suite après, devant moi, un livre sous le bras qu’il me tendit, “tu as pensé à acheter le dernier prix du livre inter !”.
Avec un sourire, il acquiesça, “j’ai du faire plusieurs librairies de la ville pour le trouver”. Instinctivement, je dis qu’il mentait. “C’est le dernier roman de ce jeune écrivain russe, il a tout de suite fait l’unanimité du jury “. Mes pensées s’affolèrent à l’idée que je pouvais désormais deviner les siennes. Que venait-il de se passer ? Quels changements, dont je n’avais pas eu conscience, avaient-ils bien pu se produire ? Mes cervicales me faisaient souffrir et un violent mal de tête s’abattit sur moi.
C’était venu d’un coup, comme l’orage. Au plaisir de l’attente succéda la crainte de deviner les raisons qu’il avait eu de mentir. Ce don, si c’en était un, diffusa en moi une peur sourde.

Dominique :
Un matin, je me réveille comme tous les matins en entendant l’oiseau du jardin : « Pfuuuuuuiiitt, pfuuuit, pfuuuit ! »- 1 long, 2 courts…Tiens, ça me fait penser au code morse et puis je réalise d’un coup lorsqu’il recommence qu’il y a quelque chose qui cloche : il me semble que je comprends !
—  « C’est bientôt l’heure, dit-il, elle devrait pas tarder à jeter des miettes de pain du balcon ! »
— « Eh, j’ai faim moi, s’agirait pas de louper l’heure ! Faut que je chante plus fort ou quoi ? »
Oh là, là, on se calme, me dis-je, j’ai dû me rendormir ! C’est alors que Véga, ma chatte, se glisse sous le drap et pousse ma main avec son museau, et là je l’entends dire :
— «Fais-moi des gratouilles dans le cou, s’il te plaît ; oui là, comme ça, mmmm, j’adoooore !! »
Bon sang, va falloir que je me réveille pour de bon ! J’ai du mal ce matin, pourtant je n’ai pas bu hier soir… Je me lève enfin. Le chat me précède dans la cuisine quand je l’entends encore dire :
— « Super ! ça va être l’heure où tu me donnes du beurre ! »
Alors là, je fonce dans la chambre où mon mari dort encore et m’apprête à le réveiller… Je suspends mon geste… ô stupeur, je l’entends rêver ! Je vois la scène se dérouler sous mes yeux :
Il est au volant du camping-car en compagnie d’une guitare jazz, attachée à ma place, il se tourne vers elle et lui dit : « C’est toi la femme de ma vie ! »
—  « Eh Jean-Louis, c’est quoi ce rêve à la con ? » Je le secoue, il se réveille en sursaut, me regarde et dit avec aplomb :
—  « Quoi ! Mais quel rêve ? Tu sais bien que je ne rêve jamais ! Qu’est-ce qui te prends de me secouer comme ça ? »

Là, j’ai vraiment su qu’il se passait quelque chose d’étrange. Comme si j’avais basculé dans une autre dimension… C’était très curieux comme sensation, à la fois agréable et angoissant. Que m’arrivait-il ? Cela allait-il durer ? Etait-ce une sorte d’hallucination, fallait-il appeler un médecin ? Un psy ?
Mon esprit rationnel me poussait à le faire, ma curiosité, elle, m’incitait plutôt à tester la chose. Allais-je choisir de me taire, ou d’en parler ?

Manée :
J’ai toujours été attirée la nuit par les fenêtres allumées des immeubles en ville quant au passage on distingue à peine les silhouettes des gens qui y habitent, imaginant leur vie, leurs rapports, ce qu’ils font, ce qu’ils se disent, qui ils sont, comment ils votent, quels livres ils lisent ou ne lisent pas…
Et puis un soir, je ne sais pas pourquoi j’ai eu soudain l’impression que je n’imaginais pas mais que je voyais distinctement et que je devinais ce qui se passait, une femme appuyée à son balcon, le regard au loin et de temps en temps se penchant dangereusement comme pour jauger le vide au dessous d’elle.
J’ai su qu’elle se disait : je suis à bout de cette à angoisse qui me serre le torse dès le matin, cette fois je le fais, je n’attends plus rien, de toute façon rien de bon ne viendra, à quoi bon continuer, je n’en sortirai jamais.
Je me disais, mais non c’est ton imagination mais en même temps je sentais que j’étais emportée par une soudaine capacité de voyance, une énergie étrange de percement qui m’enivrait et m’effrayait à la fois.
J’ai grimpé cinq étages comme portée, emportée, j’ai sonné à sa porte, sûre que c’était celle là, j’ai sonné encore, insisté, elle a fini par ouvrir, elle était très pâle, hagarde, qui êtes vous m’a t- elle dit, je lui ai répondu : c’est étrange, vous ne me connaissez pas mais moi je vous connais, je vous expliquerai, est-ce que là tout de suite vous viendriez prendre un verre avec moi, je connais un bon italien dans le coin.
Vous le croirez ou vous ne le croirez pas mais elle m’a suivie et les antipasti étaient fameux avec un verre de campari.

 

2 — Quelques conséquences que cela produit dans vos relations sociales et personnelles
4 petites scènes, descriptions, ce que vous entendez, ce que vous « entendez », vos réponses et pensées, avec dialogues

David :
De retour vers le bureau, je suivis une petite vieille qui pensait à son mari mort en des termes pas très flatteurs. Quand ses pensées devinrent sexuelles, je bifurquai très vite dans une autre direction.
Je commençais à évaluer l’étrange situation dans laquelle je me trouvais, et d’abord, le bureau, j’allais faire comment avec mes collègues, et si ils avaient le même truc que moi, ça serait encore plus l’horreur, moi qui me comportais comme un connard d’hypocrite avec eux.
Autant les appeler, leur signaler un problème et rentrer chez moi.
Mais chez moi, il y avait ma femme, et pire encore, mon fils, un ado de 16 ans. Autant me suicider que de lire dans leurs véritables pensées.

La Vieille :
« — Depuis que t’es crevé vieux con, tu m’embêtes plus avec ta petite bistouquette ridicule et je peux dépenser mon fric comme je veux. Aujourd’hui les gens divorcent comme y vont pisser, j’aurais dû faire ça, j’aurais pas perdu ma vie avec un vieux cochon ! »

La secrétaire :
—Nicole, j’ai un souci, je vais rentrer chez moi, je ne me sens pas très bien.
« — Allons bon, pour une fois que c’est lui, ce petit faux cul prétentieux qui a un souci, j’espère que c’est pas trop grave, j’ai pas envie de me taper tout son boulot ! »

Ma femme :
— Alors tu as passé une bonne journée ?
— Heu … pas terrible, je ne sais pas comment t’expliquer…
«— Ah, y va pas encore se plaindre, qu’est ce qu’il a encore, il a picolé ? Pourtant il ne sent pas l’alcool, c’est vrai qu’il n’a pas l’air dans son assiette. J’espère qu’il ne m’a pas trompée, c’est bizarre, ça ne lui ressemble pas, s’il essaye pas de me baiser demain matin au réveil c’est qu’il y a anguille sous roche. »

Mon fils :
— Salut P’pa, ça va ? T’as l’air fatigué !
« — Ho qu’est ce qu’il a le vieux il a picolé ou quoi, pourtant il sent pas l’alcool, au moins ce soir y va pas me chercher des poux dans la tête parce que je suis trop sur mon ordinateur à faire des jeux et gnagnagna et gnagnagna !
Bon, c’est un vieux con, mais je l’aime quand même. »

Sylvie :
(approche partielle…)
Ce jour là j’avais rendez-vous avec Paula. Elle était nouvelle dans la boîte, plutôt sympa, elle nous avait demandé de l’appeler par son prénom. Un peu surpris nous en avions pris petit à petit l’habitude.
Depuis quelques temps déjà je m’étais astreinte à me concentrer sur mon travail et mes relations avec mes collègues devenaient anecdotiques. J’avais tout simplement peur de nos rencontres et de me rendre à la machine à café, de les croiser dans les couloirs, et de percevoir les pensées que les uns et les unes distillaient au cours de conversations anodines.
A vrai dire, j’étais vraiment inquiète de ce premier rendez-vous que Paula m’avait fixé à une heure si matinale, ce qui m’allait bien pourtant.
Pour que notre relation de travail puisse se passer au mieux je devais faire abstraction de ses pensées. Une fois face à elle j’essayais de me contrôler. Malgré son ton aimable m’invitant à m’assoir, “tu es plutôt thé ou café ? Religieuse ou Paris-Brest ? “, et me mettre à l’aise, je compris qu’elle chercherait à me mettre en défaut. “Elle est vraiment Rabat-joie “, pensa-t-elle quand j’indiquais que je prendrai une verveine.

Dominique :
Je me suis toujours posé mille questions sur tout et n’importe quoi, mon nouvel état pouvait peut-être m’aider à comprendre le monde qui m’entoure. Je décidais de tester avec la télé : cela marcherait-il à distance ?
Me voici devant BFM tv, un journaliste débite les éternels bilans journaliers des victimes du covid … avec en voix off, ses pensées et commentaires perso pour moi toute seule ! En résumé, il a des aigreurs d’estomac qu’il attribue à son boulot et rêve de casser la gueule au rédacteur en chef (un incapable, d’ailleurs, il se voit très bien à ce poste) mais comme il a besoin d’argent, il préfère la fermer… Rien d’original, me dis-je, mais, si j’entends les pensées des autres à distance, il serait intéressant de guetter le prochain discours politique. D’un autre côté, j’ai bien peur de ce que cela pourrait donner. Je doute qu’il y ait encore des gens honnêtes dans ce monde-là !

Comment croire encore en quelqu’un, en quelque chose ? J’en fais quoi de tout ça ? Ai-je vraiment envie de connaître les pensées de tous ceux que je croise ? Ma vie ne risque-t’-elle pas d’être un enfer ?
Je me dis que ça suffit, que tout ça me dépasse, alors je fuis, je pars marcher dans les bois. J’écoute les arbres, ils sauront peut-être calmer mon angoisse. Je lève les yeux, leurs branches bruissent doucement. Peu à peu, je les entends :
« Approche, ne pense plus à rien, il te suffit d’être à l’écoute de toi-même, de tes sensations, ici et maintenant et tu t’apaiseras. »
J’entends palpiter la sève sous leur écorce, je ressens l’essentiel, la vie en moi. Peu à peu l’impression d’être diluée dans les discours humains s’estompe…
« Tu sais, nous les arbres, avons la faculté de sentir ce que ressentent nos congénères, lorsque l’un de nous est malade ou en danger par exemple, nous communiquons pour nous prévenir et nous entraider. »

« Oui mais chez les humains c’est différent, on échange en parlant et on pense en même temps. Et parfois nos pensées sont bien différentes de ce que l’on est en train de dire, voyez-vous, et c’est là que ça se complique ! Et pour finir, depuis ce matin, en plus de tout ça, moi, je lis toutes les pensées des autres humains, des animaux et, apparemment, de tous les êtres vivants, puisque je parle avec vous ! Et moi tout ça, ça me parasite ! C’est comme le lierre qui grimpe sur vos troncs, ça peut finir par vous étouffer pour de bon. Vous voyez une solution vous ? Parce que moi, j’avoue, je suis perdue et à part rester passer ma vie dans les bois avec vous, je ne vois guère de solution ! On pourrait se raconter nos vies remarquez, vous avez des souvenirs vous les arbres ? »

Manée :   Dans un supermarché…
Je l’ai croisée plusieurs fois dans les rayons, très bien mise sur elle comme on dit, pas l’air dans le besoin, j’ai tout de suite su qu’elle volait même si à aucun moment je ne l’avais vu le faire.
Je me suis approchée et au passage je lui ai dit :
— « alors ça marche? »
— « je ne comprends pas, pourquoi vous me dites ça ? »
— « je vous dis ça parce que vous volez et je vous demande si ça marche?»
Elle a pâli, bredouillé, elle reculait, affolée.
— « Ne paniquez pas » lui ai-je dis, « un peu de malhonnêteté n’a jamais fait de mal à personne surtout dans un supermarché ».

 

3 — Vous perdez ce don à un moment crucial, vous n’entendez plus les pensées des gens et animaux, mais vous avez une hyper acuité auditive
description, analyse des impressions, conséquences (ou non)

Sylviane : (2 et 3)
J’en profitais de ce sixième sens ; je n’ai pas d’imagination alors je pique dans le cerveau des gens. C’est comme ça que j’ai pu entrer comme journaliste aux faits divers pour le quotidien « La Montagne ». Je me ballade, je croise les gens et les pensées surgissent. Je fais la une avant même que les événements aient eu lieu.
Ces temps-ci je propose mes services à la police pour interroger les petits voyous qui piquent et revendent les autos radios, la drogue aussi et quelquefois j’aide à faire avouer où se trouvent les cadavres après les crimes…
Tout ça jusqu’à ce matin ; le mari d’une dame m’appelle pour me demander de venir voir sa femme qui elle aussi entend les pensées des gens. J’y suis allée ; une belle maison avec un grand jardin.
La dame m’explique qu’elle entend parler le chat, les oiseaux pour quémander du pain, des câlins mais aussi, quand son mari dort, elle entend ce qu’il dit dans ses rêves. C’est peut être ça qui intrigue le plus le mari je pense.
Pendant qu’elle me raconte tout ça, je suis étonnée, je n’arrive pas à lire ses pensées.
Je rencontre le chat, je vais dans le jardin et là je commence à être assaillie par les bruits, tous les bruits. Le chat miaule très fort, il me vrille les tympans !! et les oiseaux, les oiseaux, les oiseaux… il y en a trop, ça n’arrête plus, le son est mis à fond : ça babille, chante, gazouille,jabote, piaille,piaule, ramage. C’est insupportable, effrayant. Et de plus, je n’entends plus les mots mais des cris, des plaintes, des reproches , des sons plus doux mais toujours trop forts.
La dame, face à moi me regarde étonnée ; ses yeux font un bruit de roulement de tonnerre quand ils se tournent vers moi, les cils s’entrechoquent comme s’ils étaient en fibre de verre et sa peau craque comme un plancher quand elle sourit.
Je deviens folle, mes doigts dans mes oreilles n’atténuent pas le vacarme.
Je rentre dans le salon, pensant me mettre l’abri ; l’homme fait la sieste dans le canapé ; il n’entend rien. Il bouge et hurle vers moi « Qu’est ce que vous foutez chez moi ? »

David :
J’avais foutu le camp de chez moi, roulé pendant deux heures, pris une chambre d’hôtel à Limoges. J’étais perdu. Les deux premiers jours, j’essayais d’éviter de croiser les gens, d’être envahi par leurs pensées, j’aurais dû fuir en montagne, mais j’avais trop peur de la solitude.
Le troisième jour, le don ou plutôt la catastrophe s’arrêta, mais aussitôt remplacé par autre chose tout aussi insupportable. J’entendais tout ce que les gens disaient, pas simplement à travers les murs de ma chambre mais dans toute la ville. Tous les bruits même les plus immondes, toutes les musiques, les chaînes de télé, les stations de radio, tout !
Cette fois c’était sûr, c’était une tumeur au cerveau.
C’est fou comme les gens s’engueulaient et baisaient dans cette bonne vieille ville de Limoges, d’apparence si paisible, si guindée, si policée.
Soudain quelqu’un avait dit mon nom quelque part dans la ville, c’était incompréhensible : qui pouvait parler de moi à cette heure-ci, à Limoges ?
J’avais l’intention de passer vite fait un scanner mais l’idée d’entendre tout ce qui se passait dans l’hôpital me donna la nausée.
Cette fois c’était décidé ! Demain je partirai pour la montagne…

Dominique :
Et c’est à ce moment-là que ça s’est arrêté. L’espace d’une seconde, un grand calme, le silence, enfin ! Quand les bruits ont repris, je n’entendais plus le suintement de la sève couler dans les troncs, mais chaque arbre, chaque feuille bruissait au moindre souffle de vent plus fort que jamais. Puis ce furent les insectes que j’entendis, pas seulement le vrombissement des mouches, guêpes, abeilles et autres moustiques mais plus extraordinairement l’indescriptible bruit des ailes des papillons…Le chant des oiseaux venait ponctuer ce fond sonore comme les voix des solistes ou des chœurs d’une symphonie sylvestre, magnifique et envoutante. Les sons pénétraient dans mes oreilles et envahissaient tout mon corps d’une vibration intense, jamais ressentie auparavant. Je m’abandonnais aux sensations en joignant ma voix au concert, je fermais les yeux, peu à peu engourdie par la chaleur du soleil et des sons qui m’enveloppaient …

Manée :   Difficile quand on est sourde d’imaginer ce que donne une hypertrophie auditive mais je suppose :

Le plaisir d’entendre glisser les nuages
Le plaisir d’écouter chanter les mésanges charbonnières même à distance
Le plaisir d’entendre la pluie sur le toit même à la cave
Le plaisir, en nageant, d’entendre les poissons ronronner

Le déplaisir de comprendre à la terrasse des bars dans le midi particulièrement raciste (et sexiste bien sûr ça va ensemble) les insanités de certains clients
Le déplaisir d’entendre le bruit des voitures sur l’autoroute même éloignée
Le déplaisir d’entendre le cri des bêtes qu’on égorge dans les abattoirs


se souvenir à l’avenir

8 juin 2020

 

Après le 6 juin à Arromanches, où dans la rue certaines personnes ont le déguisement kaki complet avec accessoires,
et voir tous les jours “les restes” du port artificiel devant nos fenêtres
et en circulant sur plages et falaises,

& après des comptabilités vues en ligne :


(cimetière américain de Colleville/mer)
allez, le cimetière allemand dont on ne parle jamais, avec plus de 20 000 morts


A Tulle, les commémorations sont plus tragiques à cause des exactions, et les chiffres plus humains ne laisse pas la place à l’abstraction


 

 


atelier d’écriture du mardi – N° 35

31 mai 2020

Vous avez raté un certains nombres d’ateliers depuis le confinement-déconfinement, alors, choisissez-en un (ou plusieurs!!) à faire parmi ceux-là (cliquez sur l’atelier en question) :

atelier 34 — réinterpréter un conte
avec Le Petit chaperon rouge de Joël Pommerat

atelier 33 — une chose difficile à dire
avec des poèmes de Karel Appel

atelier 32 — réinterpréter un récit “mythique”
avec la Naissance de l’Odyssée de Jean Giono

atelier 31 — votre paysage
avec V. Hugo et Marc Graciano

atelier 30 — à partir d’un film, un personnage pour vous
avec Supplément à la vie de Barbara Loden, de Nathalie Léger

atelier 29 — des ombres et des légendes avec classification
avec des dessins de Samuel Buckman, et Sei Shonagon

atelier 28 — observation/sensation du paysage avec augmentation/diminution et autoportrait en plantes
avec les Djinns de V. Hugo

atelier 27 — textes écrits et posés dans la maison et le jardin
avec entre autre des œuvres de Tianji Zhao

atelier 26 — montage de textes extraits de votre bibliothèque
avec Benoît Casas et Fernando Pessoa

atelier 25 — qu’entendez-vous par là ?
avec des poèmes de Blaise Cendrars, et 15 sons à interpréter

atelier 24 — arbres, chute, et rage de l’expression
avec 2 photos et Francis Ponge

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“Voilà le travail de ce soir; on était juste David et moi.
Sylviane
a fait l’atelier 34  (réinterpréter un conte, voir lien plus haut) :
Les 3 cochons et le loup

David a fait l’atelier 32 (réinterpréter un récit mythique, voir lien plus haut) :
De l’enfer et Les remords

Dominique a fait l’atelier 25 (qu’entendez-vous par là ?, voir lien plus haut)
et l’atelier 29 (des ombres et des légendes avec classification, voir lien plus haut)

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une belle collec :

Bonjour à tous! Tout d’abord je m’excuse de ne pas avoir prévenu de mon absence mardi dernier, je devais venir mais j’ai du aller faire euthanasier une de mes chattes et après j’ai complétement zappé l’atelier, j’aurai pu prévenir après coup, méa culpa. Je serai absente de Corrèze mardi prochain mais je vais essayer de me remettre à l’écriture cette semaine et de revenir en présentiel mardi 9… Je comprend bien qu’il est difficile de faire atelier avec des fantômes pour toi Fabienne👻… Bonne semaine à tous(tes)
Dominique

Bonjour tout le monde !
Je serai aux “abonnés absents ” tout le mois de juin pour plusieurs raisons (toutes personnelles ) dont la principale est que je vais acheter une maison et changer de lieu de résidence à la fin de l’été et que cela monopolise mon énergie presque totalement ! …
Je continue à suivre (plus ou moins régulièrement ) tous vos travaux d’écriture (Merci Fabienne pour la régularité , la qualité de ton travail )… merci aussi à tout le groupe qui m’a beaucoup stimulée quand on travaillait tous ensemble !… moins évident quand il a fallu plancher seul(e) ! Sera-t-il possible de récupérer le “Cahier” fait en Duo ?
J’espère que je vais trouver un mardi avant cet été pour partager encore un atelier avec vous : pas sûr !
J’emmène les petites filles en vacances 1 ou 2 semaines , fin juin , début juillet … Voilà : vous savez tout (presque !). Rien de bien intéressant … mais je ne voulais pas “disparaitre” de l’Atelier, balayée par les dommages collatéraux du Corona …
Si j’ajoute à cela que je n’ai pas vu une partie de mes proches depuis plus de 4 mois ( je peux enfin aller les voir la semaine prochaine !) … je ne sais pas quelle semaine de juin je pourrai faire “une apparition ” !
Jeanne

Je ne serai pas en Corrèze mardi 2 juin et donc pas physiquement à PEC pour l’atelier. La dernière fois je comptais bien venir à PEC mais au dernier moment je n’ai pas pu partir, ça arrive !
Manée

Bonsoir à tous. Je sors juste du boulot, impossible d’être à l’heure à l’atelier… j’essaierai de trouver le temps à la maison.
Bises à tous. Agnès

moi aussi je sors du boulot…
alors je vais essayer de m’y coller demain car, paraît-il, il pleut !
bises à tous, Raphaëlle


une semaine trop occupée

30 mai 2020

• Une limace tulliste dans la SdB, et une imitation dans l’évier marseillais. Puis, une autre tulliste en tenue de soirée…

• En partant, toujours pas de train Brive-Toulouse, alors, comme à l’aller, un Montauban-Marseille direct, et 2 h de bagnole pour s’y rendre, c’est la distanciation mise en application…
Même les nuages !

& à l’arrivée, une enveloppe bonne surprise avec :




• Un message breton de Corinne & Bruno, qui étrennent leurs combis, une nouvelle vie commence!

• Au Monop, découverte de la créatrice, comme ils disent, Bela Silva : de la vaisselle (s’il en reste), des vases, des tissus (vêtements, maison), un tapis…


C’est très gai, coloré (sauf les vases blancs qu’on a envie de réémailler!), bien enlevé, bien mieux que certains boulots d’artistes je-ne-citerai-pas-de-nom, ça fait plaisir de voir ces belles choses en “grande distribution” (enfin, c’est relatif, le tapis, par exemple est édité à 360 ex.)
& comme je m’intéresse aux tapis… En polyamide, et teint-sérigraphié (? ce qui m’intéresse aussi, en pensant à ma future expo à l’église Saint-Pierre..!!)), donc pas cher, et comme y’a pas la place dans les monop pour les étaler par terre (c’est pas évident d’acheter un tapis qu’on ne voit que roulé!), il en reste…

• A l’Encre Rouge, l’ours de Zaven qui est passé pendant mon absence

et le dessin que ça m’a inspiré, même si on voit d’autant mieux que je dessine comme un pied

& une nouvelle carte Paul-Coxienne d’Elisabeth

& puis, Christine qui me découpe des lettres au laser, pour planter bientôt dans le sable d’Arromanches, avec Xavier…

Les planches découpées sont superbes!! (faire une claustra avec du texte..?!)

C’est pas une question de lunettes… Trop de boulot pour prendre le temps de s’habituer aux nouvelles lunettes que j’ai été récupérée, pour voir à la fois de près, de milieu, et de loin!!

Pour l’instant, les lettres découpées sentent encore le cochon grillé, un petit coup de peinture noire ou blanche (à nous de décider après essais…), et voilà un nouvel outil à écrire!!

• A Tulle, installation des bancs par Dominique, David et Serge, dans la forêt du souvenir.



Un peu plus brut que ce que j’imaginais, mais la réalité du terrain….


 

• J’ai complété aussi mon nuancier pour dessins dégradés…

Y’a plus ka..!
Pas plus tard que ce matin, où mon jeune voisin pêcheur trop alcoolisé joue à la chasse à 8h du mat… (& il vise bien — je ne sais pas si c’est rassurant ou pas…)

• Une tribune pour la survie des auteur.e.s parue dans Libé, à l’initiative d’Emmanuel Ruben, de la Maison Julien Gracq

& sur NAIMA, le dernier ouvrage d’Agnès Rosse  (et d’autres publications à découvrir!)


atelier d’écriture du mardi – N° 34

26 mai 2020

atelier 34, mardi 26 mai

Voilà des extraits de Le Petit chaperon rouge,
de Joël Pommerat
(théâtre – Babel – Actes sud)

 



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Je vous demande, vous aussi, de réécrire la représentation d’un conte célèbre parmi ceux-là :
— Cendrillon
— La Belle au bois dormant
— Pinocchio
— Le Petit Poucet
— La Barbe bleue
— les Trois petits cochons
— Peau d’âne
— La Petite Fille aux allumettes
— La princesse au petit pois
— Le Vilain Petit Canard
— La Petite Sirène
— Le Maître chat ou le Chat botté
— Les Souhaits ridicules

Il n’est pas besoin de se souvenir exactement de l’histoire, mais non plus de l’ignorer…
regardez la définition (cnrtl) de “représentation”
Vous pouvez mélanger les époques
Pensez au style, aux temps de conjugaison, etc…

Si vous pouvez, avant de commencer, dire aux autres quel conte vous choisissez, et si possible en choisir chacun.e un différent….
(mais si plusieurs d’entre vous choisissent le même et y tiennent, alors pas de problème)

en 3 parties développées + personnages
—  les personnages
—  prologue
—  dialogue
—  épilogue

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Raphaëlle :  Je rentre de Paris et repars faucher (mais riche ;-)) immédiatement
je crois bien que je me rattraperai pas mon retard
Peut-être à la semaine prochaine je t’embrasse

David : levé à 5h du matin, une grande tasse de café et enfin un peu de temps pour taper mes textes.
Voila la petite histoire. On était deux avec Agnès à l’atelier.
Je retourne à mon chantier

Personnages :
Pinocchio, Geppetto, Méline la fée bleue, Fred le chat, Jimmy le renard, Prince Vladimir.

Geppetto sortait de trois ans de prison pour diverses arnaques sur internet. Expert en informatique, robotique et intelligence artificielle, un peu fatigué par la vie, un peu seul, il reprit son grand projet secret. Créer un humanoïde très proche du réel et qui l’aiderait à supporter le quotidien.
Troublé par l’idée que se soit une femme, Geppetto étant un peu coincé, ou un homme qui lui renverrait sa propre image, il se décida pour un enfant, un garçon.
Grand admirateur de Stanley Kubrick et donc très méfiant envers les machines et leur propension à la duplicité diabolique, il décida de l’affubler d’un nez qui s’allonge en cas de mensonge.
Le mardi 26 mai 2020 à 19h15, tout fut prêt et il activa toutes les fonctions du petit droïde qui commença à s’animer là, devant lui sur la table de travail.
Le regard, les premiers gestes, son allure, c’était bluffant. Geppetto était submergé par une profonde émotion.

— Bonjour petit, comment t’appelles-tu ?
— je suis grand et je m’appelle Pinocchio.
— Bon, moi c’est Geppetto, je suis un peu ton papa, un peu ton maître, un peu ton ami.
Le petit montra la fenêtre et demanda :
— Qu’est ce qu’il y a de l’autre coté ?
— Là-bas, et bien c’est le monde, les autres, c’est dehors.
— Ho, j’aimerai bien y aller.
— Bien, on va faire une expérience. Je te donne cinquante euros, avec ta fonction GPS tu devrais très bien t’en sortir, je te donne une liste de courses à faire dans le quartier.
Le petit sortit sur le palier. Son processeur tournait à fond devant un tel spectacle. Tout se mettait en place. Sa mission : Boulangerie, épicerie, kiosque à journaux.
Une petite fille en robe bleue l’aborda.
— Je ne t’ai jamais vu dans le quartier, tu viens jouer avec moi ? Je suis une fée, je fais des tours de magie. Je m’appelle Méline.
— Je m’appelle Pinocchio, je dois faire des courses pour mon papa maître ami, après je reviens te voir.
— Ok, je suis là-bas au bac à sable.
Il continua son chemin mais deux individus lui barraient le passage.
— Vas-y tu fais quoi dans le quartier ? J’te connais pas, t’es qui ? Tu vas où ? Moi c’est Fred le chat et lui ce gros bâtard c’est Jimmy le renard.
— Je m’appelle Pinocchio, je fais des courses pour mon papa maître ami.
— Vas-y t’as d’la tune fais voir.
— non je n’ai rien du tout !
— Ha oui mais c’est quoi ce pif trop chelou de un mètre de long, c’est une canne à pêche ? Jimmy choppe le par le nez que je le fouille. Sa mère, cinquante euros ! Vas-y le p’tit menteur.
— Vous êtes des malfaisants !
— Ha ha ! comment tu parles trop comme un vieux ! Allez, viens avec nous, on va faire tes courses ensemble et on partagera le reste de la tune, ton père il y verra que dalle. Tu vois on n’est pas des bâtards, on est plus humain que tu ne crois.
De retour à la maison, il rendit les quelques centimes d’euro à Geppetto qui s’étonna du peu de monnaie.
— Alors et le reste ?
— Pas de reste, tout est là.
Son nez fracassa la télé en face de lui, il se retourna brusquement et s’enfuit à toutes jambes.

Geppetto chercha son petit pendant des jours et des semaines. Au bout du rouleau, il pris sa voiture, l’abandonna sur le pont de Saint Nazaire et se jeta par-dessus la rambarde dans la mer. Il s’assomma sur le Prince Vladimir qui émergeait des profondeurs.
Pinocchio fut recueilli par une prostituée très sympa mais qui le faisait tout le temps mentir pour s’amuser avec son nez. Très gêné de la situation, il s’enfuit à nouveau avec une bande de jeunes surfeurs qui lui firent découvrir la mer.
Il essaya toutes sortes de drogues avec eux, mais sur lui rien ne marchait.
Seul les mensonges lui procurait une sorte d’ivresse mais le résultat en était toujours catastrophique.
Une nuit il pris un planche de surf et s’éloigna du rivage vers l’horizon éclairé d’une demi-lune, d’après sa mémoire vive il y avait plein de choses à découvrir de l’autre coté.
Au large le Prince Vladimir le souleva hors de l’eau et un marin russe sortit de l’écoutille suivi par un homme à la tête bandée.
— Geppetto !
— Pinocchio !
Longtemps après ces retrouvailles pleines d’une émotion indescriptible, de retour dans le quartier, le petit droïde devint un véritable enfant grâce à la magie de la fée Méline mais ça c’est une autre histoire.

Sylviane :    Les 3 cochons et le loup

La mère de 3 petits cochons raconte :
« J’avais donné naissance à 3 petits cochons lorsque j’habitais la grande ferme à l’entrée de Moussalon. Moussalon était alors une petite ville réputée pour ses foires grasses, ses charcuteries fines et sa mousse de foie.
Plusieurs de mes petits cochons étaient déjà partis à la foire alors qu’ils atteignaient les 6 mois. C’est le fermier et sa femme qui venaient les chercher un dimanche matin de bonne heure en me disant : « Si tes cochonnets ne partent pas à la foire, c’est le loup qui viendra les chercher ».
Le loup, après avoir disparu pendant quelques décennies était de retour à cette époque. C’est ce qui se disait et aussi qu’il mangeait de tout plus qu’auparavant !
Mais mes trois petits cochons étaient bien retors !
« Le loup pffft… »
« ça n’existe plus… »
« c’est pour nous faire peur …»
« nous envoyer à la foire… »
« être vendus… »
« transformés en mousse de foie !!! »
Je me doutais bien qu’aller à la foire était amusant mais après, pourquoi mes cochonnets ne revenaient-ils jamais ?

Aussi quand trois jours avant la foire, le plus jeune me dit :
« Maman, je n’irai pas, je pars, je vais vivre loin d’ici »
Puis le lendemain , le deuxième :
« Maman, c’est décidé, je ne reste pas , je me sauve… »
Et la veille de la foire, l’aîné :
« Fi, aller à la foire, moi jamais, j’aime mieux affronter le loup ! »

Je compris alors que quelque chose avait changé ; ces trois là, je ne les tiendrai pas.
J’ai su ensuite qu’ils étaient partis de l’autre côté de la colline, en douce une nuit.
Le plus jeune avait construit une cabane de paille avec ce qu’il avait trouvé dans les champs ; une jolie cabane dorée, confortable, qui sentait bon.
Le deuxième, plus costaud, était aller jusqu’à la lisière des bois, ramasser des planches. Il avait construit une cabane en bois, plus résistante qui sentait bon la forêt.
Mon plus grand a toujours été très réfléchi et prudent. Je ne sais pas où il a pu se procurer des briques et du ciment mais sa cabane est une vraie maison faite à l’équerre.

De temps à autre, j’avais quelques nouvelles. Mes petits vivaient bien, ils aimaient la fête, s’entouraient d’amis musiciens.
Mais un jour, le loup qui avait bien fini par arriver à Moussalon entendit parler de ces cochons qui se répandaient à travers le pays comme des chapelets de saucisses.

Le reste, on me l’a raconté. »

Un jour, le loup repère la cabane de paille.
« Oh la , petite canaille, sors de là que je te mange »
« Non, je ne sortirai pas, je suis bien chez moi. Vous ne devez pas me déranger. »
Le loup se met à souffler, souffler, toute le paille s’envole, mille fétus de tous les côtés et le petit cochon profite de la pagaille pour s’enfuir en courant de toutes ses jambes jusqu’à la cabane en bois de son frère.
Celui-ci, le voyant arriver ouvre la porte, la referme vite, pousse le buffet devant mais déjà le loup, furieux, est là.
« Ouvrez, tripailles, charcutailles. J’ai grand faim. Vous avez assez dansé, vos jarrets sont à point ! »
Les deux frères : « Non, vous ne nous aurez pas ; nous sommes bien à l’abri chez nous, retournez dans la forêt »

Le loup réfléchit, il est fatigué d’avoir couru si vite, il n’a plus assez de souffle pour démolir cette cabane de bois alors il dit d’une voix mielleuse :
«  Ah mes braves, c’est une erreur, demain je donne une grande fête et je vous demande de venir jouer de la musique, vous êtes de grands musiciens paraît-il ? »
Les deux frères : « Où se passe cette fête ? Il y aura du monde ? »
Le loup : « Oui tous les amis de la forêt, sortez demain à midi au milieu de la prairie. »

Le lendemain, à midi, les deux frères vont dans la prairie l’un avec son violon, l’autre avec sa flûte. Ils attendent un moment, personne ne vient.
Tout à coup, une odeur de roussi, ils se retournent et voient la cabane en bois qui flambe !
« Haro ! C’est le loup, il vient vers nous, la cabane brûle, nous sommes faits ! »
D’un même élan, jetant leurs instruments, les deux frères courent frapper à la maison de leur frère aîné qui a vu la scène de loin et les attend.
« Entrez, entrez vite ! »
Mais le loup arrive écumant de colère, rageant de voir son plan échoué.
Il souffle, il souffle, il souffle sur la maison…A l’intérieur, les trois cochons sentent à peine un peu d’air passer entre les briques. Ils rient mais l’aîné se doute bien que le loup ne va pas se décourager et il dit « Faisons vite la soupe ; ce matin j’ai acheté du chou et des navets ». Il place le chaudron empli d’eau dans la cheminée, allume un grand feu dessous.
Dehors, le loup trépigne, hurle, frappe à la porte, sur les volets. Il avise une échelle qu’il dresse contre le mur. Il monte, repère la cheminée, elle fume. Il redescend, trempe son arrière train dans la grande bassine près du puits. Il remonte, il enjambe la cheminée.
AHHHH c’est très chaud ; trop tard, il ne peut pas revenir en arrière, il plonge dans la cheminée et atterrit dans la soupe au chou et aux navets qui cuit à gros bouillons .
Oh ces hurlements ! Les trois petits rabattent leurs oreilles !
Puis silence, plus rien. L’aîné des cochons ose regarder dans le chaudron. Le loup est ratatiné, cuit.

Ce soir-là, les trois cochons ont invité tout un tas d’amis : lapins, oies, poules, canards, renards, blaireaux, moutons, mulots. Ils ont fait ripaille de ce loup et ils ont bu, chanté, dansé, joué de la musique. Le loup ne reviendrait plus pour les manger, c’était fini.

Seul, près de la cheminée, l’aîné des cochons réfléchissait. Ce loup n’était sûrement pas venu seul, les loups vivent en meute. Dimanche, il irait pour se renseigner à la foire de Moussalon…

Le reste c’est à vous de le deviner !

 

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& puis :


Tagada turlutu tue

22 mai 2020

• Petite visite du jeudi chez Raphaëlle :
agréable circuit entre les plantations du jardin, bien étiquettées sur ardoise

(ce qui me rappelle de chercher où retrouver le crayon blanc gras dont je me sers pour dessiner :

 
avec la mine enroulée dans du papier ou un copeau de bois, pratique tout terrain)

& puis, voir le nouveau toit en bois de la grande grange, qui a occupé Raphaëlle ces derniers temps :

avec sa crête qui suit la ligne horizontale et pas le faitage
Le bois fondu dans le paysage, qui passe de l’ocre au gris en une année
Madame avec laquelle nous causons planches, pour nos bancs..!

& Jeanne qui suggère un montage qui dure plus que sauvagement visser :

et après la réflexion, la joie partagée d’un bon déjeuner ensemble au soleil, avec feu d’artifice des desserts, dont un Tagada digne d’un 1% de rond-point..!


Après Job et des discussions de transat qui dilatent le cœur, retour sous la garde des nuages

• & des nuages repassons au toit, avec les épis de faitage normand,
comme celui-ci datant du XVIIe siècle

et une fabrique près de Caen, la poterie de Bavent, dont Jeanne nous a parlé :
(je ne sais pas si on pourra y faire un tour avec Xavier!)



Pour tous les goûts..! avec les tuiles vernissées…

• au Lieu/lien, suite des dessins dégradés en jaune, avec les événements des derniers jours, sous le soleil :



• & pendant ce temps-là, entre Marseille et Tulle :

• & pour un projet de couture, la chemise japonaise de Manée :

• reçu de Pierre Tilman et Agnès Rosse, un masque en duo :

et cette chose réjouissante envoyée par Christine :